LE FIL

Priorité gouvernementale

Jean Castex veut un moratoire sur les taxes américaines et une aide européenne aux vins français

Lundi 15 février 2021 par Alexandre Abellan

Le premier ministre Jean Castex « assure la détermination du gouvernement sur une situation où nous sommes des 'victimes collatérales' (ce sont ses propos) » témoigne Jérôme Despey.
Le premier ministre Jean Castex « assure la détermination du gouvernement sur une situation où nous sommes des 'victimes collatérales' (ce sont ses propos) » témoigne Jérôme Despey. - crédit photo : Matignon (27 octobre 2020)
Un aéropage de ministres vient de recevoir les représentants du vignoble et de ses exportateurs pour affirmer son soutien diplomatique à une filière économique stratégique.

Compassion dans l’écoute et fermeté dans les déclarations, en attendant des actes concrets. Reçus en visioconférence ce 15 février par le premier ministre, Jean Castex, et trois ministres (Julien Denormandie pour l’Agriculture, Franck Riester pour le Commerce extérieur et Alain Griset pour les PME), les représentants de la filière vin ont pris acte de la mobilisation gouvernementale dans le règlement des surtaxes américaines ciblant les vins français depuis le 18 octobre 2019.

« Le premier ministre a indiqué que la filière vin ne devrait avoir aucun doute sur la volonté du gouvernement de régler le sujet de manière définitive » rapporte Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Le gouvernement confirme ainsi sa volonté d’obtenir la suspension de ces taxes de +25 % le temps de négociation transatlantique, ainsi que son soutien à un fonds de compensation européen aux opérateurs français pénalisés sur leur premier marché export.

"Mise en place d’un moratoire"

Lors de cet échange de 75 minutes, le gouvernement annonce ainsi à son vignoble « être en lien quotidien pour la mise en place d’un moratoire aux taxes Trump » précise Stéphane Héraud, le président de l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV), qui fait état d’une « préoccupation quotidienne » affirmée par Jean Castex, qui en fait « l’un des sujets prioritaires » de la France.

Le premier ministre ayant fait état d’échanges directs sur le sujet entre le président français, Emmanuel Macron, et son nouvel homologue américain, Joe Biden, Jérôme Despey réplique que « la seule voie de règlement rapide, c’est la maison blanche ». Rappelant l’impatience des opérateurs touchés depuis 16 mois par des mesures de rétorsion du conflit aéronautique entre Airbus et Boeing, le viticulteur héraultais demande des réponses concrètes : « que fait la France, en lien avec la Commission Européenne, pour obtenir la suspension des taxes et négocier leur suppression définitive ? »

-3 millions €/jour

Car chaque jour qui passe, le commerce extérieur français perd 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Soit 100 millions € depuis ce 12 janvier, et une nouvelle salve de sanctions, causant un important préjudice sur les pertes de parts de marché françaises. « Il y a une forme de distorsion de la concurrence avec les autres vignobles européens, qui sont aidés par les dispositifs de crise à hauteur de 70 % sur leur promotion dans les pays tiers » dénonce Jérôme Despey, évoquant notamment l’Italie.

« L’Union Européenne déroge aux principes fondateurs de garantie des conditions d’accès identiques de ses filières aux marchés en ne compensant pas les surtaxes américaines » renchérit Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, estimant que « l’Union doit assumer le coût de sa politique commerciale ».

"Nous attendons des actes concrets"

Alors que le président de la République annonçait, il y a un an, obtenir un fonds de compensation européen pour le printemps 2020, la filière vin reste circonspecte face aux annonces de soutiens ministériels. « Dans la réalité des faits, la situation n’évolue pas. Ça n’enlève pas ce qui est fait par le gouvernement pour la crise covid, mais nous attendons des actes concrets pour les taxes américaines » résume Jérôme Despey. Qui a bien noté que le premier ministre s’est dit prêt à arbitrer des fonds supplémentaires pour aider la filière vin en dehors des budgets du ministère de l’Agriculture. Ce qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd alors que se pose la question du financement de l’aide au stockage privé (cliquer ici pour en savoir plus).

 

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