LE FIL

La preuve par les sciences

En biodynamie, les défenses naturelles sont plus élevés

Lundi 23 décembre 2019 par Alexandre Abellan

Les vignes en biodynamie ont un feuillage plus jaune (à gauche) que celui des vignes en conventionnel (à droite) rapportent les chercheurs alsaciens.
Les vignes en biodynamie ont un feuillage plus jaune (à gauche) que celui des vignes en conventionnel (à droite) rapportent les chercheurs alsaciens. - crédit photo : INRA Colmar
En février dernier, le professeur Jean Masson dévoile sur Vitisphere les résultats d'essais menés en Alsace pour étudier les impacts biologiques des pratiques conventionnelles et biodynamiques. Retour sur ces résultats interpellant.

« Les défenses naturelles sont plus élevées dans les vignes conduites en biodynamie, quel que soit le climat et la pression de pathogène » pose Jean Masson, directeur de recherches à l’Institut National de la Recherche Agronomique de Colmar. Celui-ci tire cette conclusion des résultats de suivi des teneurs en métabolites secondaires et des expressions de gènes d’immunité sur quatorze parcelles de pinot noir de 2014 à 2017, pour 30 hectares de vignes, plantées sur SO4 et conduites par huit vignerons en conventionnel et trois producteurs en biodynamie. Publiée dans la revue Scientific Reports, cette étude alsacienne a l’ambition de corriger un déficit de connaissance : « il n’y avait pas de résultats scientifiques concernant les effets de la viticulture en biodynamie contre le mildiou et l’oïdium. De même, on ne sait pas pour la viticulture conventionnelle si les pesticides de synthèse ont un effet dépressif ou stimulant sur les vignes » explique le chercheur, qui n’a pas encore de réponse à cette dernière interrogation.

Charges et symptômes

Pour cet essai (sans vigneron bio), tous les viticulteurs suivis traitent au soufre et au cuivre, les conventionnels ajoutant des fongicides de synthèse, quand ceux en biodynamie déploient des préparations organiques et minérales. Comme on pouvait s’y attendre, la charge en mildiou et oïdium des vignes suivies était plus forte pour celles en biodynamie que celles en conventionnel (respectivement 51 % et 22 % de plantes infectées en moyenne de 2014 à 2017). Mais « dans tous les cas, aucune des feuilles collectées ne montre de symptômes visibles, comme une surface poudreuse ou de taches d’huile. Les deux systèmes parviennent à stopper l’infection » souligne l’étude, qui repose sur une détection moléculaire précoce du mildiou et de l’oïdium (l’étude des gènes de défense et des métabolites secondaires permettant de capter la réponse des vignes aux maladies deux à trois semaines avant l’expression de symptôme).

Si les feuilles sont indemnes, elles n’ont pas les mêmes aspects selon les modes de culture. Les vignerons en conventionnel n’hésitant pas à se moquer des teints jaunâtres et maladifs du feuillage en biodynamie. Ayant analysé la composition des feuilles de 2015 à 2017, les scientifiques notent que les taux de chlorophylle sont plus élevées sur les vignes conventionnelles (témoignant d’une meilleure activité photosynthétique), tandis que les concentrations en anthocyanes et flavonols sont plus importantes en biodynamie (marquant une réponse au stress, qu’il soit climatique ou fongique). Ces données sont confirmées par des mesures de l’expression des gènes des défenses, qui est deux fois supérieures pour les vignes en biodynamie sur la période 2014-2016. « Tout particulièrement lors de stress liés au dérèglement climatique » précise Jean Masson.

Recherche participative

Cette publication et ces résultats sont la partie émergée du travail d’un Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental (GIEE) sur le changement de pratiques au vignoble, qui réunit 25 viticulteurs alsaciens (sur la commune de Westhalten). Suivant une méthode de recherche-action-participative, les chercheurs souhaitent ainsi valoriser les savoirs et réflexions des praticiens pour mieux les faire diffuser dans le vignoble. Si les scientifiques ont récolté les données de 2014 à 2017, ils ne les ont pas analysés seuls. Pour arriver aux conclusions publiées par l’étude, les parties prenantes se sont réunies pendant une journée pour débattre des résultats observés. Et arriver à la conclusion que les défenses naturelles de la vigne sont plus élevées en biodynamie.

« Il n’y a par contre pas d’éléments permettant de trancher sur les causes. Pour savoir si la biodynamie a un effet positif ou si c’est le conventionnel qui a un effet négatif » souligne Jean Masson. Ses prochains travaux vont se pencher sur la temporalité de ces phénomènes, notamment pendant les phases de conversion et de passage d’une viticulture à l’autre. Cette prochaine étape sera étudiée avec de nouveaux vignerons, douze de Dambach la Ville et 22 de Suisse, qui sont en conventionnels, en bio et en transition (vers la bio ou la biodynamie).

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