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Après les champagnes, les vins britanniques comptent rivaliser avec les bourgognes
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Grâce au changement climatique
Après les champagnes, les vins britanniques comptent rivaliser avec les bourgognes

Entre les années 1980 et 2040, les températures pendant la période de croissance de la vigne auront vraisemblablement progressé de 2,4°C outre-Manche, selon une étude publiée dans le journal scientifique Oeno One. De quoi nourrir les ambitions de la filière britannique de rivaliser non plus avec la seule Champagne, mais désormais avec la Bourgogne.
Par Sharon Nagel Le 05 août 2022
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Après les champagnes, les vins britanniques comptent rivaliser avec les bourgognes
Les chercheurs préviennent le secteur contre les risques de rester figé autour des effervescents, conseillant plutôt la diversification de l’offre et « l’agilité climatique » - crédit photo : WineGB
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vant 2004, l’encépagement britannique faisait la part belle aux variétés typiques d’un climat frais, à savoir le reichensteiner, le seyval blanc et le müller-thurgau. En 2020, le pinot noir, le chardonnay et le pinot meunier représentaient respectivement 33, 32 et 13 % de la superficie plantée. C’est dire à quel point la physionomie du vignoble britannique, et le profil de vins qui en résulte, a évolué en l’espace de deux décennies. Et cette évolution n’est pas près de s’arrêter si l’on en croit une équipe de chercheurs menée par le Dr Alistair Nesbitt, consultant auprès de la société Vinescapes, aux côtés du professeur Stephen Dorling (Université d’East Anglia, Weatherquest).

Selon leurs projections, une augmentation de 1,4°C des températures d’ici 2040 pendant la période de croissance de la vigne « sur des zones étendues en Angleterre et au Pays de Galles », ouvre la voie au développement de vins rouges tranquilles de qualité à base de pinot noir, mais aussi de blancs tranquilles issus de cépages tels le sauvignon blanc ou le riesling, plus faciles à valoriser que le bacchus actuel (5 % du vignoble). Car l’objectif de cette étude est de permettre la poursuite des investissements dans le vignoble tout en encourageant la diversification de la typologie des produits, au-delà des effervescents omniprésents (72 % de la production). Insistant sur la nécessité pour la filière britannique de rester « climatiquement agile », au vu de la vitesse à laquelle le climat change, les chercheurs estiment que, d’une part, les zones actuellement dédiées à la production d’effervescents pourraient évoluer vers celle de rouges tranquilles, notamment issus de pinot noir, et d’autre part, que de nouvelles zones non encore développées pourraient l’être. Il s’agit, par exemple, de comtés dans le sud-est comme le Cambridgeshire, l’Oxfordshire ou le Berkshire, où la viticulture est encore peu développée. A telle enseigne que le Dr Nesbitt, qui avait estimé à 33 700 hectares la superficie propice à la culture de la vigne en Angleterre dans une étude précédente, évoque désormais « une superficie bien supérieure qui deviendra apte à cultiver la vigne en Angleterre et au Pays de Galles ».

Les investisseurs ragaillardis par les effets positifs du changement climatique

S’exprimant depuis le symposium international de la viticulture en climat frais, qui s’est tenu du 17 au 21 juillet en Ontario au Canada, le docteur Nesbitt et le professeur Dorling ont affirmé à Vitisphere que « le réchauffement observé et prévu devrait élargir le champ des possibles dans tous les vignobles existants ». Certes, ce développement dépend aussi des subsides et autres incitations de l’Etat, mais les chercheurs pointent « beaucoup d’intérêt manifesté à la fois par des néo-vignerons et des producteurs existants pour développer des vignobles au Royaume-Uni. Le changement climatique entraîne une plus grande confiance chez les investisseurs. Les premières indications montrent qu'il n'y a actuellement aucun ralentissement du rythme d'expansion et, à condition que des marchés fiables puissent être identifiés, nous pouvons nous attendre à ce que la croissance se poursuive ».

Cela, sachant qu’il existe actuellement 800 exploitations sur une superficie de 3 800 hectares, soit une hausse de près de 400 % entre 2004 (761 ha) et 2021. « Pendant cette période, un climat plus chaud a permis d’assurer des rendements et une qualité plus stables pour le pinot noir et le chardonnay… Une saison chaude et sèche comme en 2018, où les problèmes de maladies ont été inférieurs à la moyenne, a engendré une production record de 15,6 millions de bouteilles. Ces conditions culturales sont déjà devenues plus courantes et devraient l’être encore plus à l’avenir ».

Constituer des réserves les bonnes années

Oui, mais avec un bémol important. Qui dit réchauffement climatique dit, on le sait, multiplication des évènements météorologiques extrêmes. Et le vignoble britannique ne sera pas épargné. Si les gelées printanières et les orages de grêle resteront une épée de Damoclès pour les producteurs britanniques, les chercheurs estiment « qu’il existe des technologies permettant d’atténuer l’impact de certaines gelées ». Plus dommageables, « des périodes humides prolongées pendant le stade critique de la floraison, comme cela fut le cas en 2012 au Royaume-Uni » poseront toujours problème à l’avenir, malgré le changement climatique. Mais « une bonne production presque tous les ans permettra de constituer des réserves, malgré des événements extrêmes occasionnels, qui peuvent aider à surmonter les problèmes liés aux années climatiques difficiles », prédisent les chercheurs.

Enfin, rapprochant les conditions climatiques futures au Royaume-Uni à celles actuellement constatées dans certains vignobles français, de même que dans la région allemande de Baden, les chercheurs pointent de nouvelles opportunités pour élargir l’offre britannique, notamment en faveur des rouges tranquilles. Tout en soulignant : « D'autres régions du monde avec plus d’antériorité viticole peuvent sortir du champ bioclimatique et/ou de la capacité d'adaptation permettant d’assurer une production fiable de pinot noir destiné aux vins tranquilles ou aux vins effervescents ». La Champagne et la Bourgogne n’ont qu’à bien se tenir !

 

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