Accueil / Gens du vin / En Italie en Calabre, des vignerons font renaître les cépages autochtones
En Italie en Calabre, des vignerons font renaître les cépages autochtones
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Vignoble étranger
En Italie en Calabre, des vignerons font renaître les cépages autochtones

À la pointe sud de la Calabre, quelques vignerons font renaître les cépages autochtones et leurs vins immémoriaux.
Par Mathilde Hulot Le 21 octobre 2022
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 En Italie en Calabre, des vignerons font renaître les cépages autochtones
Chez Antonella Lombardo. Les raisins sont ramassés dans des cagettes puis isolés dans le froid. D'autres les font sécher au soleil comme le veut la tradition. - crédit photo : DR
T

out en bas de l’Italie, dans les orteils de la botte, dans la province de Reggio de Calabre, quelques vignerons se sont mis en tête de relancer les cépages et productions locales. À commencer par le greco di Bianco, un vin doux que les Romains produisaient déjà pour faire des libations aux dieux.

C’est l’histoire qu’aiment rappeler les Maisano, l’une des rares familles à maintenir cette tradition. Ferdinando est géologue de profession. Avec sa sœur Maria, quatrième génération d’agriculteurs, ils produisent entre 4 000 et 8 000 bouteilles de ce vin par an. Le fils de Maria, Francesco, les a rejoints. Installés dans le village même de Bianco, ils cultivent 4 ha de vigne, 1,5 ha d’oliviers et 1 ha d’amandiers.

Tradition millénaire

Le greco di Bianco s’obtient par passerillage sur souche du cépage greco di Bianco ou par séchage de ses grappes après récolte, au soleil ou dans des séchoirs. Chez les Maisano, le raisin est séché au soleil sur des claies couvertes de bâches la nuit, avant de passer dans une presse à vis. Le jus fermente dans des fûts de châtaigner et s’arrête de fermenter naturellement. Il peut y rester plusieurs années et au minimum quinze mois, selon le cahier des charges de l’appellation. Le vin des Maisano fait environ 14 % d’alcool et 100 g de sucre résiduel selon les années. Il est doux, aux arômes muscatés fortement passerillés.

IMG_0354.JPG

Maria et Ferdinando Maisano perpétuent la tradition familiale. Frere et soeur, ils représentent la quatrieme génération a Bianco. (crédit photo Mathilde Hulot)

Ce vin de soleil se vend doucement, comme l’explique Natacha Sinopoli, qui tient une épicerie fine de produits italiens au Bourget-du-Lac, en Savoie. Actuellement, elle propose le 2013 à ses clients, à 24,90 € les 50 cl. « La tradition veut qu’on trempe le panettone dedans », rappelle cette Sicilienne de naissance.

Le mantonico, un autre cépage blanc local

Les Maisano cultivent également le mantonico, un autre cépage blanc local avec lequel ils produisent un deuxième vin passerillé, celui-là sous l’IGT Locride. « Nous le cultivons et le laissons sécher comme le greco di Bianco, puis nous le faisons fermenter en petits fûts. Mais l’élevage est très court : le mantonico est mis sur le marché entre décembre et mars suivant la récolte. »

Quand leur voisine Antonella Lombardo s’est lancée dans le vin, cultiver ces cépages locaux était une évidence pour elle aussi. Cette belle Calabraise est nouvelle dans le paysage viticole. En 2019, la quarantaine passée, elle range sa toge d’avocate pour créer son domaine à Bianco, car ce village se situe à une dizaine de kilomètres de Caraffa del Bianco, son village d’origine où son grand-père possédait des vignes. Comme elle n’a jamais produit de vin, elle s'appuie sur deux conseillers et a embauché un chef de cave, Emiliano Falsini. « C’est un technicien qui respecte le lien entre le terroir et les variétés autochtones », apprécie-t-elle.

