LE FIL

Vignes en pente

Un an pour convaincre l’Administration d’autoriser les traitements par drones

Vendredi 02 octobre 2020 par Marion Bazireau

Cette année, la crise sanitaire a retardé le lancement des essais de drone à Cornas, en Ardèche.
Cette année, la crise sanitaire a retardé le lancement des essais de drone à Cornas, en Ardèche. - crédit photo : Xavier Delpuech
La pulvérisation par drone est testée dans plusieurs régions en vue d’une demande d’autorisation en fin d’année 2021. La technique soulagerait les viticulteurs qui cultivent la vigne en forte pente.

« Lorsque le décret autorisant l’expérimentation de la pulvérisation par drone a été publié en août, nous avons tout de suite monté un dossier. Malheureusement, la crise a retardé sa validation et nous n’avons pu lancer nos essais qu’en juin » relate Amandine Fauriat, conseillère à la Chambre d’agriculture d’Ardèche, et coordinatrice du projet Drone Viti, en partenariat avec la MSA et l’IFV du Beaujolais. « Mais malgré la densité du feuillage, le drone a bien contenu le mildiou et l’oïdium. »

Aux petits matins des 11 et 26 juin derniers, l’engin, piloté par un prestataire, a survolé deux parcelles de vigne sur échalas à Cornas, aux domaines Michelas et Clape, et une parcelle du domaine Habrard, à Saint-Jean-de-Muzols. Il y a pulvérisé des produits à base de cuivre et de soufre. Le droniste a ensuite pris la direction de Juliénas, dans le Beaujolais.

« A chaque fois, une partie des vignes a été traitée par les viticulteurs au pulvérisateur à dos. Une autre n’a pas été protégée » détaille Amandine Fauriat. « Nous avons aussi ajouté un colorant dans le réservoir du drone pour mieux visualiser la qualité de la pulvérisation. Nous avons eu la bonne surprise de voir quelques impacts sur grappes. » La Chambre compte les maladies, tandis que la MSA repère les risques d’accidents et évalue l’exposition des opérateurs aux produits phytosanitaires (lire encadré).

Les partenaires ont rodé leur protocole. « Nous nous sommes notamment aperçus qu’il fallait faire voler le drone à plus de 3 mètres du sol, et corriger de petits décalages dans son parcours prédéfini en début de saison » témoigne Amandine Fauriat.

"Mieux qu’un atomiseur à dos "

Et, bien que la pression des pathogènes soit restée modérée, ils ont pu se faire une première idée des performances du drone. « Sur la parcelle la plus touchée par l’oïdium, le drone a fait aussi bien voire mieux qu’un homme équipé d’un atomiseur à dos. Bien sûr on ne rivalise pas encore avec un pulvérisateur tracté mais le matériel va s’améliorer » reprend la conseillère, qui voit en cette technique une vraie solution pour soulager les viticulteurs privés d’hélicoptères depuis 5 ans.

Les partenaires espèrent pouvoir réaliser 3 ou 4 traitements à partir d’avril prochain, « à compléter par un ou plusieurs passages d’hommes en fin de saison en fonction de la pression des maladies. »

Fin 2021, dans l’espoir d’obtenir une autorisation permanente de traitement par drone des vignobles en forte pente, ils transmettront un rapport à l’Anses, aux ministères de l’Agriculture, de la Santé, de l’Environnement, et à la Direction générale de l’Aviation civile.

Autorisation en 2022 ?

Cette autorisation interviendra au mieux en 2022. Elle concernerait les vignes situées sur des pentes d’au moins 30%, traitées avec des drones de moins de 25 kgs pulvérisant des produits phytosanitaires homologués en agriculture biologique (ou plantées dans des exploitations certifiées HVE), à plus de 100 mètres des habitations.

850 hectares pourraient en profiter dans les Côtes du Rhône septentrionales, le Beaujolais, et la Savoie. La technique intéresse également les Alsaciens.

Ce 30 septembre, Claude Vanyek quittait d’ailleurs Guebwiller, siège des Domaines Schlumberger, pour aller découvrir le dernier modèle de la start-up suisse Aero 41, autorisée comme 6 autres entreprises à traiter par drone les vignes helvétiques depuis 2019. « Contrairement à la majorité des drones, fabriqués en Chine pour le traitement des cultures de riz, celui-ci a été spécifiquement conçu pour la vigne » se réjouissait-il par avance. « Nos plans ont été contrariés cette année mais nous espérons pouvoir lancer des essais au printemps. »

"Essais à Banyuls "

Responsable du projet national Pulvé Drone à l’IFV, Xavier Delpuech a déjà eu l’occasion d’évaluer la technique à Guebwiller. « En 2019, en utilisant un colorant alimentaire et en plaçant des collecteurs en plastique dans les vignes » rapporte-t-il. En 2021, l’expert mesurera la dérive générée par la pulvérisation par drone sur le banc Eole Drift de Montpellier.

« L’objectif est de fixer des bornes en termes de vent, d’altitude, ou de type de buses. Après les vignes sur échalas d’Ardèche, et celles palissées en Alsace et dans le Beaujolais, j’aimerais aussi faire des essais sur des vignes en gobelet à Banyuls ou à Collioure » annonce-t-il. A la fin de l’année, lui aussi remettra ses conclusions à l’Administration.

Une technique 2, 3, ou 100 fois plus intéressante ?

« Sur le papier, la pulvérisation par drone semble bien moins pénible et risquée que l’utilisation d’atomiseurs à dos, de canons oscillants, ou de chenillards » pose Laurent Lampin, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA Ardèche-Drôme-Loire. Le dire ne suffira pas à l’Administration. « Pour convaincre les services de l’Etat, nous devons prouver qu’un drone est 2, 3, ou 100 fois plus intéressant que les techniques actuellement utilisées. »

Dans le cadre des prochains essais du projet Drone Viti, épaulé par un second conseiller, deux médecins et une infirmière, Laurent Lampin va caractériser toutes les situations à risque, pour le droniste et tous ceux qui peuvent se trouver autour de la zone de traitement, du salarié du viticulteur au joggeur. L’idée est de tout cadrer pour qu’aucun accident ne vienne remettre la pratique en cause lorsqu’elle sera autorisée.

« Nous allons également équiper le droniste d’une combinaison. Nous la découperons en petits morceaux et l’analyserons pour voir à quelles étapes, de la préparation de la bouillie au nettoyage du drone, il peut être contaminé par des produits phytosanitaires et sur quelles parties du corps. »

Pour comparer la pénibilité d’un traitement avec un atomiseur à dos de 20 kgs et celle du pilotage d’un drone, la MSA va même placer des électrodes sur les opérateurs et mesurer leur rythme cardiaque.

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