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Moduler ses apports d'engrais selon la vigueur des vignes, c'est possible !
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Fertilisation
Moduler ses apports d'engrais selon la vigueur des vignes, c'est possible !

Il est désormais possible de moduler ses apports d’engrais selon la vigueur de ses vignes. Les premiers adeptes de cette technique témoignent.
Par Vincent Gobert Le 07 février 2022
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 Moduler ses apports d'engrais selon la vigueur des vignes, c'est possible !
Épandeur GRV Varimat sur porteur Braud 9080 de la société de prestation de travaux BPVM. Cet équipement permet de moduler les apports d'engrais. - crédit photo : © BPVM
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vons-nous mis la charrue avant les bœufs ? Alors que les prestataires spécialisés dans la fourniture de cartes de vigueur se multiplient et que l’offre en distributeurs d’engrais capables de moduler leurs apports s’étoffe, personne ou presque ne s’en sert. La filière bute sur le chaînon manquant, à savoir la traduction des cartes de vigueur en carte de préconisation d’apport d’engrais.

Le Château Rieussec, à Fargues, en Gironde, a pris les choses en main pour lever cet obstacle. « Nous avons mesuré la vigueur de nos vignes grâce à un capteur Greenseeker, pour commencer, puis avec des prises de vues aériennes, décrit Mathieu Desblancs, le chef de culture. Partant de là, j’ai créé moi-même les cartes de nos parcelles, puis des cartes de modulation d’apports avec le logiciel Farm Works. Nous les mettons ensuite dans la console Trimble qui commande notre distributeur d’engrais. » Et le tour est joué. C’est donc grâce à ses compétences internes en informatique que le Château Rieussec vient tout juste de faire ses premiers apports modulés.

Le château d'Arsac a fait appel à Vineview

Au Château d’Arsac, dans le Médoc, Loïc Le Bozec, a fait appel à Vineview pour dresser les cartes de vigueur et celles de modulation des doses d’apport. « Cela faisait trois ans que je cherchais une solution ! », rapporte ce chef de culture. Vineview a tout livré après deux survols des vignes cet été et quelques échanges avec Loïc Le Bozec.

Pour réaliser les apports, ce dernier a fait appel à BPVM, prestataire de travaux à Saint-Laurent-Médoc. « On attendait des cartes de modulation pour se lancer, rapporte Mehdi Boulajoul, à la tête de l’entreprise. Grâce à ces cartes, nous avons épandu entre 200 et 800 kg/ha de bouchons organiques 2-1-1 à l’aide de notre nouvel épandeur GRV Varimat avec pesée automatique et DPAE installé à l’arrière d’un porteur Braud 9080. Les travaux se sont très bien passés. »

Au Château Rieussec, « nous avons un distributeur d’engrais Kuhn Axis 40 EMC [Contrôle électronique de masse, ou pesée continue, ndlr] acheté il y a environ sept ans, décrit Mathieu Desblancs. Nous le plaçons sur un enjambeur Tecnoma TXH à 3 roues pour fertiliser nos vignes, qui sont plantées à 1,5 m. »

Des chantiers qui se sont passés très simplement

Dans les deux cas, les chantiers se sont passés très simplement. « Une fois que le GPS nous localise dans la parcelle, on déclenche le distributeur et il n’y a presque rien à faire, explique Jean de Roquefeuil, directeur d’exploitation du Château Rieussec. Nous faisons varier les apports de 200 kg à 2 t/ha en fonction du type d’engrais et de la vigueur. Il faut juste régler la largeur d’épandage. Elle peut être de 24 m ou plus avec notre épandeur, mais nous restons entre 12 et 18 m. Cela nous permet d’affiner les apports. »

Au Château d’Arsac, « nous épandons sur 12 m de large, c’est-à-dire sur 10 rangs de 1,2 m en avançant à 6 à 7 km/h, indique Loïc Le Bozec. Finalement la principale limite, c’est que les chauffeurs doivent encore couper l’épandage manuellement lorsqu’ils arrivent en limite de parcelle. »

Concernant la définition des doses d’apport, le Château Rieussec précise : « Ce qui nous intéresse c’est d’aller vers une baisse de l’hétérogénéité intraparcellaire. Nous produisons surtout des liquoreux. Nous avons besoin d’homogénéité pour viser des dates de récolte précises. Pour les blancs secs également. »

Encore peu de visibilité sur les bénéfices financiers

Du côté des coûts, cette propriété dépense 15 €/ha pour un vol de drone ou d’avion. Ensuite, elle réalise les cartes en interne. « Mais on remet un peu en cause l’algorithme de production des cartes de vigueur de Vineview, confie Jean de Roquefeuil. Nous avons commencé à travailler avec la société Aspexit pour améliorer ces cartes. »

Les deux survols du vignoble du Château d’Arsac par des avions en juillet et à la fin août et les cartes de vigueur ont coûté 2 500 €. À cela s’ajoutent près de 2 500 € de prestation pour les deux jours d’épandage modulé sur 60 ha. En revanche, Vineview n’a pas facturé ses cartes de modulation, profitant de sa collaboration avec ce château pour développer son savoir-faire dans ce domaine.

A l'arrivée une économie d'engrais

À l’arrivée, « il y a une économie d’engrais par rapport à la non-modulation, mais nous ne l’avons pas calculée », admet Matthieu Desblancs. « Je ne sais pas si nous réalisons une économie d’engrais, analyse de son côté Loïc Bozec au Château d’Arsac. On a surtout optimisé les doses. »

Que ce soit pour homogénéiser la vendange au Château Rieussec, pour économiser de l’engrais dans les secteurs avec beaucoup de manquants ou pour doper la mise en réserve post-vendange à d’autres endroits au Château Arsac, la modulation d’engrais apparaît autant comme une solution de bonne agronomie que de bonne gestion. Un vrai coup double. 

 

Une pratique en quête d’usagers

À part dans le Bordelais, la modulation des apports d’engrais n’est pas encore de mise. « En Alsace, je ne connais personne qui module ses apports, raconte le prestataire de travaux Jérémy Flory. Pourtant, nous sommes équipés. Nous avons un épandeur Pérard avec pesée et distribution électronique sur un porteur New Holland 9070. On connaît des viticulteurs qui veulent bénéficier de la modulation. Mais ils trouvent que c’est trop cher et que ce n’est pas le moment. » Même tonalité en Champagne. « Cela coûte cher de faire établir des cartes et le prix de l’engrais a fortement augmenté, confie Vincent Pompon, entrepreneur de travaux installé au cœur du vignoble. Nous nous contentons de moduler manuellement. »

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