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Les vins français bénéficient le plus des incertitudes sur le Brexit

Vendredi 07 juin 2019 par Alexandre Abellan

« Sur le terrain, on est sur un marché anglais très actif et ouvert » témoigne Pauline Gauthier, du bureau londonien de Business France.
« Sur le terrain, on est sur un marché anglais très actif et ouvert » témoigne Pauline Gauthier, du bureau londonien de Business France. - crédit photo : Création Vitisphere avec Info.gram (parts de marché en valeur des vins importés au Royaume-Uni sur le premier trimestre 2019)
Toujours incertaine dans ses modalités, la sortie de l’union européenne du Royaume-Uni a poussé les distributeurs anglais à gonfler leurs stocks, en volume et surtout en valeur

Rétrospectivement, on peut y voir un dernier toast avant le saut dans l’inconnu. Alors que la date du Brexit a été reporté du 29 mars au 31 octobre, les opérateurs britanniques avaient anticipé leurs achats pour assurer leurs stocks et éviter tout blocage administratif en général, et douanier en particulier. Sur le premier trimestre 2019, le Royaume-Uni a renoué avec la hausse des importations de vins, avec l'expédition de 3,1 millions d’hectolitres pour 857,3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Soit des hausses de 16 % en volume et 23 % en valeur par rapport au premier trimestre 2018 d’après les données douanières récoltées par Business France.

Stockage favorable

« On a observé une phase de stockage au début de l’année, les professionnels se couvrant au cas où les règles du jeu changent » analyse Pauline Gauthier, la chef du pôle Agrotech de Business France au Royaume-Uni. Qui ajoute que si ces statistiques ne seront pas représentatives de l’année à venir, la tendance de ce premier trimestre dope les expéditions françaises. Comme le montre l’infographie ci-dessous, si les vins italiens et australiens maintiennent leur hégémonie en termes de volumes (avec presque 40 % de parts de marché), les vins français affichent une forte croissance de leurs expéditions : +39 %, à 400 000 hl (13 % des parts de marché en volume). Une tendance qui a bénéficié aux cuvées les plus valorisées : avec 283,9 millions d’euros expédiés (+46 %), la France affirme en effet son leadership en valeur (33 % de parts de marché).

Parmi les vins français, quasiment toutes les catégories de vins et spiritueux sont en croissance de janvier à mars 2019 : +60 % en volume et valeur pour les champagnes, +40 % en volume pour Beaujolais, +30 % en volume et valeur pour l’Alsace et la Provence, +25 % en volume et valeur pour Cognac, +20 % en volume et valeur pour la Bourgogne et les IGP d’Oc… Si les volumes sont relativement stables pour les vins de Bordeaux, de la vallée du Rhône et du Languedoc, leurs valeurs augmentent respectivement de +26, +12 et +6 %.

"Premiumisation et marges de progression"

Mais pour analyser ces tendances, il faut autant avoir en tête l’incertitude à court-terme du Brexit que les tendances à long-terme du marché anglais. « Il y a une vraie tendance de premiumisation de la consommation de vin. Le marché est très concurrentiel, mais il n’est plus centré sur l’entrée de gamme. Les consommateurs sont de plus en plus éduqués et s’orientent vers des vins plus confidentiels » explique Pauline Gauthier. Qui ajoute que « les vins français sont bien positionnés sur un certain nombre de segments en croissance : les vins bio, les effervescents autres que le Prosecco et les rosés. Il y a de fortes marges de progression. »

L’avenir reste prometteur

Face à l’anticipation des commandes et la persistance de l’incertitude sur Brexit, les caves et négociants français pourraient s’inquiéter d’un dégonflement du marché anglais, une fois le surstockage passé. « Je ne pense pas que l’on puisse parler de surstockage, mais le niveau d’achat va sans doute redescendre, sans aller au blocage » estime Pauline Gauthier, qui souligne que le Royaume-Uni reste le deuxième importateur de vins dans le monde : « c’est un marché dont la consommation ne va pas ralentir. Il y a beaucoup de spéculations sur la forme et les conséquences du Brexit. Mais pour l’instant, le marché se tient bien. Les opérateurs français doivent avoir conscience que cela restera un débouché majeur. »

 

 

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