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Derniers essais concluants pour l’homologation des traitements phyto par drones
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Vignobles de pente
Derniers essais concluants pour l’homologation des traitements phyto par drones

En Alsace, en Ardèche et en Champagne, les essais menés cette année dans les vignobles escarpés doivent permettre de finaliser un dossier d’homologation d’ici octobre pour espérer autoriser cette pulvérisation aérienne début 2022.
Par Alexandre Abellan Le 02 août 2021
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Derniers essais concluants pour l’homologation des traitements phyto par drones
Essais de drones en Alsace. - crédit photo : CAAA 68
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algré les vents contraires, la pulvérisation aérienne par drone réussit à faire ses preuves dans le vignoble français. En Alsace, en Ardèche et en Champagne se finissent actuellement des essais aux premiers résultats concluants, selon une expérimentation rigoureusement menée sous dérogation, conformément à l’arrêté du 26 août 2019 (autorisant sous encadrement des traitements bio, sur des parcelles à plus de 30 % de pente et à plus de 100 mètres de toute habitation en 2020 et 2021). Mais alors que les essais touchent à leur fin, le Conseil d’État retoque, ce 26 juillet, l’article 9 du dispositif expérimental « en tant qu’il ne prévoit aucune mesure de protection de la santé des personnes travaillant à proximité immédiate de la parcelle traitée par un aéronef piloté ». Une remise en question partielle, dont les conséquences sur la finalisation des expérimentations restent incertaines. Pour certains rien ne change, seul un article étant annulé, et pas directement l’arrêté. Pour d'autre, mieux vaut anticiper la fin des assais.

Face à cet énième rebondissement, une seule certitude persiste sur le terrain : les drones permettent de répondre efficacement aux multiples problématiques de traitement des vignes escarpées. « Le drone, j’en suis fan : ça coche toutes les cases : écologiques (en termes de bilan carbone), agronomiques (pas de tassement du sol), sociétales (moins de bruit et quasiment pas de dérive), sociales (moins de pénibilité pour les salariés, qui peuvent évoluer en pilotant des drones) » énumère Michel Jacob, à la tête des champagnes Serge Mathieu à Avirey Lingey (18 hectares de vigne, dont 8 ha à plus de 40 % de pente).

Effet significatif

Le vigneron champenois souligne surtout de premiers résultats prometteurs, avec « un effet significatif » à date (ce 29 juillet). Suivis par la Chambre d’Agriculture de l’Aube, ses premiers essais sur 3,5 ha en essai drone et suivi CA affichent 3 à 4 % de mildiou sur grappe, quand la pression « incroyablement forte » cause 20 à 30 % d’intensité sur les Témoins Non-Traités (TNT) et quasiment 0 % pour le traitement classique (en tracteur). Si Michel Jacob estime que le mode opératoire doit encore être affiné (traiter le dans sens du rang ou en travers des vignes ?), il souligne surtout que le drone a permis de sauver des parcelles très pentues et difficiles à protéger.

Même résultats encourageant en Vallée-du-Rhône septentrionale, où trois viticulteurs partenaires ont mis à disposition des parcelles affichant 30 à 45 % de pente (deux parcelles se trouvent en appellation Cornas et une en Saint-Joseph). « Les viticulteurs ont choisi les parcelles les plus compliquées » note Sophie Buléon, l’animatrice de projets en cultures pérennes à la Chambre d’Agriculture de l’Ardèche. « Il n’y a pas de différence aujourd’hui de pression sur les trois parcelles entre les protections manuelles et par drone. C’est confirmé par les trois vignerons » rapporte Jérôme Volle, le vice-président de la Chambre d’Agriculture de l’Ardèche.

Synthèse nationale

Au-delà de la protection biologique, d’autres mesures sont réalisées en Ardèche : suivi technico-économique (temps de passage, coûts…), suivi santé et pénibilité (exposition aux produits phytosanitaires sur les combinaisons, mesure de l’effort physique via le rythme cardiaque…). « L’enjeu c’est la pénibilité au travail et l’exposition aux produits. Il faut analyser les mesures, mais il semble évident que cela n’a rien à voir entre piloter un drone au bord d’une parcelle et porter 30 kg sur son dos pour traiter une parcelle en la montant et la descendant sous la chaleur » remarque Sophie Buléon. Toutes ces données s’ajouteront à celles des autres expérimentations, afin de déposer une synthèse complète courant octobre à l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES). L’objectif étant de réussie à homologuer le traitement par drone dans les vignobles escarpés pour la campagne 2022.

Car en matière de traitement aérien du vignoble, « la première chose à rappeler, c’est que la pulvérisation phyto par drone est interdite » pose Xavier Delpuech, spécialiste de la pulvérisation à l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV Occitanie), qui reste modéré dans son jugement des traitements par drone (voir encadré). N’ayant plus de moyens de traitements aériens depuis l’interdiction des aéronefs en 2015, de rares vignobles de fortes pentes ont bénéficié d’autorisations d’expérimentation par dérogation en 2020 et 2021. « Nous sommes très heureux d’avoir pu participer à cette opération » confirme Jérôme Volle en Ardèche. Soulignant que plus de 60 % des vignobles des Côtes-du-Rhône septentrionales sont en fortes pentes (+30 % de dénivelé), le vigneron juge que les drones « permettent de voir avenir d’une manière moderne pour répondre aux problèmes des vignerons en fortes pentes (charges lourdes pour les applicateurs, enjeu d’emploi, limites de réactivité…) ».

