LE FIL

-7 % de ventes en 2020

Les vins du Rhône résistent pendant la crise, en attendant la reprise

Jeudi 18 février 2021 par Alexandre Abellan

'Je ne suis pas serein tant que l’activité ne reprend pas' rapporte Philippe Pellaton, qui croit 'dans l’effet rebond dès le retour à une vie normale'.
'Je ne suis pas serein tant que l’activité ne reprend pas' rapporte Philippe Pellaton, qui croit 'dans l’effet rebond dès le retour à une vie normale'. - crédit photo : Clément Puig (Inter Rhône)
Philippe Pellaton, le président de l’interprofession des vins rhodaniens, ne cache pas son inquiétude face aux difficultés commerciales actuelles, tout en misant sur le rebond de la consommation dès que les contraintes sanitaires se relâcheront.

« Il est toujours compliqué d’avoir un discours homogène, les chiffres ne sont [globalement] pas catastrophiques, mais les réalités sont différentes, selon les AOC et les entreprises » prévient Philippe Pellaton, le président de l'interprofession des vins d’appellation des Côtes du Rhône et de la Vallée du Rhône (Inter Rhône). Si dans l’ensemble les vins rhodaniens d’AOC enregistrent une baisse de 7 % de leurs commercialisations en 2020, les effets de la pandémie de covid sont très disparates selon les réseaux de vente.

« L’impact est quasi nul en grande distribution. Les AOC régionales ont performé grâce à leur présence sur ce qui a marché dernièrement : les rosés (Ventoux et Luberon), les en BIB et marques de distributeurs (Côtes du Rhône) » souligne Philippe Pellaton. Le viticulteur gardois notant que les Côtes du Rhône sont désormais à touche-touche dans les linéaires avec le leader historique des AOC rouges que sont les vins de Bordeaux. Respectivement 52,3 et 53,3 millions cols en 2020 selon les panels IRI (-2 et -2,5 % en un an), les Côtes du Rhône rouges étant premiers en ventes bio, bib et MDD.

Croissance britannique, repli américain

À l’export, les vins du Rhône ont expédié l’an passé 742 000 hectolitres de vin pour 433 millions d’euros de chiffres d’affaires. Soit des baisses de 3,4 % volume et 6,7 % en valeur par rapport à 2019 selon les données de Business France. Premier marché en valeur, le Royaume-Uni affiche de belles croissances (+12 % en volume et +3 % en valeur), tandis que le premier marché en volume que sont les Etats-Unis se replie fortement (-15 % volume et -19 % valeur). Sixième destination export, la Chine présente également une baisse forte (-36 % en volume et -29 % en valeur).

« Autant les perspectives sont bonnes en Asie (avec des pays moins touchés par la crise covid et l’opportunité chinoise des taxes sur les vins australiens), autant nous sommes très inquiets pour les Etats-Unis » analyse Philippe Pellaton, qui rappelle que l’interprofession a investi sur le marché américain. Demandant un moratoire transatlantique, le viticulteur de Laudun note que si 100 % des vins rhodaniens sont désormais concernés par la taxe de 25 % (le degré alcoolique ou le vrac ne permettant plus de feinter), la Vallée du Rhône a l’avantage d’avoir des marchés export diversifiés (les Etats-Unis comptant pour 6 % de ses ventes).

Crus et circuits traditionnels

Le solde des pertes commerciales se répartit sur les autres réseaux de vente : restaurants, cavistes, ventes directes au caveau… « Beaucoup de nos crus sont présents sur ces circuits plus valorisés » commente Philippe Pellaton, qui fait état de fortunes diverses selon les crus et circuits. Avec des reculs de -10 % dans certains crus septentrionaux très présents en restauration (Saint-Joseph, Hermitage, Côte Rôtie, Condrieu…), mais un impact moindre pour des crus méridionaux plus diversifiés (Vacqueyras, Gigondas, Beaumes de Venise…).

« Un producteur de Côtes du Rhône pour la grande distribution sera peu impacté, voire en croissance, quand un producteur de cru pour la restauration subit la crise de plein fouet » brosse Philippe Pellaton. Si une rencontre d’Inter Rhône avec les banques indique qu’il n’y a pas d’alertes, la situation financière des opérateurs reste à surveiller. « Je suis inquiet. Tant que l’activité humaine n’a pas repris, tant que l’on ne retrouve pas une forme de fluidité, tant que la situation économique n’est pas stabilisée » indique Philippe Pellaton, soulignant que « chaque mois les indicateurs se dégradent un peu plus et on rentre un peu plus dans le dur. Les restaurants ne rouvrent pas, l’export tousse… »

"Je crois dans l’effet rebond"

« Je ne suis pas serein tant que l’activité ne reprend pas » résume Philippe Pellaton, qui conserve cependant un espoir : « je crois dans l’effet rebond, dès le retour à une vie normale. Comme on l’a vu lors du déconfinement. Il y a un an d’anniversaires en retard à fêter et les gens ont besoin de festivités. »

Se préparant à cette reprise future, Inter Rhône maintient budget promotionnel à hauteur de 11 millions d’euros. Son affectation reste adaptée à la pandémie en cours, avec une part du budget dédiée à la France maintenue à 50 % de l’enveloppe (contre 30 % en temps normal), comme les évènements internationaux sont annulés. Adoptant une communication sur le plus de médias possibles (affichage, radio, réseaux sociaux…), Inter Rhône prévoit pour la fin du premier semestre une nouvelle campagne dédiée à l’AOC Côtes du Rhône.

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