LE FIL

Surtaxes américaines

Emmanuel Macron veut des aides européennes aux vins français ce printemps

Samedi 22 février 2020 par Alexandre Abellan

Après des dégustations de bières aromatisées au raisin et de fromages savoyards, Emmanuel Macron a dégusté un rosé de Provence sous la houlette du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d'origine et à indication géographique (CNIV).
Après des dégustations de bières aromatisées au raisin et de fromages savoyards, Emmanuel Macron a dégusté un rosé de Provence sous la houlette du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d'origine et à indication géographique (CNIV). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Se montrant sensible à l’état d’urgence économique de la filière vitivinicole, le président de la République porte le besoin d'un fonds de compensation au niveau communautaire.

Paroles d’urgence et sentiment d’impatience. Consacrant ce 22 février une petite heure au pavillon des vins lors de son inauguration marathon du Salon International de l’Agriculture (SIA), Emmanuel Macron a dégusté trois vins et entendu tout son soûl l’inquiétude des producteurs et négociants concernant le marché américain. En place depuis le 18 octobre 2019 dans le cadre du conflit sur les subventions européennes indûment perçues par Airbus, la surtaxe de 25 % sur les vins français pèse lourdement sur les expéditions vers les Etats-Unis.

« Depuis trois mois, les exportations françaises chutent de 30 à 40 % vers les Etats-Unis. Nous sommes dans une situation où l’on ne parle plus de fragilité mais de seuil léthal pour les entreprises. Les trésoreries sont à bout de souffle » résume Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France (VIF). Sans être optimiste, le vigneron languedocien souligne que le fonds de compensation de 300 millions d'euros réclamé par la filière pour maintenir ses commercialisations américaines fait son chemin de manière rassurante. « Il y a encore quelques semaines on nous répondait que ce n’était pas possible. Aujourd’hui, le président de la République a une position simple : il y aura un fonds de compensation européen au plus tôt en avril, qui sera issu du budget général et pas de la Politique Agricole Commune (PAC). Le président a pris la mesure des enjeux » rapporte Jean-Marie Fabre.

Risque de crise

Si l’Elysée ne souhaite pas commenter un sujet de négociations avec la Commission Européenne, les autres participants de cette réunion confirment le soutien présidentiel à un fonds de compensation d’ici avril-mai. Mais les élus de la filière n’en oublient pas l’impatience de voir cet engagement réellement traduit en actes. « Nous avons besoin d’un fonds de compensation le plus rapidement possible. Il faut une réponse urgente ! » alerte Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Le viticulteur languedocien souligne que « tous les vins qui ne vont plus aux Etats-Unis se retrouvent dans nos chais sans débouché. Il y a un risque de crise majeure en France, alors que nos parts de marché sont prises par nos voisins italiens qui ne sont pas touchés. »

« On ne peut pas se satisfaire de voir le président alors qu’il n’y a pas d’actes. La situation est très préoccupante sur les quatre premiers marchés export des vins français (Chine, Etats-Unis, Hong-Kong et Royaume-Uni*). C’est une situation géopolitique qui ne s’est jamais vue » renchérit Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des Vins et Spiritueux d’Appellation (CNAOC). Sans avoir de perspectives autres que le jugement de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur les subventions américaines pour Boeing (qui pourrait rééquilibrer les négociations), le viticulteur bordelais prévient qu’« il ne faut pas réduire les investissements sur le marché américain. Il faudra être prêt à investir massivement aux Etats-Unis quand ces taxes seront levées. Ce moment sera une opportunité incroyable de communiquer. »

" Au plus tard début avril "

L’image de l’ensemble des vins français a en effet bien besoin d’éléments positifs pour reconquérir les faveurs américaines. « Même les vins qui ne sont pas touchés par la hausse des taxes voient leurs ventes baisser. Les distributeurs et consommateurs considèrent que les produits français sont plus chers. Il faut un fonds de compensation au plus tard début avril » souligne Jean-Marie Fabre, reposant toute l’urgence d’un déploiement d'aides pour l’ensemble de la filière exportatrice.

 

 

* : Interpellé sur ces enjeux commerciaux, le président de la République a indiqué pousser les négociations européennes sur un accord de libre-échange avec la Chine et mettre la filière vin dans les priorités françaises dans les négociations commerciales européennes avec le Royaume-Uni.

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