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Le procès du "courage de dénoncer le sexisme dans l’industrie du vin"
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Justice
Le procès du "courage de dénoncer le sexisme dans l’industrie du vin"

La justice examine des publications des blogueurs Sandrine Goeyvaerts et Vincent Pousson pour déterminer s'il s'agit d'injures à caractère sexiste ou de réponse diffamatoire à des provocations.
Par Alexandre Abellan Le 25 novembre 2022
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Le procès du
« Avec deux mots de trop de monsieur Pousson on passe d’un débat à des injures, de l’invective et du mépris » plaide Éric Morain c 24 novembre au tribunal de Paris pour sa dernière plaidoirie devant la 17ème chambre. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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ribune d'émotion le retour ce jeudi 24 novembre pour la dix-septième Chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Appelée à la barre pour défendre sa plainte pour injure publique à caractère sexiste à l’encontre du blogueur Vincent Pousson (absent), la caviste belge Sandrine Goeyvaerts n'arrive pas à réprimer des larmes : « on me cantonne à cette affaire. J’aimerai pouvoir parler de mon métier avant de parler de ses insultes » aux professionnels du vin qu’elle dit rencontrer. Étudiant des propos tenus fin 2020 dans le cadre de virulents débats sur la caricature du numéro 21 du trimestriel En Magnum (où une agente commerciale aguichait un caviste : « à la commande d’une palette j’enlève le haut, et à la commande d’un container… »), le tribunal décortique un enchaînement d’affrontements numériques entre les défenseurs de ce dessin (ayant conduit sur un autre sujet à la relaxe du directeur de publication devant ce même tribunal l’an passé) et les dénonciateurs d’une expression dans la filière vin des Violences Sexistes et Sexuelles (VSS).

Cette dernière position était celle de la chronique "Cyberharcèlement, insultes: le monde du vin n'est pas épargné" rédigé par Sandrine Goeyvaerts et publié sur le site de la Radio Télévision Belge de la communauté Française (RTBF). Citant le billet "Vins à forte poitrine" de Vincent Pousson, Sandrine Goeyvaerts écrit que « certains hommes se permettent encore d’écrire de tels articles, reflétant leur vision de la femme : il ne peut exister que deux types de femmes, vendeuse d’amours tarifées ou canons décérébrées. "Des putes blondes, il y en a des centaines dans le Mondovino", écrit en toute décontraction ce même blogueur. » Une attaque frontale pour Vincent Pousson, qui poste le 19 décembre sur son compte Facebook* une photo de Sandrine Goeyvaerts en maillot de bain en déclarant « qu’une mégère belge me donne publiquement des leçons d’élégance, d’amour des femmes, de jeunisme, éventuellement de vin [et] la poissarde n’a rien trouvé de mieux que d’instruire un graisseux procès stalino-mélenchoniste pour sexisme. »

Mégère poissarde

Dans la plainte, ce sont les mots de « mégère » et de « poissarde » qui sont précisément poursuivis indique la présidente du tribunal, qui relève d’autres propos plus direct. Comme dans une réponse au commentaire du sommelier belge Éric Boschman. Ce dernier le prévenant que « tu prends le risque de te faire clouer au pilori du Tweebunal par quelques-unes de tes "amies" cavistes », Vincent Pousson répondant « Éric, le Tweebunal graisseux des poissardes, je l’encule à sec, avec du gravier et du piment d’Espelette ». Notant un ensemble de « publications à la vision très péjorative de la femme », la procureure de la République demande la condamnation de Vincent Pousson pour des « propos injurieux [contre Sandrine Goeyvaerts] à raison de son sexe ». Et d’ajouter que « dans un article Sandrine Goeyvaerts a eu le courage de dénoncer le sexisme dans l’industrie du vin, mais sans attaque personnelle de Vincent Pousson ».

Défendant Vincent Pousson (« travaillant dans un restaurant-cave près de Carcassonne »), maître Hélène Simon-Grassa confirme que « le combat sur la place de la femme doit être menée dans tous les milieux » et plaide pour une autre vision de son client : « Vincent Pousson s’insurge contre toute forme d’extrémisme » et se trouve « stigmatisé en vieux mâle blanc sexiste ». Si l’avocate toulousaine confond l’ancien site parodique Terre de Vinasse avec un vrai interview de Sandrine Goeyvaerts, elle revient à l’étymologie de mégère (divinité antique poursuivant les criminels) et de poissarde (liée à la vulgarité du peuple) pour disqualifier la qualification de sexisme (et parler de caractère). Hélène Simon-Grassa indique également que Vincent Pousson a répondu à une provocation avec de la diffamation (le blogueur écrivant que la sommelière « repompe des dossiers de presse pour causer roteuses dans ‘Elle’ »).

Partie civile

« La jurisprudence ne prend en compte que l’image commune comprise par le lecteur », « la provocation demande de la concomitance dans le temps » et « il n’y a pas de diffamation, c’est sa liberté [de Vincent Pousson] de ne pas aimer son époque » réplique Éric Morain, qui tique sur le terme d’ « épiphénomène » utilisé par Vincent Pousson. Pour l’avocat parisien, ce dernier « n’aime pas son époque. C’est son droit et sa liberté », mais « il a juste le droit de ne pas être injurieux » poursuit Éric Morain, pour qui « Vincent Pousson est un peu le tonton gênant en fin de soirée, un peu sexiste parce que l’"on ne peut plus rien dire" ». Ayant demandé à RTBF le retrait de l’article de Sandrine Goeyvaerts, Vincent Pousson a d’ailleurs reçu une fin de non-recevoir du service juridique de la radio-télévision belge, l’invitant « à s’appliquer à lui-même ce qu’il demande aux autres » en s’appuyant sur le post Facebook reprenant la photo de Sandrine Goeyvaerts. Absent de toute la procédure, Vincent Pousson n’aura pu se défendre directement.

Ayant lancé en 2012 son blog, la Pinardothèque (désormais inactif), et créé l’association Women Do Wine en 2017** (« je suis une militante féministe »), Sandrine Goeyvaerts explique être « habituée » à recevoir de nombreux commentaires offensants dès qu’elle prend « position pour les femmes ». Dans cette affaire, la sommelière explique avoir porté plainte car les messages reçus n’étaient pas postés par une « meute de trolls anonymes », mais par des personnalités de la filière vin : « j’essaie de faire évoluer le monde du vin, qui est à l’image de la plupart de la société », ajoutant « ce n’est pas l’effet d’une personne, mais un système installé. Il y a intérêt à mieux le faire connaître pour lutter contre. Quand je le cite [Vincent Pousson] il n’y a pas de jugement moral, c’est au lecteur de se faire son opinion. » Se disant affectée personnellement par ce dossier, Sandrine Goeyvaerts indique que son cas est loin d’être isolée : « je ne suis pas la seule à subir [le sexisme] dans le monde du vin, qui est la sphère professionnelle que j’occupe ». Pour la sommelière, « tout ce que je réclame, c’est de pouvoir prendre la parole sans insultes et en étant respectée comme femme du vin ».

Le délibéré est fixé au mercredi 25 janvier 2023.

 

* : Si le post incriminé est toujours en ligne, le lien y conduisant, qui était initialement repris dans l'article, a été retiré à la demande de Sandrine Goeyvaerts (mise à jour du 25 novembre, 16h36).

 

** : Sandrine Goeyvaerts indique avoir rédigé 5 livres, 84 dossiers et articles pour Elle à table.

 

 

 


 

 

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