LE FIL

Hybridation

Les vins AOC s’ouvrent aux cépages résistants au mildiou et à l’oïdium

Lundi 05 juillet 2021 par Alexandre Abellan

« Les variétés hybrides issues de croisement entre Vitis vinifera et d’autres espèces du genre Vitis seront autorisées pour la production de vins sous AOP, comme c’est le cas actuellement pour les vins sous IGP ou sans IG » résume une source au ministère de l’Agriculture.
« Les variétés hybrides issues de croisement entre Vitis vinifera et d’autres espèces du genre Vitis seront autorisées pour la production de vins sous AOP, comme c’est le cas actuellement pour les vins sous IGP ou sans IG » résume une source au ministère de l’Agriculture. - crédit photo : DR
La Politique Agricole Commune va donner la possibilité aux cahiers des charges d’appellations d’intégrer des variétés non-Vitis vinifera. À noter que les six cépages interdits pourront ne plus l’être, à surfaces constantes.

La limitation aux seuls cépages européens, de l’espèce Vitis vinifera, dans le vignoble d’appellation va évoluer : ouvrant les AOC aux cépages résistants aux maladies cryptogamiques (mildiou et oïdium), dont les traits sont issus d’autres espèces, asiatiques ou américaines (Vitis amurensis, Vitis rupestris…). Dans la dernière Politique Agricole Commune (PAC 2023-2027), « l’article 93 indique que les croisements issus de Vitis vinifera et autre Vitis peuvent être autorisés pour les vins d’appellation » annonce l’eurodéputé socialiste Éric Andrieu, négociateur pour le Parlement Européen de l’Organisation Commune de Marché vitivinicole (OCM vin). Soulignant que la mise en application de ce compromis politique dépendra des futurs actes délégués du Parlement Européen, le parlementaire précise que les modalités de déploiement de la mesure en France dépendront in fine de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO).

« Cette évolution répond à une demande de la France, pour accompagner dans les vignes l’objectif de diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires. La filière pourra se saisir de cette possibilité via la modification des cahiers des charges des AOP » précise à Vitisphere une source au ministère de l’Agriculture. « Nous portions cette demande depuis de nombreuses années. Son adoption est une satisfaction. Cela permettra dans le cadre défini par l’INAO d’expérimenter et de s’adapter » réagit dans un communiqué Jérôme Bauer, le président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC).

VIFA

L’INAO ayant ouvert depuis 2018 la possibilité d’intégrer dans les cahiers des charges AOC des Variétés d’Intérêt à Fin d’Adaptation (VIFA) pour les expérimenter sur 10 ans (dans la limité de 5 % des surfaces et 10 % des assemblages, sans mention sur l’étiquetage), l’intérêt pour concrétiser cette évolution réglementaire est déjà forte dans les Organismes de Défense et de Gestion (ODG). Exemple à Bordeaux, où le syndicat de l’AOC éponyme a déjà validé l'inscription de six VIFA pour étudier des pistes d’adaptation au changement climatique, et réfléchit au moyen de réduire sa consommation de produits phytos. « L’INAO nous offre la possibilité d’inscrire 10 cépages rouges et 10 cépages blancs, on a gardé de la place » indique Stéphane Gabard, le président du syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs

Affichant une « belle appétence » pour les cépages résistants aux maladies, le vignoble bordelais y voit l’occasion de réduire ses intrants et de s’adapter aux Zones de Non-Traitement (ZNT). « Même si l’on n’incorpore que 10 % de résistants dans l’encépagement pour éviter une influence organoleptique, quand on pense que ces vignes ne nécessitant qu’un à deux traitements, par an, c’est une baisse importante » souligne Stéphane Gabard, qui rappelle les impasses de traitement pour les ZNT riverains, ZNT cours d’eau et l’ensemble des zones dites sensibles (écoles, maisons de retraite…). Pour le vigneron bordelais, le classement comme Vitis vinifera par l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV) des quatre premières obtentions résistantes françaises (Artaban, Floreal, Vidoc et Voltis) pourrait même permettre au vignoble AOC de devancer la PAC.

Cépages interdits

« Afin de préserver la qualité de la production viticole de l'UE, l'exclusion des cépages aujourd'hui interdits à la production de vin (Noah, Othello, Isabelle, Jacquez, Clinton et Herbemont), ainsi que des cépages issus de Vitis lambrusca est maintenue » indique à Vitisphere un porte-parole du Copa-Cogeca (Comité des Organisations Professionnelles Agricoles de l'Union européenne et Comité Général de la Coopération Agricole de l'Union européenne).

Mais « les états membres ont la possibilité de les légaliser à surfaces égales » précise Éric Andrieu, qui « espère que la France va l’adopter. Ce n’est pas un enjeu commercial, mais un outil de travail pour la recherche scientifique face à l’adaptation au changement climatique. » Qu’il s’agisse des cépages résistants ou des hybrides producteurs directs interdits, les orientations politiques du compromis de la PAC doivent désormais être traduits dans la réglementation communautaire par des actes délégués de la Commission Européenne. « À ce stade, il s’agit d’un accord politique. Les dispositions détaillées d’application de cet accord seront arrêtées plus tard par la Commission » indique Janusz Wojciechowski, le commissaire européen à l’Agriculture.

 

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