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Exposition des riverains
Les agences sanitaires démentent cibler le vignoble de Bordeaux et ses phytos avec Pestiriv

L'interprofession girondine s'inquiète d'échos sur une forte proportion de parcelles bordelaises dans le projet d'étude nationale d'exposition des riverains aux pesticides. Faute de précisions, le CIVB prévoit de boycotter les travaux des autorités sanitaires.
Par Alexandre Abellan Le 20 octobre 2021
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Les agences sanitaires démentent cibler le vignoble de Bordeaux et ses phytos avec Pestiriv
Si la communication de PestiRiv montre d'autres cultures agricoles à proximité des habitations suivies, le protocole cherche exclusivement des zones viticoles, induisant une surreprésentation bordelaise. - crédit photo : Anses et Santé Publique France
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éjà épinglé par l’UFC Que Choisir et Cash Investigation ces dernières années, le vignoble bordelais ne veut pas être le bouc émissaire de la prochaine étude d’exposition aux pesticides chez les riverains de zones viticoles et non-viticoles (PestiRiv), lancée actuellement par l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses) et l'agence nationale de santé publique (Santé Publique France). C’est la teneur de la lettre de Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), envoyée ce premier octobre à la préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio. Indiquant d’emblée partager « avec les services de l’État » les préoccupations sur « l’utilisation des pesticides et de leur impact sur la santé et l’environnement », le viticulteur bordelais s’alarme « de la disparité de localisation des échantillons, avec plus de la moitié de l’étude qui se déroulerait en Gironde ». Se déroulant d’octobre 2021 à août 2022, l’étude doit prélever les cheveux et l’urine de 3 350 personnes résidant dans 250 communes de 6 régions françaises (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Pour Bernard Farges, « nous considérons que ce focus sur le vignoble bordelais constitue un biais majeur dans le protocole de Pestiriv ». Indiquant que les instances viticoles nationales n’ont pas eu de retour de l’ANSES et de Santé Publique France, le président du CIVB ne cache pas sa méfiance dans le traitements des résultats, attendu pour 2024, par les autorités sanitaires. « Nous ne sommes pas convaincus que l’Anses et Santé Publique France, une fois le travail d’analyse et de diffusion réalisé, feront l’effort de pédagogie et de contradiction nécessaire pour éviter des conclusions hâtives et faisant fi de toute rigueur scientifique. » En conséquence, le CIVB indique se mettre en retrait de Pestiriv : « nous n’accompagnerons pas cette démarche, ni auprès des entreprises viticoles girondines, ni auprès des maires des communes concernées ».

Monoculture et riverains

D’après l’Anses et Santé Publique France, ce n’est pas la moitié, mais un tiers des participants suivis par PestiRiv qui se trouvera en Nouvelle-Aquitaine. Soit 500 foyers sur l’objectif de 1 500 (avec au moins un adulte par habitation, voire un enfant selon les cas), avec une part importante en Gironde du fait de la méthodologie de l’étude. Cette dernière se base sur deux critères : une zone à dominante viticole (pour qu’il n’y ait pas d’autre sources de pesticides qui pourraient interférer sur les mesures) et la présence d’habitations » indique à Vitisphere Ohri Yamada, le responsable de la phytopharmacovigilance à l’Anses, notant par exemple l’intrication de céréales et de vignes à Cognac. Pour l’expert, cette approche conduit à une « part plus importante [de participants bordelais] du fait de la composition du territoire ».

Etude d’exposition, et pas enquête sur les pratiques culturales ou sur les impacts sanitaires, PestiRiv « est vraiment sans biais, au sens où c’est un tirage aléatoire représentatif de [riverains dans] ces situations au niveau national. Il n’y a pas d’objectif de cibler telle ou telle région viticole. Il y a juste un souhait d’être représentatif de ce type de situation, qui a pour conséquence une part importante de la Nouvelle-Aquitaine » ajoute Jean-Luc Volatier adjoint à l'évaluation des risques à l'Anses. L’analyste note « une inquiétude de la profession et on la comprend. C’est un sujet très sensible » et ajoute que « les deux agences n’ont pas d’apriori sur les résultats de l’étude. On ne cherche pas à démontrer quoique ce soit. On cherche à faire une photographie objective de la situation nationale en termes d’exposition des riverains de cultures viticoles. »

Honnêteté intellectuelle

« Si l’on couvre l’ensemble des bassins, c’est bien pour une étude nationale, il ne s’agit pas de faire une exploitation régionale des résultats » ajoute Ohri Yamada, pour qui « on ne peut pas douter du sérieux et de l’intégrité d’agences scientifiques, comme Santé Publique France et l’Anses, sur l’honnêteté intellectuelle dont on va faire preuve pour restituer nos résultats. On fera tout notre possible pour rendre compte de ce que les données disent, pas plus et pas moins. » Les agences sanitaires affichent leur espoir que les menaces émises par le CIVB ne soient pas réalisées, et que l’interprofession participe à la réunion régionale prévue ce 10 novembre. Montrant son ouverture, l’Anses indique ainsi faire remonter au ministère de la Santé son regret qu’il manque un représentant du vignoble au comité de suivi de Pestiriv.

L’enjeu pour l’étude est d’avoir accès à la nature des produits phytopharmaceutiques utilisés par les vignobles à proximité de participants lors du millésime 2022. « Ce sont des données essentielles pour interpréter les données d’exposition qui vont être mesurées » note Ohri Yamada, au même titre que les données concernant les participants (leur alimentation, leur profession et leurs usages domestiques de pesticides…). Pour rassurer le vignoble sur la présentation des résultats obtenus, l’Anses affirme déjà son implication dans l’accompagnement médiatique de ses résultats. « Nous serons très présents et précis dans communication » indique ainsi Jean-Luc Volatier.

Enjeu médiatique

En matière de médiatisation, le sujet est en effet délicat. La lettre d’avertissement du CIVB se retourne déjà médiatiquement contre l’interprofession. Le courrier a été révélé par Libération et Le Monde, qui titrent respectivement : "Pesticides : les vins de Bordeaux font déjà pression contre l’étude PestiRiv" (dans la rubrique "Lobby") et "PestiRiv, l’étude sur les pesticides qui inquiète les vins de Bordeaux" (dans la rubrique "Pollutions").

Contacté, le CIVB n’a pas souhaité commenter. La préfecture de Gironde indique seulement regretter que l'inteprofession bordelaise ne s'associe pas à l'étude nationale.


 

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Tous les commentaires (2)
MG Le 20 octobre 2021 à 14:27:06
En fait , l'étude en s'en moque ; c'est du gaspillage. Dans tous les vignobles on doit remplacer les cépages vitis par les nouveaux cépages résistants de l'INRA dans un rayon de X mètres des habitations (osons le 500 mètres). Après, il faut financer sur-mesure ce plan car autant de propriétaire, autant de situation différentes. De l'audace comme disait Danton.
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Benji Le 20 octobre 2021 à 13:36:07
Le CIVB a bien raison mais c’est toute le profession (cnaoc,agave,syndicats agricoles,etc…)qui devraient dénoncer ces pseudos étude financées via des financements agricoles ! Juste pour répondre à Generation Futures et autres ong qui n’ont qu’un seul but détruire notre agriculture et revenir à des méthodes de productions d’un autre temps! Tout est bon pour récupérer des voix ecolos pour les prochaines élections voilà la réalité
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