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Responsabilisation
Bouteilles allégées et vins en vrac pour la politique d'achat du monopole québécois

Embouteillage local, allègement des bouteilles, formats alternatifs et labels écologiques font partie de l'arsenal de mesures de responsabilisation déployées par la Société des Alcools du Québec. Avec tout ce que cela implique pour ses fournisseurs.
Par Sharon Nagel Le 06 janvier 2022
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Bouteilles allégées et vins en vrac pour la politique d'achat du monopole québécois
L’aspect recyclable des contenants « est vraiment une préoccupation majeure » à la SAQ, précise son directeur responsabilité sociétale, Christian Marier-Pilon - crédit photo : SAQ
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a moitié de l’histoire centenaire de la Société des Alcools du Québec (SAQ) a été dédiée à des réflexions et à des actions destinées à réduire son impact environnemental. « Notre prise de conscience remonte aux années 80, puis a débouché sur une politique environnementale dans les années 90 et notre premier plan d’action en développement durable dans les années 2000 », rappelle Christian Marier-Pilon, directeur responsabilité sociétale auprès de la SAQ. Désormais, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est devenue un pilier de l’organisation et le processus de réflexion s’accélère. Tandis que la modernisation du système de consigne est prévue en 2022, impliquant de nouveaux objectifs et contraintes, la tendance générale des achats privilégie toujours plus les produits responsables, même si aucun produit ne se trouve « disqualifié pour des motifs de type bonnes pratiques ». Il n’en demeure pas moins que les quelque 2 100 produits bios proposés par le monopole ont fait un bond de 30 % en 2021 et que la composition des contenants est de plus en plus passée à la loupe.

A commencer par le verre. « Aujourd’hui, le verre allégé représente 74% de nos bouteilles de produits courants et de spécialités en achats continus de moins de 20 CAD », confirme Josée Dumas, directrice de l’offre et mise en marché. « Fin avril 2023, tous nos produits courants de 20 CAD et moins et nos spécialités en approvisionnement continu seront sous le format de verre allégé ». Plus encore, le monopole est en train de scruter les vins effervescents et les spiritueux qui devront eux aussi prendre le même virage. « D’ici avril 2022, nous allons être en mesure de présenter notre vision au secteur pour ces deux catégories-là en verre allégé ».

L’embouteillage local amené à prendre de l’ampleur

Le verre, et sa valorisation, constitue un véritable leitmotiv au sein de la SAQ, pour différentes raisons. « On sait que le prix du verre risque d’augmenter », explique Christian Marier-Pilon. « De plus, le sable est une des matières les plus extraites dans le monde entier donc nous cherchons à savoir comment minimiser cet impact ». Si l’on ne connaît pas encore précisément les modalités de mise en œuvre du nouveau système de consigne – qui a priori n’entraînera pas de modifications significatives pour les fournisseurs – il témoigne d’une nouvelle évolution des mentalités. Les clients vont devoir rapporter les contenants en verre, aluminium, plastique et carton multicouche, les sensibilisant davantage à l’impact des matériaux sur l’environnement. Puis le monopole cherche à valoriser ce verre au mieux.

« On aimerait qu’une portion du verre aille à la refonte. On a une usine de refonte au Québec et on a une verrerie donc on veut voir si on est capable de maximiser cette économie circulaire-là et la structurer de façon forte. Des études d’impact ont montré qu’on peut réduire de 10 à 20 % l’impact environnemental selon le pays d’origine avec l’embouteillage sur place ». Autant dire que l’augmentation de la part des vins en vrac « fait partie de notre vision », précise Josée Dumas. « A terme, on voudrait coucher sur papier une stratégie claire à mettre en place avec nos partenaires d’affaires. Aujourd’hui on valorise l’achat de vin en vrac via un appel d’offre, mais on veut pousser plus loin cet aspect-là pendant l’année à venir. On est prêts, non seulement à développer des marques au Québec, mais aussi à développer de grandes marques présentes à l’extérieur du marché et les faire venir au Québec pour les mettre en bouteille sur place, dans un souci de réduction des gaz à effet de serre. Bien sûr, il y a un élément coût pour nous, mais c’est plus l’aspect environnemental qu’on cible avec une stratégie d’embouteillage local ».

Briser l’image du gros et petit vrac

Le vrac est un sujet de réflexion non seulement au niveau des achats du monopole mais aussi pour ses clients. La SAQ propose depuis longtemps des vins en vrac directement aux clients mais dans un esprit de réduction des emballages, la refonte de cette offre redevient d’actualité. « Cela faisait partie d’un projet qui nous tenait très à cœur avant le Covid et je me suis même déplacée dans le Sud de la France avec mes équipes pour voir les possibilités de développement », explique Josée Dumas. Si le dossier a dû être mis en pause en raison de la pandémie, il sera repris à plus long terme.

« On voudrait le travailler de façon un peu plus moderne, un peu plus sexy avec une offre intéressante », détaille Christian Marier-Pilon. « Le but serait de travailler avec du vin plus qualitatif pour briser l’image associée à ces vins en vrac », pointe Josée Dumas. Le succès fulgurant des bag-in-box pendant la pandémie a déjà contribué à « briser ce mythe du non-qualitatif », jetant les bases d’un développement de la gamme. « Nous proposons actuellement une soixantaine de bag-in-box et envisageons de faire des séries un peu plus limitées et plus qualitatives », note la directrice de gestion de l’offre. « Nous sommes à 26 % de croissance et je pense qu’on va garder les consommateurs qui auront apprécié la qualité des produits alors qu’ils n’y attendaient pas ».

Un mouvement global de consommation responsable

Travaillant en collaboration de plus en plus étroite avec les autres monopoles, pour assurer une meilleure cohérence pour les fournisseurs, la SAQ va continuer à mettre l’accent sur l’aspect recyclable des contenants et la valorisation des matériaux, notamment le verre. « L’année dernière, notre valorisation du verre est passée à une étape supérieure : deux ponts à Montréal ont été fabriqués avec de la poudre de verre. On sait que le marché américain est très intéressé par ce produit qui permet aussi de réduire les gaz à effet de serre. Ce sont des choses qu’on explore beaucoup », précise le directeur responsabilité sociétale. Que ce soit les contenants recyclables comme les cannettes, l’écoconception des emballages ou bien les vins issus du développement durable, tous ces produits seront des moteurs de croissance au sein du monopole qui table sur une hausse des ventes de 4,4% d’ici 2023.

« Les tendances se ventilent en trois blocs : un consommateur soucieux, un consommateur responsable et un consommateur curieux », résume Josée Dumas. Les vins bios attirent beaucoup, les vins nature aussi : « ils connaissent une croissance fulgurante en véhiculant des valeurs d’authenticité et de retour aux sources avec peu ou pas d’intrants ». Cette tendance en amène une autre : « Les « faibles en sucre, en calories et en alcool » s’inscrivent clairement dans une tendance très forte. Nous voulons vraiment mettre en avant la catégorie des vins allégés en alcool pour en faire une véritable destination ». Rien de plus logique : « Ces produits font partie d’un même mouvement de consommation responsable. La boucle est bouclée », conclut Christian Marier-Pilon.

 

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