Intérêt pour l’humain et l’environnement

Pour ses promoteurs, les bénéfices du traitement aérien restent multiples. « L’intérêt des drones est autant pour l’humain que l’environnement : c’est un traitement de précision qui ne permettra pas tout, mais pourra retirer le pire » souligne Claude Vanyek, le délégué-syndical CFTC-Agri au domaine Schlumberger (130 hectares de vignes à Guebwiller, dont 60 ha en fortes pentes), qui suit depuis des années le sujet (avec le directeur du domaine, Stéphane Chaise). En Alsace, les essais menés par la Chambre d’Agriculture du Haut-Rhin ne se sont pas focalisés sur les résultats agronomiques**, mais sur les impacts pour la santé.

Ce qui va de l’exposition aux pots d’échappement des chenillards à la déshydration. Responsable prévention des risques Caisse d'Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin, Anthony Metzger rapporte qu’une étude de 2018 mesurait une perte de 3 kg par déshydration en 3 heures d’utilisation d’un chenillard : « ce n’est pas tolérable ». Un chenillard s’étant récemment renversé dans le vignoble, le risque de ces traitements en vignoble de forte pente est loin d’être théorique note Claude Vanyek.

Timing serré

L’expérimentation s’arrêtant ce 31 octobre, le but est « d’avoir remis avant cette date butoir le rapport à l’ANSES, afin d’être le plus rapide possible, pour que d’ici février 2022 il y ait un appareil législatif pour étendre l’outil au-delà de l’expérimentation » espère Jérôme Volle. Mais avec les élections présidentielles du printemps 2022, les délais de traitement de l’ANSES font craindre un nouveau report : « il n’y aurait alors plus possibilité de traiter en 2022 par drone, ce serait année blanche pour des situations compliquées » alerte Claude Vanyek.

Actuellement les seuls traitements possibles en drone concernent des biostimulants non-soumis à Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Ayant lancé son activité cette année en Champagne, Sylvain Gallo-Selva, le dirigeant de Sparnacus Drone, fait état d’une première année délicate face à une pression incroyable : « sur une année comme ça, le 100 % biostimulant ne passe pas ». Sur 7 ha traités, « la moitié des surfaces est complément détruite et dans le reste il reste 40 à 50 % des grappes. Ce qui est très peu, mais avec 2021… » note le droniste, pour qui « l’objectif est clairement d’attendre l’autorisation d’utilisation de phytos bio pour débloquer les choses ». Habitués aux vols stationnaires, les drones attendent donc.

 

* : La réglementation fait été de trois années d’expérimentation, mais le décret a été publié fin 2019, après la campagne viticole.

 

** : L’essai alsacien a choisi un drone suisse AERO41 de Drone Process (4 buses, 17 litres capacité et une pression de 8 bars en sortie de pompe), ce qui a nécessité un pilote formé (ce qui posait problème pour ses déplacements en pleine crise sanitaire) et des adaptations à la réglementation française (ajoute d’un coupe circuit indépendant). Les essais n’ont pas pu se tenir en 2020, mais à partir de la fin juin 2021 (longtemps après le début de campagne de traitement).

 

Phoot : CAAA 68.

 

De premières tendances « à grands traits » et « à consolider »

Pour Xavier Delpuech, les drones n’affichent pas « des qualités de pulvérisation extraordinaires, comme ils agit par-dessus de la cible. Mais les drones ont tout leur sens dans des contextes de fortes pentes (pour résoudre les problèmes de pénibilité et d’exposition). En termes d’efficacité comparée, ils n’arrivent pas loin des atomiseurs à dos et chenillards. »

Après la réalisation de tests aux vignobles (à Collioure en gobelet et à Cornas en échalas), l’IFV va réaliser des mesures de dérives sur son banc d’essai Eole Drift à Montpellier. La dérive étant un point de vigilance pour la pulvérisation aérienne, ces résultats seront particulièrement importants pour l’avis de l’ANSES. « Dans les grandes tendances, on remarque que, lorsqu’il n’y a pas de vent, le flux d’air lié aux hélices du drone n’est pas suffisant pour exporter produits au-delà limite de 5 mètres (sortie de parcelle). Mais s’il y a du vent, cela peut générer de la dérive. Des bonnes pratiques peuvent résoudre le problème (en ne voler pas trop haut, pas trop vite et en évitant les trop petites gouttes) » explique l’expert.

S’appuyant sur l’expérience des opérateurs suisses, Xavier Delpuech note une recommandation qui lui semble intéressante : « pour assurer la qualité de la protection avec un drone, il est conseillé de réaliser des passages terrestres en encadrement de la floraison, en ciblant les grappes. En cas de moyenne/forte pression, les seuls passages en drone peuvent ne pas suffire. »

 

Photo : Chambre d'Agriculture de l'Ardèche.

 

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Tous les commentaires (1)
aynard Le 06 août 2021 à 13:59:51
SI la remarque du conseil d 'État c'est :" en tant qu’il ne prévoit aucune mesure de protection de la santé des personnes travaillant à proximité immédiate de la parcelle traitée par un aéronef piloté " Ca montre une fois encore le décalage entre les utilisateurs et les non spécialistes qui parlent sans connaitre. J'aurais 2 remarques / 1) Avec un drone on peut beaucoup mieux identifier des personnes à proximité. Et ainsi prendre les mesures adaptées. Car on voit de haut et ce qui n'est pas le cas au raz du sol. 2) Qui n'a pas été traité par un voisin un peu trop pressés et indélicat? On a tous été un jour ou l'autre victime sans drone. Juste des indélicats sur leur tracteurs.... Je pense même à l'inverse du Conseil d’État que l'usage du drone réduirait les risques de dérive de ces produits sur les voisins. Enfin on ne dit pas assez que le chauffeur de tracteur pulvérisateur est la première victime. En utilisant le drone ce pilote va être beaucoup contaminé... donc un progrès considérable.
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