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Frédéric Drouhin
"Les vins de Bourgogne sont très demandés, ils doivent rester abordables"

Prenant pour neuf mois la présidence du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), le négociant fait le point sur la situation économique privilégiée de la filière bourguignonne et les priorités de son mandat. Quatrième génération à la tête de la Maison Joseph Drouhin à Beaune, Frédéric Drouhin prend la suite du négociant Louis-Fabrice Latour, qui s'est mis en retrait pour des raisons personnelles.
Par Alexandre Abellan Le 24 mars 2021
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Frédéric Drouhin est le candidat de de la Fédération des Négociants-Eleveurs de Bourgogne (FNEB), qu’il a présidé de 2014 à 2018. - crédit photo : Maison Joseph Drouhin
Q
uel est votre diagnostic économique pour les vins de Bourgogne, qui semblent mieux s’en sortir que le reste du vignoble français dans la crise économique actuelle ?

Frédéric Drouhin : La Bourgogne hérite d’une situation plutôt saine sur la plupart de ses marchés, avec une série de millésimes qualitatifs, même si les disponibilités varient selon les millésimes. La plupart des opérateurs, domaines, caves et négociants, ont su s’adapter pour trouver de nouveaux consommateurs et réseaux de distributions. Cela reste très variable selon les marchés. Certains opérateurs ont plus souffert, comme ceux réalisant des salons aux particuliers, qui restent suspendus.

Nous avons aussi des bonnes nouvelles, comme celle du marché américain où la nouvelle administration montre son ouverture avec la suppression de quatre mois des taxes qui nous touchaient depuis 18 mois. Cette fenêtre de tir doit permettre aux politiques de trouver la solution au conflit Airbus/Boeing auquel nous n’avons rien à voir. La difficulté est la disponibilité des containers pour expédier aux États-Unis : on prie pour avoir la possibilité de monter à bord aux prix que l’on nous impose… Les Américains ont soif de vin, ils ont vécu sur leurs stocks.

 

Prévoyez-vous une dynamique de reprise de la consommation sur les autres marchés ?

Cela dépend des situations covid de chaque marché. L’Angleterre* et la Chine sont en avance [pour la vaccination], d’autres sont plus en retard en Europe et en France. Quand approchera l’été avec l’augmentation des populations vaccinées, il y aura une soif de revivre et de consommer. Sur le marché français nous n’aurons pas les touristes américains et asiatiques, mais il y aura les touristes français. Comme l’an dernier, il y aura un pic de la consommation dans l’été.

Nous allons encore avoir des chicanes et des dos d’ânes, mais notre région va bien et les marchés aiment nos vins. Un millésime pousse l’autre, espérons qu’en 2021 la récolte soit plus généreuse pour les rouges. Sur le long terme, il faut garder la tête froide. Les vins de Bourgogne sont très demandés, ils doivent rester abordables et pas devenir des produits iconiques. Nous avons beaucoup de cartes à jouer grâce à la diversité de nos appellations. Il n’y a pas que les Côtes de Nuits. Nous devons faire venir de nouveaux consommateurs dans l’univers Bourgogne. Nos portes d’entrée sont la côte mâconnaise et des villages plus modestes et abordables que les appellations prestigieuses.

 

L’étendue du vignoble bourguignon est à l’honneur des futures cités des vins et des climats.

Il s’agit en effet d’un grand territoire, à Chablis, en Côte d’Or, dans le mâconnais et dans le chalonnais. L’objectif est d’offrir aux visiteurs un centre d’accueil et d’interprétation de cette diversité. La cité de Beaune sera le vaisseau amiral, avec l’appui de la municipalité. Ce n’est plus un projet, les cités sont sur leurs rails, elles sont lancées. Je suis heureux que Benoît de Charrette soit le nouveau président de la Cité des vins et des Climats de Bourgogne. Nous avons des hommes compétents pour faire avancer le dossier et expliquer son intérêt aux adhérents. Cela va drainer des visiteurs. Je ne peux pas encore donner de calendrier, les trous ne sont pas encore creusés à Chablis et à Mâcon. Nous croyons aussi beaucoup à la cité internationale de la gastronomie et du vin à Dijon, où le BIVB finance un module de son école du vin.

 

La charte « engageons nos terroirs dans nos territoires » semble être l’autre priorité de votre mandat.

Tout mon domaine est en bio et biodynamie depuis plus de trente ans. Je suis content de voir que depuis plus de cinq ans il y a eu une étape engageante pour la filière avec la signature de cette charte pour une démarche plus durable. Après l’enthousiasme du lancement il faut dépasser l’inertie et remettre la charte comme une colonne vertébrale de la filière, pour le vignoble et le négoce. Il faut être plus actif, avec un travail d’explication sur le terrain. L’objectif est de pouvoir rapidement annoncer un objectif de pourcentage du vignoble certifié en bio ou dans une démarche plus vertueuse. Il ne faut pas se leurrer, les marchés poussent à une démarche envionnementalisante.

 

 

 

 

* : « Le marché anglais est assez étonnant. Il se tient plutôt bien malgré le Brexit. Là aussi il y a des défis logistiques, avec des procédures de dédouanement qui ne sont pas fluides. Mais cela va se caler » précise Frédéric Drouhin.

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