Des efforts payants

Rapidement ses efforts paient : elle décroche le titre de « Vigneron de l’année 2021» dans le Gambero Rosso, le guide italien de référence, « pour avoir maintenu son projet coûte que coûte malgré le Covid », indique le long article qui lui est consacré.

IMG_20220524_121223.jpg

Antonella Lombardo (crédit photo Mathilde Hulot)

Antonella Lombardo exploite 5 ha. Elle aimerait en ajouter 3 de plus. « Je veux grandir lentement et pas trop, explique-t-elle. Je veux pouvoir être à la vigne et à la cave, ne pas tout déléguer. » Son greco di Bianco s’appelle Cheiras passito. C’est sa version de ce vin antique qu’elle veut doux, frais et « qui ne fatigue pas ». Outre ce vin, elle en produit six autres, tous de cépages autochtones et en IGT Calabria. Parmi cette offre : un greco di Bianco, blanc sec aux arômes maritimes, à ne pas confondre avec le greco di Bianco qui est une appellation (DOC) issue du même cépage. Antonella Lombardo produit aussi un cheiras secco, un vin orange avec des notes de figues sèches et beaucoup de salinité, une de ses fiertés.

Du neuf sur du vieux

À 28 kilomètres de Bianco, au point le plus au sud de l’Italie, se trouve Palizzi Marina. Cet autre village de bord de mer est traversé par une route qui longe la plage et par une voie ferrée parallèle à cette route. Entre les deux, se situe la cave des Nesci. En 2015, la cinquième génération de vignerons de cette famille a fait construire un bâtiment neuf sur les lieux du vieux « catoio » de 1896 et a produit cette même année le premier millésime d’une nouvelle ère. Cuves thermorégulées, chai de fûts d’Allier, le matériel dernier cri est là, mais les traces du passé aussi.

Aujourd’hui, les Nesci exploitent 15 ha de vigne qui font face à la mer et une trentaine d’hectares de bergamotiers, d’oliviers et d’amandiers. Eux aussi croient aux cépages autochtones. En blanc, ils cultivent du pecorello, du mantonico, de l’ansonica et du moscato bianco. En rouge, du nerelllo mascalese, du calabrese nero, du nocera, mais aussi de la syrah, du merlot et du cabernet-sauvignon, soit pour les ajouter en petite quantité aux cépages locaux, soit pour en faire des cuvées pures en vue d'obtenir « une gamme de produits qui puisse intéresser le plus grand nombre de clients possible », explique la propriétaire, Alberta Nesci.

IMG_20220524_172042.jpg

Alberta Nesci (crédit photo Mathilde Hulot)

La famille tire 40 000 bouteilles par an de vins rouges, rosés et blancs vendus entre 8 et 18 € TTC sur place, mais aussi dans le Latium et la Calabre, et un peu à l’export, aux États-Unis et en Angleterre. Alberta, 33 ans et maman de deux jeunes garçons, a perdu son père l’an passé : elle travaille d’arrache-pied pour perpétuer l’entreprise et les traditions locales : vin, mais aussi huile d’olive et bergamote, des productions indissociables de ce coin d’Italie.

Une bannière commune

En octobre 2021, trente-trois viticulteurs et metteurs en marché se regroupent au sein du consorzio Terre di Reggio Calabria. En tout, ils exploitent environ 1 000 ha de vignes et revendiquent une DOC, greco di Bianco, et sept IGT, Arghillà, Costa Viola, Locride, Palizzi, Pellaro, Scilla et Calabria. Cette coopérative s’est donné pour but de protéger, valoriser et développer les exportations de vins de Reggio de Calabre, une province située à l’extrémité sud de l’Italie. À cette fin, elle a participé au stand commun de Calabre, sous la bannière Bottega di Calabria, au Vinitaly qui a eu lieu à Vérone en avril 2022 et qui comptait 68 producteurs de vin, spiritueux et produits gastronomiques de toute la Calabre.

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2023 - Tout droit réservé