LE FIL

Jean-Marie Barillère

"Dans nombre de vignobles, les destructions seront au-dessus de 50 % de bourgeons"

Lundi 12 avril 2021 par Alexandre Abellan

« Quand ce type d’évènement malheureux arrive, la donne change complétement » prévient Jean-Marie Barillère.
« Quand ce type d’évènement malheureux arrive, la donne change complétement » prévient Jean-Marie Barillère. - crédit photo : D. Franjus-Guigues (CNIV)
Si les esprits sont encore tournés vers le constat des dégâts du gel, le président du Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV) espère que des pistes de réflexion qui doivent nourrir les stratégies de résilience de la filière vin.

Les gelées des nuits du lundi 5 avril au jeudi 8 avril auraient touché 80 % du vignoble selon les premières estimations du CNIV. Avez-vous d’autres chiffres ?

Jean-Marie Barillère : Oui et non. La dernière nuit, celle de jeudi, a été particulièrement sévère du Nord au Sud. En Bourgogne, à Chablis, dans le Jura, en Côtes du Rhône, en Provence, dans le Gard, dans l’Hérault… Ça a été assez saignant. Des vignerons ont perdu 80 à 90 % de leur récolte. Sur le cépage chardonnay, que je connais bien [NDLR : travaillant en Champagne], les bourgeons secondaires ne sont pas fructifères. En Bouches du Rhône, le grenache était à quatre feuilles étalées. C’est dramatique.

Tous les vignobles ont été touchés de 30 à 80 % : le Sud-Ouest, Bordeaux, le Val de Loire, les Pyrénées Orientales… En Alsace et Champagne, on constatera dans la semaine les dégâts sur les cépages tardifs, les bourgeons étant dans la bourre, il faut du recul. On sait déjà que l’on a perdu [nationalement] une grande partie de la récolte et que cela va être une année très touchée.

 

On évoque le souvenir des gels de 2017 et 1991…

On parle aussi de 2003 en Champagne : chaque région a été touchée ces dernières années. Là c’est vraiment à un niveau national. Tout le monde est touché. Et on annonce de nouvelles gelées pour la semaine prochaine, ce n’est pas fini. On peut avoir du gel au moins jusqu’à la mi-mai (avec les Saints de glace : saint Mamert le 11 mai, saint Pancrace le 12 mai et saint Servais le 13 mai).

 

Le régime de la calamité agricole n’étant pas ouvert à la viticulture, quelles aides la filière attend-elle de l’État ?

Pour faire des demandes, il faut chiffrer. Aujourd’hui il faut faire le tour des vignes. Notre position est d’abord de constater et d’évaluer les pertes. Nous savons qu’elles sont dramatiques, nous sommes KO debout. Dans nombre de vignobles, les destructions seront au-dessus de 50 % de bourgeons. Comme le disait récemment un représentant du Sud-Ouest, nous avions déjà prix quelques coups de gel, mais là, c’est l’estocade.

 

Alors qu’une nouvelle vague de froid est attendue la semaine prochaine, peut-on voir dans ces gelées exceptionnelles un effet du changement climatique ? Comment la filière peut-elle s’adapter à cette nouvelle donne ?

Les comparaisons avec d’autres gels montrent que ces phénomènes existaient par le passé, la question est celle de la fréquence de ce type d’évènement particuliers. Une chose est sure, il est dramatique qu’au niveau de la filière vin ce soit la météo qui donne le la. Notre intelligence collective doit proposer des solutions pour éviter les ruptures d’approvisionnement et que le consommateur final trouve nos AOC en rayons, sinon il change pour un autre vin. Ça s’appelle le VCI (Volume Complémentaire Individuelle), la mise en réserve, la réserve interprofessionnelle…

La filière vin peut apprendre de ce gel malheureux pour sortir par le haut. En une semaine, les problèmes de surstocks [liés à la crise sanitaire et aux taxes américaines] pourraient devenir des problèmes de sous-stock. Il faut être humble face à la Nature et mettre en place des mécanismes de résilience.

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