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Après la théorie
Ce vigneron plante 1 213 arbres pour mettre en pratique l'agroforesterie

Au château Dubraud à Blaye, Alain Vidal témoigne de l'émulation qui a cours dans le vignoble bordelais, où les expérimentations d'une viticulture alternative bourgeonnent.
Par Alexandre Abellan Le 15 mars 2021
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Ce vigneron plante 1 213 arbres pour mettre en pratique l'agroforesterie
« La première difficulté de la viticulture, c’est le pas de temps. La demande du consommateur est tout, tout de suite. Le grand public ne se rend pas compte des améliorations réalisées par le vignoble » regrette Alain Vidal, certifié HVE. - crédit photo : Château Dubraud
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ouclant une levée de fonds sur internet (plus de 6 000 € à date*), Alain Vidal doit planter ces 19 et 20 mars pas moins de 1 213 arbres et arbustes sur son domaine, le château Dubraud (27 hectares en AOC Blaye Côtes de Bordeaux). Débordant d’énergie et d’enthousiasme face à ce chantier, le vigneron bordelais reste tout en modestie devant les inconnues de l’agroforesterie. « Nous allons être en phase d’essai. Nous sommes des bleus, ouverts à toutes les idées et propositions pour reproduire le modèle de la forêt, créant de la matière organique sans fertilisation, dans le vignoble » indique-t-il.

Adhérant au cabinet de conseil et de formation la Belle Vigne, Alain Vidal indique y avoir retrouvé une motivation et un sens à son métier. « Cela m’a permis de revenir aux fondamentaux : la vie du sol, la physiologie de la vigne… » esquisse l’ingénieur agronome, qui après sept ans de couverts végétaux sur son domaine (par semis annuel, sans labour et avec des tontes) veut aller plus loin avec l’agroforesterie. Une démarche qui s’inspire d’ouvrages (voir encadré) et de rencontres dans le vignoble : Benoît et Delphine Vinet (pionniers en agroforesterie au domaine Emilie Grelier à Lapouyade), Jean-Baptiste Cordonnier (château Anthonic pour sa gestion des haies à Moulis-en-Médoc), Carine Magot (cave coopérative de Buzet pour son vignoble expérimental visant l’autofertilité)…

Objectifs esthétiques et agronomiques

La plantation des 1 213 arbres et arbustes va concerner 5 hectares du domaine. Avec des haies et deux rangées de dix arbres feuillus remplaçant des ceps d’une parcelle de malbec (2,6 ha plantés en 2018), 1 ha de bois, 90 ares de bosquet, 60 ares de verger. Assumant un objectif esthétique avec la création d’espaces arborés (ainsi qu’une mare), Alain Vidal énumère les bénéfices agronomiques attendus. A commencer par « la captation de carbone et la création biomasse dans le sol. Le développement de la vie des sols : vers de terre, bactéries, champignons, mycorhizes… Des travaux montrent l’effet des racines profondes des arbres sur les mycorhizes. »

Voulant créer des corridors écologiques pour abriter la faune auxiliaire, le vigneron espère pouvoir atténuer localement le changement climatique : « des études indiquent que 100 arbres adultes par hectare permettraient de réduire de 3 à 5 ° C la température moyenne d’une parcelle ». Autre bénéfice espéré, une réduction de la pression des maladies cryptogamiques grâce à un développement de la biodiversité. Alain Vidal se montre particulièrement intéressé par les études indiquant que « les pratiques [conventionnelles] ont tendance à suroxyder la plante, quand l’agroécologie permet de réduire les végétaux (avec des gains d’électrons). Remettre des végétaux dans le vignoble permet d’amener plus de résistance et d’immunité. »

Je n’ai pas la science infuse

Anticipant les critiques sur ses objectifs, l’ingénieur agronome ne craint pas de faire des erreurs : « je n’ai pas la science infuse. On peut dire que je suis écolo-fada, mais que l’on me laisse vivre. » Estimant que ces plantations lui vaudront cinq années de transition et de difficultés au vignoble, Alain Vidal aimerait que la recherche se penche plus sur ces thématiques alternatives. Le vigneron va participer aux essais lancés et suivis par Olivier Husson (Cirad) et Thomas Rospars (cluster Innovin) cette année, auprès d’une dizaine de domaines dans le vignoble bordelais. L’agroforesterie n’en finit pas de bourgeonner dans le vignoble bordelais.

 

* : Ce projet d’agroforesterie est estimé à 11 000 €. La région Nouvelle-Aquitaine participe à hauteur de 4 500 € d’aides.

La bibliographie d’Alain Vidal

Marcel Bouchet, 2014. Des vers de terre et des hommes, 312 pages, éditions Actes Sud.

Alain Canet, 2016. Le génie de l’arbre, 432 p., éditions Actes Sud.

Francis CHaboussou, 2011. Les plantes malades des pesticides, 294 p. éditions d’Utovie.

Hervé Coves, 2016. Vivre ensemble, 176 p, éditions Les Monédière.

Gérard Ducerf, 2017. Fascicule des conditions de levée de dormance des plantes bio-indicatrices, 45 p, éditions Promonature.

Gérard Ducerf, 2010. L'encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales, 352p, éditions Promonature.

Christian Dupraz, 2011. Agroforesterie des arbres et des cultures, 432 p, éditions France Agricole.

Olivier Husson, 2012 et 2018. Potentiel d’oxydoréduction, pH, résistivité : un nouveau regard sur le fonctionnement des systèmes cultivés, éditions CIRAD.

Marc-Antoine Selosse, 2008. Les champignons qui nourrissent les plantes : les associations mycorhiziennes, in F. Hallé, Aux origines des plantes, p. 266–281, éditions Fayard.

Marc-Antoine Selosse, 2009. Des organismes chimériques : le sexe "lent" des eucaryotes, in P.-H. Gouyon & A. Civard-Racinais, Aux origines de la sexualité, p. 46–67, éditions Fayard, Paris.

Konrad Shreiber. 2018. Comprendre la vie dans les sols. Série de 12 vidéos par Ver de Terre Production

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