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Valorisation
Les vins rosés montent en grade

Les nouvelles cuvées de rosés de garde que les vignerons lancent pour monter en gamme peinent à s’imposer alors qu’elles plaisent aux consommateurs. Dans le même temps, les producteurs historiques de ces vins connaissent un retour en grâce.
Par Chantal Sarrazin Le 02 novembre 2022
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 Les vins rosés montent en grade
Matthieu et Maud Négrel propriétaires du Mas de Cadenet produisent un rosé de garde qu'ils vendent 25 € - crédit photo : Mas de Cadenet
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our la première fois l’an dernier, Alix David et Romain Gérard, les propriétaires du Château de Terride – 32 ha à Puycelsi (Tarn) –, ont décidé de produire un gaillac rosé qu’ils commercialiseraient un an après la récolte. Élaboré avec le cépage local braucol, ce vin a subi huit mois d’élevage dans une cuve ovoïde de 11 hl. Les quantités sont confidentielles, tout juste 1 400 bouteilles sur les 12 000 cols de gaillac rosé que produit le couple.

« Nous avons déjà deux rosés dans notre gamme Les Caprices d’Alix, l’un sec et l’autre tendre, que nous vendons respectivement à 7 et 7,50 €, explique Alix David. Il nous manquait un rosé dans notre gamme "château" avec des produits à plus de 11 €. »

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Alix David (crédit photo château de Terride)

Alix David a testé cette cuvée auprès de sa clientèle du caveau cet été. « Nous l’avons fait déguster en même temps que nos autres rosés frais et fruités, détaille-t-elle. J’explique que c’est un vin de gastronomie qui peut se conserver. Ceux qui le goûtent en prennent au moins un carton. » Cette fin d’année, elle va démarcher les restaurateurs. « C’est la première fois que nous allons faire une tournée "rosé" à l’automne », complète la vigneronne.

Des cuvées plus complexes peuvent se développer

Pour Jérémy Arnaud, fondateur de la société Terroir Manager, le marché des rosés est à maturité. « À côté des rosés pâles et fringants, des cuvées plus complexes destinées à la gastronomie peuvent se développer », estime-t-il, ajoutant que leur habillage doit être classique afin qu’ils se distinguent bien des rosés d’été.

Philippe Chauvin, le propriétaire du domaine de La Font des Pères – 14 ha au Beausset, dans le Var – respecte cette règle. Il produit des côtes-de-provence et 60 000 cols de bandols, dont un tiers de rosés qui portent la même étiquette sobre et élégante que les rouges. Il vend ses côtes-de-provence rosés dans l’année, mais élève ses bandols, si bien qu’il a trois millésimes à la vente : 2019, 2020 et 2021 à 19 € le flacon, contre 12 € les côtes-de-provence.

« À Bandol, notre cépage principal, le mourvèdre, possède un réel potentiel de garde », indique Philippe Chauvin. Nous vendons 80 % de notre production au domaine. Nous faisons déguster nos bandols rosés du plus récent au plus ancien, à l’aveugle. Résultat des courses, plus de la moitié des consommateurs préfère les plus âgés. »

À Trets, dans les Bouches-du-Rhône, le Mas de Cadenet produit un rosé de garde – Grande Garde –, un côtes-de-provence-sainte-victoire, depuis 1989. Positionnée sur le haut du panier, cette cuvée est vendue 25 € et ne représente que 2 % de la production du domaine.

Les rosés de garde restent quelque chose de nouveau

« Quand son père a lancé cette cuvée, on l’a pris pour un fou ; un rosé ne mérite pas de passer en barrique lui a-t-on dit !, relate Maud Négrel, la propriétaire. Aujourd’hui, les rosés de garde restent toujours quelque chose de nouveau. Il faut encore les expliquer. Les ventes augmentent peu à peu. Notre cuvée est appréciée de nos clients fidèles à la boutique. Des restaurant étoilés l’ont référencée. Nous avons des marchés aux États-Unis. Les étrangers comprennent notre démarche. Contrairement aux professionnels français, ils ne recherchent pas absolument le dernier millésime. »

Au château Beaubois – 65 ha à Beauvoisin (Gard) –, Fanny Boyer, la propriétaire, reconnaît, elle aussi, qu’il est difficile de convaincre. « Nous avons lancé la cuvée Élégance en AOC Costières de Nîmes en 2010, annonce-t-elle. C’est un vin élevé sur lies pendant deux à trois mois et embouteillé six à huit mois après les vinifications. Nous avons mis du temps pour l’imposer à cause du prix de 12 €. Ce n’est pas délirant mais, dans une appellation comme la nôtre, il est difficile de vendre plus cher. »

 

Des rosés à l'avant-garde

Au domaine Clos Cibonne, au Pradet (83), tous les côtes-de-provence rosés – 85 000 cols – sont depuis toujours des vins de garde. « Nos élaborons quatre cuvées à partir du cépage tibouren que nous élevons entre 10 et 24 mois en foudres ou en barriques, explique Claude Deforges, le proptiétaire. Quand nous avons repris ce domaine en 2000, le marché était compliqué. Nous avons mis quatre ans pour lui donner une nouvelle impulsion en investissant dans la cave afin de changer de pressoir, d'améliorer le contrôle des températures... Aujourd’hui, nous vendons toute notre production sous forme d’allocations à des restaurants étoilés et des cavistes en France et à l’export. En mars, tout est réservé ! Le marché a évolué dans notre sens. » Ces vins sont vendus entre 22 et 50 € TTC/col. Et l’étiquette n’a pas changé depuis 1930.

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