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Gard, Hérault…

Le ciel tombe sur la fin de vendanges languedociennes

Jeudi 16 septembre 2021 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 17/09/2021 16:09:23

L'urgence dans le vignoble languedocien est de rentrer la vendange avant de nouvelles pluies annoncées la semaine prochaine : 'ça va être compliqué' projette Gilles Nougalliat.
L'urgence dans le vignoble languedocien est de rentrer la vendange avant de nouvelles pluies annoncées la semaine prochaine : 'ça va être compliqué' projette Gilles Nougalliat. - crédit photo : Domaine de la Costesse
De nouvelles averses importantes sont tombées, cette fois davantage sur l’Hérault, tandis que le Gard fait le point sur les impacts des pluies diluviennes, avec limonage, grêle et coups de vents tombant sur des cépages tardifs, jusque-là prometteurs, car plus épargnés par le gel.

Que d’eau ! « Nous avons le changement de temps de l’équinoxe avant l’heure, alors que l’on n’a pas fini de vendanger une récolte tardive à cause du gel » résume Lise Fons-Vincent, la vigneronne à la tête du château de Fourques (50 hectares à Juvignac, Hérault). Ce mercredi 15 septembre, son domaine a vu tomber 15 millimètres de pluie dans la matinée, puis 40 mm en 15 minutes dans la soirée. « Il y a eu d’énormes bourrasques et des grêlons, qui sont tombés à côté de nos parcelles » rapporte Lise Fons-Vincent, qui souligne avoir de la chance : « nous avons des sols de galets roulés qui portent. Depuis ce matin, on rentre la syrah. Ce n’est pas idéal avec la pluie, mais compte tenu de toutes les misères que l’on a connues, on ne fait pas les difficiles. On rentre les raisins, quelles que soient les conditions. »

D’après les premiers retours récoltés par Vitisphere sur l’Hérault ce 16 septembre, la grêle aurait touché la veille des secteurs de la moyenne vallée de l'Hérault, vers Aumelas. Avec l'entrée de ruisseaux sur des parcelles, des limonages conséquents sont rapportés sur Vacquières (Pic Saint-Loup) indique Paul Hublart, le chef du service viticulture de l'Hérault : « des hectares ont été complètement limonés, avec des pertes de récolte, mais pas de pertes de fonds ».

Limonage

Avec quatre hectares de vignes inondées par la rivière voisine ce 14 septembre, Gilles Nougalliat du domaine la Costesse (17 ha à Vacquières) marque le coup : « ce sont des parcelles de cabernet qui étaient peu gelées, comme le cépage est tardif, il y avait une récolte sur laquelle je comptais pour faire du revenu. Je ne ramasserai rien, il est connu que le limoné ne fait pas de bon vin. » Assuré, le vigneron languedocien ne cache pas sa lassitude : « j'ai eu le gel, de la grêle et de la pluie ayant causé mildiou/rot brun... Et je n'ai jamais connu de pluies comme celles du 14 septembre en vingt ans. C'est pire qu'en 2002. » Si son pluviomètre a été cassé par les intempéries, mais vigneron estime à 200 mm la pluie tombée en une matinée.

Dans l'Hérault, les autres principaux dégâts causés par les pluies des 14 et 15 septembre concernent l'accès aux vignes, ainsi que des ravinements de parcelles. « C’est un dégât classique d’épisode cévenol sur nos terroirs. Ça aurait pu être pire » témoigne Pierre de Colbert, à la tête du château de Flaugergues (28 ha à Montpellier), qui a enregistré 30 mm de pluie en une demi-heure hier. Si de nouvelles pluies ont touché hier le vignoble du Gard, ce sont surtout les dégâts des fortes précipitations du mardi 14 septembre qui sont actuellement recensés.

