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Pour répondre aux marchés, les vins de Bourgogne veulent des volumes et une aire AOC révisée  
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Millésime 2022
Pour répondre aux marchés, les vins de Bourgogne veulent des volumes et une aire AOC révisée  

Faisant le plein avec la vendange 2022, la filière bourguignonne compte voir de premiers effets de détente commerciale d’ici l’an prochain. Pour pérenniser ce dégel des approvisionnements, il faut encore d’autres millésimes généreux et une finalisation de la révision de l’aire de production.  
Par Alexandre Abellan Le 20 novembre 2022
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Pour répondre aux marchés, les vins de Bourgogne veulent des volumes et une aire AOC révisée   
Les prix des vins de Bourgogne ? « C’est l’application de la loi du marché, entre l’offre d’une petite région de production et une demande globale qui tire vers le haut » répond Laurent Delaunay, ce 20 novembre dans les halles de Beaune. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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’après les dernières estimations, la récolte bourguignonne s’élèverait à 1,75 million d’hectolitres de vin en 2022. Un volume « à rapprocher du chiffre de l’an dernier : 997 000 hl, [2021 étant] une année exceptionnellement basse » note François Labet, le président du Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne (BIVB) lors de la conférence de presse des Hospices Civils de Beaune (dont la vente caritative se tient ce 20 novembre). « Ce volume 2022 nous redonne le moral » commente Laurent Delaunay, le co-président du BIVB, qui note des augmentations de 23 % par rapport à la moyenne quinquennale et de 75 % par rapport au millésime 2021. Ce volume 2022 rappelle la récolte 2018 (1,8 million hl), ce qui « donne une idée des variations que l’on a maintenant avec le changement climatique, il faut que l’on s’adapte à cette situation* » pointe le négociant de Nuits-Saint-Georges.

Si la production 2022 est à rapprocher de 2018, « nous avons 1 000 hectares de plus en production » compare François Labet, évoquant des plantations nouvelles réalisées ces dernières années dans le Mâconnais et le Chablisien. « Nous avons encore beaucoup de possibilités de plantation, mais la CAVB (Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne) gère avec prudence la croissance, pour ne pas exagérer la production de certaines appellations » ajoute le vigneron du Clos-Vougeot. Lors de sa visite ce 19 novembre à Beaune, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a justement été interpellé sur le besoin d’accélérer les travaux sur la révision de la délimitation des appellations régionales de Bourgogne. Un projet qui inquiète notamment en Beaujolais et à Chablis. « Cette délimitation des appellations régionales est un serpent de mer. On espère pouvoir accélérer les choses » commente Laurent Delaunay, pointant que « l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) fonctionne au rythme du siècle dernier, alors qu’avec le changement climatique nous avons une accélération des phénomènes. Il faut encore 18 ans pour classer des premiers crus en Pouilly Fuissé, il faut absolument que les choses s’améliorent. »

Il nous faudrait deux récoltes comme ça pour rééquilibrer les marchés

Commercialement, la détente est attendue avec la généreuse récolte 2022. « La rareté du millésime 2021 a créé une demande, une tension sur les marchés. On a été obligé de racler les fonds de terroir, pour mettre à disposition des clients du monde entier tout ce qui nous restait. Les stocks étaient au plus bas historique fin juillet, à la fin de la dernière campagne » rapporte Laurent Delaunay, pointant que pour le millésime 2022, « les bouteilles commenceront à arriver sur les marchés courant 2023 pour les appellations régionales. C’est surtout à partir de la fin d’année 2023 et le début 2024 que l’on verra des effets. Si j’ose dire, il nous faudrait deux récoltes comme ça de suite pour rééquilibrer les marchés après l’accumulation de petites récoltes que l’on a connu au cours des dernières années. »

S’ajoutant à une augmentation des prix, la rareté actuelle cause des décrochages commerciaux en volumes, mais pas en valeur. Sur les neuf premiers mois de 2022, les ventes en grande distribution des appellations bourguignonnes chutent de 25,7 % en volume et 16,5 % en valeur. « On rejoint la tendance générale de déconsommation du fait que l’on n’a pas de volumes » commente Laurent Delaunay. À l’export, les volumes baissent de 10 % et la valeur augmente de 16 % de janvier à septembre. « Il y a certainement aussi un effet prix, mais je pense que pour le moment c’est surtout l’effet volume » qui joue pour Laurent Delaunay, qui souligne que « nos opérateurs, domaines et maisons, n’ont pas pu mettre à disposition de leurs clients les volumes qui auraient été nécessaires, mais ont été obligés de faire des allocations assez sévères ».

Cote

Ne prenant pas le risque de pronostics sur les évolutions de prix des vins de Bourgogne, le négociant avance qu’il faudrait « plusieurs années de production importante [pour qu’il soit] assez probable que les prix redescendent. Pour que l’on voit un marché qui retrouve une situation normale, il faudrait au moins deux récoltes significatives comme 2022. » La cote internationale des vins de Bourgogne semble bien partie pour rester forte, comme en témoigne Marie-Anne Ginoux, directrice générale de Sotheby’s France (organisant la vente des Hospices), qui rapporte que 46 % des 132 millions de dollars de vin adjugés aux enchères dans le monde par sa maison de vente en 2021 sont réalisés par des vins de Bourgogne.

« Les vins de Bourgogne ont l’image de vins chers. C’est totalement faux » pour François Labet. Estimant que « c’est peut-être vrai pour 4 % des vins produits », le vigneron indique qu’« il ne faut pas oublier que 50 % des vins de Bourgogne sont des appellations génériques (Bourgogne blanc, Bourgogne rouge, Mâcon…). Et avec des prix qui ne dépassent pas 12-13 € en grande distribution française. On se focalise sur des grands crus, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Sous le niveau de la mer, il y a tout le reste. Aujourd’hui, la demande globale porte essentiellement sur les appellations sous l’eau : les appellations de la côte Châlonnaise, de la Côte de Beaune comme Santenay Ladoix, qui sont des rapports qualité prix formidables. »

 

* : Pour participer à l’atténuation du changement climatique, François Labet rappelle le projet de neutralité carbone du BIVB qui doit être atteint en 2035 (à 60 % par la réduction des émissions bourguignonnes et à 40 % par des actions de neutralisation). Le plan d’action de ce plan sera soumis au vote de l’assemblée générale du BIVB durant l’été 2023.

 

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