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Tour de France

Gelées blanches sur le vignoble

Lundi 06 mai 2019 par Alexandre Abellan/Juliette Cassagnes/Marion Ivaldi
Article mis à jour le 07/05/2019 15:21:09

Témoignant des enseignements du gel 2017, les hélicos étaient plus présents face aux risques de températures négatives ce début mai.Témoignant des enseignements du gel 2017, les hélicos étaient plus présents face aux risques de températures négatives ce début mai. - crédit photo : Château de Malleret
Les craintes de coup de frais se sont confirmées ces dimanche 5 et lundi 6 mai. Tour des régions au fur et à mesure que les informations parviennent à la rédaction de Vitisphere.

Bordeaux : désastre partiellement évité

Du cierge à l’église aux bottes foins en bordures de parcelles, en passant par les traitements antigels et les passages d’hélicoptères, tous les moyens étaient bons pour atténuer les gelées annoncées ce dimanche 5 et lundi 6 mai. Bourg, Blaye, Entre-deux-Mers, Graves, Médoc, Montagne, Lussac, Puisseguin, Sauternes… « Les zones les plus touchées sont les plus gélives. Sur les zones où l'entretien des sols n'avaient pas été correctement fait, le gel a également été favorisé. Mais il est difficile de connaître l'ampleur du phénomène. Nous sommes encore dans une préiode où les contre-bourgeons peuvent resortir » avance Bruno Samie, le coordinateur des 22 conseillers de la Chambre d'Agriculture de Gironde. « Il est difficile de dire à première vue l’ampleur des dégâts. Ça dégèle vite, on pense être passé au travers, à quelques degrés près. On saura mieux cet après-midi si les cellules ont été touchées » confirme Jean-Pierre Galhaud, le président du Conseil des Vins de Saint-Émilion, qui rappelle que déjà 10 % du vignoble libournais a été touché par les gelées du 13 avril.

"-2°C"

Incomparable au gel historique de 2017, le vignoble bordelais a eu de nouvelles sueurs froides ce week-end. Ayant déployé deux hélicoptères dans les nuits de samedi et dimanche au Pian Médoc, Paul Bordes, le gérant du château de Malleret (Cru Bourgeois de 55 hectares en Haut-Médoc) témoigne de deux nuits éprouvantes : « on est descendu à -2 °C hier, aujourd’hui c’était -1,5 °C. Les premières gelées ont eu lieu à 3 heures du matin, mais leur impact a été heureusement faible. Le gel s’est intensifié ce matin, où il a été plus difficile de lutter face à des couches d’air froid plus hautes. » Pour préserver ses vignes les plus qualitatives, le vigneron a dû sacrifier une parcelle moins qualitative, déjà gelée début avril. Ce qui représenterait une perte de 10 % de récolte.

Éprouvés, les vignerons bordelais que Vitisphere a pu contacter aujourd’hui témoignent d'une bonne préparation à ces phénomènes gélifs, ayant tiré les leçons du gel printanier de 2017. « Les gelées sont anticipées désormais. Avec des arrêtés municipaux pour permettre les feux et des demandes d'autorisation de vol prévues » avance Bruno Samie

À Bordeaux, les inflorescences sont visibles sur merlot, avec des boutons floraux séparés.

 

Dégâts sur la commune de Caplong. Maxime Rousset (CA33)

 

Dégâts sur le vignoble de Puisseguin. Annabelle Garçon (CA33)

 

Cognac : 5 à 8 % du vignoble gelé

Dans le vignoble charentais, « il est difficile d’avoir aujourd’hui des estimations, mais on peut avancer que 5 à 8 % du vignoble sont touchés par le gel à différents niveaux » chiffre Christophe Véral, le président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC Cognac (UGVC), qui ajoute que « ce ne sera pas neutre. Avec la grêle de fin avril [qui a touché 2 000 hectares], on estime avoir perdu 50 à 60 000 d’hectolitres d’alcool pur. C’est -5 à -7 % de notre potentiel de production. » Cette succession d’aléas climatiques pèse autant sur le moral que sur la volonté de s’en affranchir.

"J'ai grêlé avant d'avoir gelé"

« C’est inédit, j’ai grêlé avant d’avoir gelé » soupire Raphaël Martinaud, à la tête des établissements Martinaud (70 hectares en Bons Bois, à Saint-Palais de Nérignac). Ayant eu 6 hectares grêlés fin avril, le bouilleur de cru et de profession n’a pas lésiné sur les moyens pour sauver le reste de sa récolte et protéger ses 15 hectares les plus sensibles. Comme le montre la vidéo ci-dessous, Raphaël Martinaud a mobilisé un hélicoptère et déployé des feux de paille pour lutter. « Je pense avoir sauvé les meubles » espère-t-il, ayant eu pour la première fois recours à un hélicoptère. Ayant déjà gelé en 2017 et 2018, il souligne que la dernière gelée connue par mon père remontait à 1981.

Avec des températures tombées entre -1 à -2 °C deux matinées de suite, le vignoble charentais montrerait des dégâts variables et inhabituels : « des vignes normalement gélives n’ont pas été touchées, tandis que celles normalement épargnées l’ont été » souligne Christophe Véral, qui estime que cela pourrait être expliqué par les pluies éparses du samedi 4 mai.
À Cognac, les pieds d’ugni blanc vont du stade deux feuilles étalées, pour les tailles tardives, à 5-6 feuilles étalées avec des contre-bourgeons sortis, pour les vignes les plus avancées.