"200 à 300 mm de pluies, voire plus"

« Le 14, ça a été catastrophique pour certaines zones » confirme Anne Sandré, la responsable du pôle viticulture de la Chambre d’Agriculture du Gard, qui indique que les communes les plus impactées se trouvent sur la zone de Vaunage, Calvisson, Galargues, Vergèze, la vallée du Vistre, Sommières, Quissac… « C’est une zone très large, où est tombé un cumul de 200 à 300 mm de pluies, voire plus localement » rapporte Anne Sandré. « Les dégâts sur les vignes se cumulent, avec jusqu’à quatre sinistres pour certains vignerons : excès d’eau, limonage (passage de la rivière dans les vignes), grêle et coups de vent rabattant des vignes. La pluie est tombée à l’horizontale » soupire Frédéric Saccoman, le directeur général des Vignerons d’Héraclès (Codognan, Gard). Avec 200 hectares encore à vendanger sur le 1 200 ha de l'union coopérative, les Vignerons d'Héraclès se réunissent ce matin pour mettre en place la solidarité vigneronne.

S'ajoutent à ces dégâts des ravinements dans le vignoble et des chemins désormais impraticables pour rejoindre des parcelles. « La vendange est très exposée avec cet excès d’eau. Il y a la crainte que les baies se fissurent et que la pourriture s’installe si on ne peut aller chercher les raisins » alerte Anne Sandré. Dans le Gard, « il restait 20 à 40 % de la récolte dehors selon les premières estimations » avance Anthony Bafoil, le président territorial du département du Gard pour Coop de France. « Il va y avoir une grosse lame de fond. Ce qui restait dans les parcelles étaient les cépages les plus tardifs, comme le cabernet. On pensait que la récolte serait plus conséquente, que l’on ferait mieux que sur les cépages précoces gelés » note le viticulteur, regrettant une double peine pour les vignerons : le gel pour les cépages précoces, les fortes pluies pour ceux tardifs.

Outil de production

Zone particulièrement touchée, la plaine de Calvisson a également connu des dégâts dans ses outils de vinification. « Il a beaucoup plu sur nos caves de Calvisson et Générac, c’était très localisé. Nous avons des désordres matériels, mais heureusement aucun dommage humain » confie Bernard Nurit, le directeur des Vignerons Propriétés Associés, ajoutant que « c’est impressionnant, mais les impacts sont limités. Je ne vous aurais pas dit la même chose en début de récolte… Tout refonctionne maintenant. La récolte est pratiquement rentrée, la plaine de Calvisson étant très avancée. »

Pour la cave de Vergèze (caveau d'Héraclès), les pluies ont causé une coupure d'électricité durant de 11 heures le mardi matin à 10 heures le lendemain. « Nous avions organisé les apports pour tout rentrer avant 10 heures, les pressoirs étaient pleins quand le courant s'est coupé. Faute de contrôle thermique, des cuves ont chauffé. Nous allons faire des analyses, désormais toute la cave est repartie » rapporte Frédéric Saccoman, qui s'inquiète désormais de nouvelles pluies annoncées pour la semaine prochaine (notamment mercredi 22 et jeudi 23 septembre). « La semaine prochaine inquiète beaucoup, les vendanges vont s'accélérer même si les maturités patinent » rapporte Paul Hublart dans l'Hérault.

"La goutte d'eau"

« Ce sont des épisodes successifs inédits. Nous passons des mois sans pluie et recevons en quelques semaines le cumul d'une année. C'est la goutte d'eau d'une année stressante pour tous les vignerons » analyse Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui entend dans le vignoble une impatience monter : que ce millésime 2021 cesse, avec sa litanie de catastrophes.

Aperçu des vignes limonées après les précipitations du 14 septembre sur la commune de Vacquières. Domaine de la Costesse.

 

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Domerc Le 16 septembre 2021 à 17:11:06
C'est triste et inquiétant pour l'avenir. Je suis surpris de voir qu'assez généralement, ce sont des cépages hors AOP qui sont mentionnés, comme le cabernet. Est-ce à dire qu'ils sont plus mal adaptés à la région ?
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