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Nuits blanches et gelées noires pour les vignes de Bordeaux

Face au gel de printemps, c’est le coup de feu dans les vignobles bordelais pour limiter au maximum la casse : témoignage à Saint-Christophe-des-Bardes. Le risque de gel pourrait encore persister la nuit prochaine, mais s’éloigner dès mardi annonce la météo.
Par Alexandre Abellan Le 04 avril 2022
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Nuits blanches et gelées noires pour les vignes de Bordeaux
Adhérant à la cave coopérative de l’Union Des Producteurs de Saint-Emilion, Romaine Garrigue milite pour une approche collective de la viticulture. Il adhère à un GIEE en cours de montage sur Bordeaux par la Chambre d'Agriculture et la CUMA. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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utter contre le gel de printemps, « c’est un travail de titan » résume le viticulteur Romain Garrigue à la tête du château le loup (6,5 hectares en appellation Saint-Émilion). Surtout quand « rien ne va » comme cette nuit du dimanche 3 au lundi 4 avril avec un ciel dégagé et des températures négatives : -2°C mesuré dans ses parcelles de Saint-Christophe-des-Bardes. Mobilisant tout la nuit 8 membres de sa famille pour alimenter les feux, le vigneron met les grands moyens pour sauver sa récolte 2022 : sont déployés 2 éoliennes montées sur tracteur entourées de points de chauffe (des braseros et des poêles canadiens dans les rangées, alimentés en piquets de vignes), 30 chaufferettes à granulés (15 kg pour 5 heures) et des ballots de paille.

Sur le pont depuis 2 heures du matin, Romain Garrigue fait le maximum pour limiter la casse sur ses parcelles où de premiers bourgeons sortent du coton. Lors des gelées du millésime 2021, son domaine était passé entre les mailles du filet, réalisant un rendement de 58 hl/ha. Mais avec les gelées enregistrées la veille, dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 avril, le viticulteur ne cache pas son fatalisme : « hier c’était plus violent. On a enregistré -5°C en chauffant… On a vu la limite de tous les systèmes. Des conduites d’eau ont gelé, c’est du jamais vu. » Si de premiers dégâts de la veille sont visibles (avec des feuilles noircies), le véritable impact ne pourra être mesuré que dans trois semaines.

Arbitrage de la lutte

Malgré les limites de toute forme de protection, Romain Garrigue se projette sur l’avenir en envisageant d’investir dans une troisième éolienne (la première a été achetée après l’expérience du millésime 2017 et la deuxième est arrivée pour le millésime 2021). Ayant étudié les solutions disponibles sur le marché, le viticulteur a opté pour le moins chronophage humainement (ce qui lui a fait arrêter l’éolienne mobile, embarquée sur tracteur) et le moins coûteux (ce qui écarte les bougies). Mais mieux vaut ne pas regarder actuellement le coût actuel du Gazole Non Routier (GNR), « ça fait peur » glisse Romain Garrigue. N’ayant pas opté pour une assurance climatique, le viticulteur préfère investir dans la protection de sa production (idem pour la grêle, avec l’accueil d’un canon antigrêle).

Face à cette gelée noire, la lutte reste active jusqu’au lever complet du soleil : et ne cesse pas avant, ce moment étant le plus dangereux pour les bourgeons souligne Romain Garrigue. Une leçon transmise à sa fille, qui participe à la lutte la nuit avant d’aller suivre des cours au lycée viticole de Montagne. Pour Romain Garrigue, le jour qui s’annonce va permettre de se réchauffer, de se reposer rapidement et de préparer les outils de lutte si une nouvelle alerte se déclenche la nuit prochaine (en nettoyant et rechargeant les chaufferettes, les braseros, etc.).

Anticyclone

Touchant notamment les vignobles de Bordeaux, du Val de Loire et de Bourgogne dans la nuit de dimanche à lundi, ce « gel radiatif sévère » s’explique par « un anticyclone positionné au Sud-Ouest de l'Irlande » indique Emmanuel Buisson, le directeur recherche et innovation de Weather Measures (Weenat) que expliquait ce dimanche 3 avril que « plus la journée de dimanche sera ensoleillée et agréable (vent faible, ciel dégagé, soleil généreux), plus le refroidissement thermique nocturne sera important, accentué par les conditions froides de ces derniers jours ».

Notant que le gel radiatif de la nuit de samedi à dimanche « a été sévère, le Val de Loire et la Gironde ont été particulièrement touchées avec des températures observées jusqu'à -5 °C localement », l’expert pointe que « le risque de gelées pour la nuit de lundi à mardi reste fort au sud d'un axe Bordeaux - Limoges - Dijon, excepté Vallée du Rhône et pourtour méditerranéen ». Cette vague de froid s’achèvera « dans la journée de mardi avec l'arrivée d'un flux d'ouest qui balayera la France » conclut Emmanuel Buisson.

 

"Le flux océanique entrant par la façade Ouest ne touchera que le Nord de la Loire aujourd’hui, et le risque de gelées reste très élevé pour toutes les régions au Sud d’une ligne Bordeaux – Limoges – Dijon, confirmé par les prévisions du modèle AROME ce matin" indique Weenat ce 4 avril.

 

Encore dans le coton, les bourgeons restent sensibles aux températures négatives.

 

 

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Tous les commentaires (1)
VB Le 04 avril 2022 à 23:46:05
J'habite près de vignobles. Depuis 2 jours des fumées nauséabondes envahissent la maison et persistent une grande partie de la journée malgré l'aération, fenêtres grandes ouvertes une bonne partie de la journée. Cette odeur colle aux textiles. Oui, je peux comprendre l'enjeu économique lié à cette activité mais comprenez aussi que les riverains soient sur les dents : sommeil perturbé, maux de tête sans parler des lessives de rideaux et autres tissus d'ameublement.
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