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2021 dans le rétroviseur
Viti-Tunnel fait ses preuves pour réduire pression mildiou et traitements phytos

[Article initialement paru le 4 janvier 2021] Le Viti-Tunnel fait ses preuves depuis deux ans dans dix grands châteaux bordelais. En se déroulant toutes seules quand il pleut, ses bâches protégent la vigne du mildiou et autres champignons pathogènes. Cette innovation permet d'éliminer 80% des traitements phytosanitaires et 95% des produits CMR.
Par Marion Bazireau Le 20 décembre 2021
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Viti-Tunnel fait ses preuves pour réduire pression mildiou et traitements phytos
Patrick Delmarre a développé Viti-Tunnel pour protéger la vigne du mildiou, du black-rot et de l’excoriose sans traitements phytosanitaires. - crédit photo : Marion Bazireau
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atrick Delmarre s’est pris une claque quand il a repris son poste de conseiller préconisateur aux établissements Touzan en 2012 après sept années de tour du monde à la voile. « J’ai été abasourdi par les reproches et les injonctions que la société adressait aux viticulteurs en matière de pesticides » se souvient-il.

Il repense alors à la bâche qu’un de ses clients de l’Entre-deux-Mers avait un jour installée sur ses vignes pour les protéger de la pluie. « Je me suis dit que ça pouvait être la solution pour éviter le développement du mildiou, du black-rot et de l’excoriose sans traiter. »

Patrick Delmarre monte un dossier FranceAgriMer. « J’y suis allé au pur culot et j’ai obtenu 200 000€ ! » La région Nouvelle-Aquitaine et Innovin mettent aussi la main au porte-monnaie.

Fonctionne aussi en cas de grêle

En 2017, il trouve enfin une entreprise capable de lui fabriquer un prototype. Les établissements Barre réalisent la structure métallique du Viti-Tunnel.

Deux tubes en inox déroulent une bâche imperméable sur la vigne quand le capteur placé en bout de rang dépasse le seuil d’humectation prédéfini. La bâche se rétracte en deux minutes quand la pluie cesse. « Le système fonctionne aussi en cas de grêle. En revanche le moteur ne se déclenche pas quand le capteur détecte de la rosée » précise le nouveau startuper.

Protéger les cours d’eau et les riverains

En parallèle, il convainc dix grands châteaux des rives droite et gauche de Bordeaux de débourser 17 000€ pour tester le Viti-Tunnel sur trois rangs de 50 mètres pendant 2 ans.

Leurs motivations sont variées. Pour Blandine de Rouffignac, responsable R&D du Château Margaux, c'est avant tout un excellent moyen d’éliminer le cuivre et de protéger les cours d’eau, tandis que les équipes du Château Haut-Brion l’envisagent surtout à proximité des habitations, des écoles ou de l’ehpad qui jouxtent leur vignoble.

Au printemps 2019, Patrick Delmarre a réussi à couvrir 1,5 km de vignes avec son dispositif. « Je voulais l’installer dans un maximum d’exploitations pour être sûr d’avoir du mildiou ».

Un peu de splashing

Le mildiou reste timide mais le millésime 2019 a le mérite de permettre les premières améliorations du prototype. « Nous avons fait en sorte que les bâches descendent plus bas car nous avions eu quelques départs de mildiou liés au splashing sur les grappes très basses du Château Haut-Brion, illustre Patrick Delmarre. Nous avons aussi amélioré le ruissellement de l’eau pour éviter les stress hydriques. »

La grosse pression phytosanitaire de 2020 fait le bonheur de Patrick Delmarre. Le Viti-Tunnel se déclenche entre 508 et 669 fois selon les sites, couvrant la vigne jusqu’à 11,6 jours. « Son efficacité a dépassé mes espérances ! Il a très bien contenu le mildiou sur feuille comme sur grappe alors que la maladie a amputé jusqu’à un tiers de la récolte dans les vignes traitées de manière classique » lance Patrick Delmarre.

Aucune tâche à Margaux et Canon La Gaffelière

A l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), Nicolas Aveline le confirme. D’avril à septembre, l’ingénieur est passé dans toutes les parcelles une fois par semaine pour comparer la progression des maladies dans les rangs couverts par le Viti-Tunnel et dans les rangs voisins.