 


À Cognac, feux de paille et hélico ont été déployés pour replaquer au sol les fumées chaudes et éviter les gelées. Raphaël Martinaud (Établissements Martinaud)

 

Bourgogne, Chablis, Beaujolais : plus de peur que de mal pour cet épisode

A Chablis, la nuit du 5 au 6 mai a été marquée par une gelée blanche avec des températures descendues à -2°C. Les dispositifs de protection ont été enclenchés. Les dégâts sont limités ou nuls.

En Châtillonais, le thermomètre est descendu jusqu'à -2°C, les vignerons ont été en alerte jusqu'à ce mardi 7 mai. Seules les parcelles situées dans les bas-fonds semblent avoir souffert; les dégâts, qui peuvent être importants, sont donc très localisés. Ils ont été plus importants lors du gel du 14 avril dernier, avec en moyenne 10 à 15% de bourgeons gelés. "On a connu bien pire les années précédentes", résume Christophe Suchaut, de la Chambre d'agriculture de Côte d'Or.

La Côte de Beaune et la Côte de Nuits semblent avoir été sauvées par un vent supérieur à 20 km/h, permettant un brassage de l’air et écartant les gelées. Les vignerons n’ont pas déclenché les systèmes de protection même si le thermomètre est descendu à -1°C. « On peut espérer que s’il y a des dégâts, ils seront localisés et probablement limités aux zones humides » indique Thiébault Huber de la CAVB.

Par ailleurs, en Côte chalonnaise comme en Mâconnais, les premières impressions sont optimistes avec pas ou peu de dégâts attendus suite à ces dernières alertes. Ces deux vignobles ont néanmoins été impactés assez fortement par l'épisode du 5 avril 2019. Il faudra attendre encore quelques semaines pour tirer un bilan plus précis de la situation. 

Dans les Hautes Côtes-de-Nuits et de Beaune, les vignerons ont enchainé trois nuits, du samedi au mardi 7 mai, pendant lesquelles les températures ont été proches ou sous les 0°C selon les secteurs, mais pas suffisamment pour provoquer d'importants dégâts, selon les premières constatations: « Il y aurait a priori pas ou très peu de dégâts, qui seront sans doute localisés sur les secteurs gélifs », indique Benoit Bazerolle, conseiller Chambre d'agriculture 21. Ce vignoble avait en revanche été touché plus fortement par l'épisode de gel du 5 avril. « Mais les contre-bourgeons semblent avoir bien redémarrer, avec des sorties de nouvelles grappes, sur les deux cépages », témoigne Bérangère Jeannin, responsable du vignoble de la cave Nuiton-Beaunoy.

En Beaujolais, il n’y aurait pas de dégât. Les températures seraient restées positives et le vent a aidé. Mais ce vignoble a été plus fortement touché par celui d'avril, avec une surface d'environ 2500 ha concernée, soit 20% de la superficie. Comme pour le Mâconnais, il faudra patienter encore quelques semaines pour dresser un état des lieux plus précis, la vigne n'ayant pas encore suffisamment poussé à cause du froid.

 

Des dégâts redoutés en Jura

Sur Facebook, la Fruitière vinicole d’Arbois écrit « il a fait jusqu’à -4 degrés au plus froid cette nuit dans notre vignoble du Jura. Malgré tous les efforts des vignerons, les dégâts du gel sont bien présents ce matin. Nous vous tiendrons informés ». Les températures sont tombées jusqu’à -5°C dans certains secteurs. La tournée des vignobles est en cours et l’inquiétude est bien présente. "Je crains qu'on ait de nouveau eu des dégâts, j'ai une vraie inquiétude", indique Daniel Cousin, directeur de la société de viticulture du Jura. Le vignoble a en effet été déjà impacté suite au gel de mi-avril.

 

Champagne : peu de dégâts

"Ce lundi 6 mai, nous avons connu la matinée la plus compliquée depuis les premières gelées d'avril" constate Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons de la Champagne. Dans l'ensemble, les dégâts sont peu nombreux et la catastrophe a été largement évitée. Seuls les secteurs les plus gélifs ont été réellement atteints, à savoir les bas fonds. Certains vignerons ont  pu relever -3°C au thermomètre. "Il y a des cas où 100 % des vignes sont gelées"  déplore Maxime Toubart. Ces cas restent rares, la majorité des vignes restant verte. Et Maxime Toubart de lâcher : "nous espérons désormais que ces épisodes de froid sont derrière nous". 

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VOS RÉACTIONS
Domaine Rousseau Le 07 mai 2019 à 08:01:48
Bonjour à tous, La Bourgogne se n'est pas que les grands noms Cote de Beaune, côté de NUITS et Chablis...... Il y a les hautes côtes et le chatillonnais ! !! Justement voici de nos nouvelles après 3 nuits consécutives de gelavec le plus froid lundi matin avec -3 ; dimanche -1,5; et e mardi matin pareil mais plus long avec 5h en négatif pour les endroits les plus froid. Pour les dégâts on attend......à molesme bougies,éoliennes (15), frost guard (4) ont tourné intensément. .... Bonne journée !
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