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Les vignerons des Côtes-du-Rhône sous changement climatique extrême
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Tech&Bio 2022
Les vignerons des Côtes-du-Rhône sous changement climatique extrême

Lancées sur un scénario d'augmentation soutenue des températures si rien n'est fait, les Côtes du Rhône septentrionales subiraient un réchauffement climatique douloureux à moyen et long terme, entend-on aux journées techniques Tech&Bio dans la Drôme.
Par Vincent Gobert Le 13 juillet 2022
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Les vignerons des Côtes-du-Rhône sous changement climatique extrême
Ce 7 juillet les viticulteurs bio se sont déplacés en nombre pour assister à la journée technique Tech&Bio des chambres d'agriculture à Cornas - crédit photo : Vincent Gobert
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.O, incrédules, ahuris. Les 180 viticulteurs présents ce 7 juillet à la journée technique Tech&Bio de Cornas n'en reviennent pas. Venus de Bourgogne et du Beaujolais à la Provence en passant par la Savoie, les professionnels de la vigne en bio semblent assommés par l'exposé qui leur est fait sur les conséquences du réchauffement climatique pour le vignoble des Côtes du Rhône septentrionales.

Et il y a de quoi être stupéfait par les données sorties du programme d'évaluation et de prévention au changement climatique "Climat XXI" des chambres d'agriculture. "Les tendances et les chiffres que nous obtenons par simulation doivent aider les agents des chambres d'agriculture face aux producteurs sur les différents territoire, dessine Emmanuel Forel, avant d'entrer dans le vif du sujet. Il y a 3 grands scénarios de prospection climatique du GIEC en fonction des politiques mondiales de limitation des émissions de gaz à effet de serre. D'après les données météo globales relevées, nous constatons que c'est le scénario le plus pessimiste qui se réalise. Nous nous basons donc sur celui-là pour anticiper ce qui pourrait se passer dans nos bassins. D'ici la fin du siècle, la température moyenne annuelle progresserait de +3,8°C. Elle augmenterait même +4°C à 400 ou à 600 m d'altitude : il ferait alors aussi chaud à Alboussière [commune d'Ardèche en altitude à 10 km à l'Est de Valence] que dans le passé à Montpellier entre 1975 et 2005 ! En réalité la température évoluera plus vite en altitude", prévient le conseiller de la chambre d'agriculture d'Ardèche, "la montée des moyennes se fera vers le Nord mais aussi en altitude, c'est un phénomène majeur"

Plein été de 4 mois

Autre mauvaise nouvelle, "il devrait y avoir un glissement des températures chaudes de juillet et août vers juin et septembre", décrit Emmanuel Forel. "Il faudra compter sur un plein été de 4 mois. Un autre glissement des températures devrait s'opérer de mars vers février et de novembre vers décembre, c'est à dire une fin d'automne et d'hiver plus doux. Cette tendance, on l'observe pour toute l'Ardèche. Le nombre de jours très chauds, au dessus de 30°C, va aussi augmenter, et même être multiplié par 3 pour passer à 60 jours en plaine", abonde-t-il. En altitude le phénomène serait plus marqué. "Ce serait multiplié par 8 à 600 m d'altitude, soit 45 jours très chauds, précise-t-il. Le corollaire, c'est la diminution du nombre de jours de gel. C'est même une très forte diminution. Par exemple pour Mauves, on passerait d'une moyenne de 36 à seulement 9 jours de gel".

Concernant les pluies, "il y a de l'inquiétude, introduit le conseiller, mais la pluviométrie annuelle se maintiendrait dans le secteur : 850 à 900 mm voire légèrement plus, avec toujours des écarts entre années sèches et années humides mais qui se restreindraient. On devrait gagner de l'eau au printemps et à l'automne". Mais le déficit climatique, c'est à dire le différentiel entre pluies et évaporation plus transpiration, augmenterait en durée de 3 à 4 mois et en intensité. "On passerait de -300 à -515 mm de mai à août à Mauves, décrit Emmanuel Forel. C'est +70 % de déficit".

Conséquences sur la vigne

"Les enjeux viticoles sont de trois natures : des départs en végétation plus précoces, des risques accrus de gel au printemps et une avancée de la vendange, par exemple 1 mois pour la Syrah à Mauves, avertit le spécialiste, cela pose des questions d'adaptation entre cépages et porte-greffe, mais aussi de la remontée en altitude des vignobles". Pour appuyer son exposé, Emmanuel Forel détaille l'utilisation de l'indice de Winkler, basé sur la somme des températures de base 10°C entre le 1er avril et le 31 octobre. Cela classe les régions par zones de précocité des stades phénologiques et de la teneur en sucre. Historiquement, les Côtes du Rhône sont classées en zone 2, comme la Rioja ou le Barolo. Avec le changement climatique en cours, la région basculerait en zone 5, celle de Palerme, Jerez (Esp.) ou de Fresno (USA).

"Le matériel végétal doit être adapté ! En zone 5 on trouve les cépages primitivo, palomino ou fiano d'avolla. Dans le scénario de changement climatique que nous avons choisi, on se rend compte que la vendange de la roussane cultivée en plaine serait possible fin août, c'est à dire non seulement avancée de plusieurs semaines mais surtout à Saint-Félicien : à 575 m d'altitude !", appuie le conseiller. Il rappelle que seuls 3 cépages sont au cahier des charges. "Cela laisse peu de choix, c'est une question d'AOP. En effet, il est seulement possible de tester des cépages à des fins d'adaptation dans une limite de 5% de l'exploitation et de 10% en assemblage. Hors appellation d'origine, des essais sont en cours sur des cépages résistants en Ardèche", appuie Emmanuel Forel.

Solutions de court à long terme

La problématique eau se retrouve au cœur des enjeux. "Les besoins en eau seront 1,6 fois plus élevés d'ici la fin du siècle, alerte Emmanuel Forel. L'irrigation n'est pas permise par le cahier des charges. Même si elle l'était, les fortes pentes la rendraient techniquement très complexe. La ressource est aussi limitée. Même les débits du Rhône sont prévus en baisse". Le technicien énonce quelques leviers de court-terme, comme favoriser l'enracinement profond ou encore limiter l'évaporation et la transpiration. Mais ce sont les mesures de long terme qui interpellent le plus. Telle la relocalisation par la sélection de terroirs plus profonds, l'abandon de zones non irrigables, l'adoption de coteaux exposés au nord, de parcelles plus en altitude, ou carrément plus au nord, ou encore la mise en place d'ombrages agroforestiers ou d'ombrières. Autant de propositions radicales mais qui "doivent s'insérer dans une réflexion pour l'avenir, dans une chronologie où on raisonne les mesures sur du court, moyen et long terme". Voilà les Côtes du Rhône prévenues.

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