« A chaque fois, j’ai réalisé des mesures sur 100 feuilles et 100 grappes, explique-t-il. En fréquence comme en intensité, le Viti-Tunnel a toujours fait au moins aussi bien que les fongicides. Au Château Mouton Rothschild il a protégé 99% des grappes alors que la fréquence d’attaque était de 48% sur les rangs annexes. Et, au Château Margaux comme à Canon La Gaffelière, nous n’avons vu aucune tâche. En revanche nous avons encore eu un petit peu de splashing et quelques contaminations sur feuilles à Haut-Brion. »

Le Viti-Tunnel a aussi eu raison du black-rot, de l’excoriose et de la pourriture grise. Pour lutter contre l’oïdium, qui n’a besoin que d’humidité et de vent pour se propager, les châteaux partenaires ont utilisé 2 à 4 kgs par hectare de soufre mouillable en passant tous les 10 à 20 jours. « Sur tous les sites, les feuilles sont restées très saines jusqu’à l’arrêt des traitements fin juin, reprend Nicolas Aveline. Il aurait peut-être fallu arrêter plus tard. Heureusement, nous n’avons pas vu trop de dégâts sur grappes. »

Des puffers de soufre contre l’oïdium

Patrick Delmarre développe des puffers anti-oïdum à insérer dans les piquets tous les 5 à 6 mètres. « Je veux un système très simple d’utilisation et moins cher que les systèmes utilisés pour la confusion sexuelle. L'idée est d'envoyer un peu de soufre fleur sous les bâches tous les 10 jours pour que les viticulteurs n'aient plus besoin du tout de sortir leur pulvérisateur. »

Reste la problématique de l’accumulation du soufre, les bâches empêchant son lessivage. « Cette année, nous avons décidé d’arrêter le Viti-Tunnel fin août pour prévenir toute difficulté lors des vinifications. »

En fin de saison, Nicolas Aveline a passé le relai à sa collègue Charlotte Anneraud. « J’ai réalisé des contrôles maturité au Château Margaux, à Cheval Blanc et au Domaine de Chevalier, puis j'ai micro-vinifié les différentes modalités » rapporte-t-elle.

Moins d’alcool dans les vins

L’ingénieure n’a pas constaté de grosses différences entre les raisins si ce n’est un léger retard sur le chargement en sucres de ceux prélevés sous le tunnel. « Les moûts ont aussi affiché un peu moins d’alcool, ce que je n’avais pas constaté en 2019 » indique Charlotte Anneraud.

« A Cheval Blanc et au Domaine de Chevalier j’ai aussi constaté un pH plus bas et une acidité totale plus élevée après la malo dans les vins issus de la modalité Viti-Tunnel. »

Cette année, l’IFV prévoit en plus de comparer la qualité de la floraison et les phénomènes de coulure, d’évaluer la nouaison, et de peser les raisins.

Une V3 moins encombrante

Patrick Delmarre a quant à lui finalisé la troisième version du prototype. « Il n’y a plus qu’un seul système d’enroulement, au lieu des deux tubes présents sur la V2. L’empatement est réduit à 15 cm et nous avons opté pour des bras de guidage souples qui descendent plus près du sol sans casser. Nous ne devrions pas avoir de splashing cette année. »

Il va la faire s’ouvrir et se fermer en continu pendant 15 jours pour s’assurer de sa fiabilité avant de l’installer au Château Margaux, sur un inter-rang d’1,5 mètre et des vignes hautes, et à Haut-Brion, où les vignes sont basses et espacées d’un mètre.

Nouvelle bâche respirante

Il a aussi travaillé sur une bâche en textile respirant. « Elle laisse passer 5% d’eau. Nous allons la tester au Château Dillon. » A partir d’avril, il s'attaquera au développement de la V4. « Et si tout se passe comme prévu les derniers sites auront la V5 en 2022. »

Patrick Delmarre prévoit aussi d’installer son Viti-Tunnel à grande échelle dans une ou deux exploitations. Il aimerait le présenter de manière officielle à l’occasion du prochain Vinitech.

Avant cela, il veut encore en réduire les coûts. « Aujourd’hui le Vititunnel peut régler le problème des ZNT mais couvrir un hectare reviendrait presque à 200 000€, c’est trop » reconnait-t-il.

L'entrepreneur ne se met pas la pression. « On va continuer à tirer la pelote de laine et voir où ça nous mène ». Mais pour pouvoir continuer son aventure, il doit faire rentrer de nouveaux investisseurs au capital de sa startup Mo.Del, hébergée depuis ce 4 janvier dans l’incubateur de Bernard Magrez.

Il faudra enfin convaincre l’INAO d’agréer le Viti-Tunnel en AOP. Patrick Delmarre a bon espoir. « Sans mildiou, on élimine 80 % des traitements et 95 % des produits CMR » rappelle-t-il.  

 

 

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Tous les commentaires (1)
slow Le 26 février 2022 à 09:22:37
sur des grandes exploitations comment faire en termes de couts?
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