LE FIL

Rendements, réserves et VSIG

L'AOC Bordeaux vise une réduction de 20 % de sa production 2020

Jeudi 18 juin 2020 par Alexandre Abellan

Si le mildiou et la grêle ne limitent pas la production de vins AOC rouges, la réduction des rendements et l'obligation de mise en réserve inteprofessionnelle s'en chargeront.
Si le mildiou et la grêle ne limitent pas la production de vins AOC rouges, la réduction des rendements et l'obligation de mise en réserve inteprofessionnelle s'en chargeront. - crédit photo : Photo de l'école de vignerons du Pressoir du Roy(Agence Meurisse, BNF Gallica)
En réponse à ses difficultés commerciales et en complément à la distillation de crise, le syndicat viticole bordelais envisage une baisse globale de son potentiel de production : -10 % de rendements, avec la mise en place d’une mise en réserve interprofessionnelle pour les rouges, ne pouvant être levée qu’en cas de revendication en vin sans indication géographique de 10 % des surfaces.

Etudiant tous les leviers pour rééquilibrer son surplus d’offre avec une demande souffreteuse, le syndicat de l’appellation Bordeaux envisage une baisse conséquente de ses rendements pour le millésime 2020. Adoptés en conseil d’administration, les rendements autorisés en 2020 doivent être soumis ce lundi 22 juin à la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB). Pour l’AOC Bordeaux rouge, le rendement passerait à 50 hectolitres par hectares (contre 54 hl/ha la récolte passée, selon la FGVB), avec 6 hl/ha de Volume Complémentaire Individuel (VCI, contre 11 hl/ha en 2019). Pour les Bordeaux Supérieurs le rendement 2020 seraient de 48 hl/ha plus 6 hl/ha de VCI (contre 48 et 11 hl/ha), pour les Bordeaux blanc de 60 hl/ha (contre 65 hl/ha), et les Bordeaux rosés et clairet à 55 hl/ha (contre 59 hl/ha).

La mise en place d’une réserve interprofessionnelle pour les vins rouges doit accompagner cette réduction des rendements autorisés. S’élevant à 5 hl/ha pour les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur, cette mise en réserve concerne les derniers 10 % des rendements autorisés. A partir de 45 hl/ha pour les Bordeaux rouges et de 43 hl/ha pour les Bordeaux supérieurs, les volumes supplémentaires sont bloqués commercialement sur une année par l’interprofession afin d’alléger les volumes commercialisables. La seule manière de débloquer ces volumes pour les producteurs est de s’engager à déclasser 10 % de son vignoble AOC Bordeaux en vins de France (vin sans indication géographique, VSIG). Pour débloquer cette mise en réserve, une renonciation à l'appellation doit être signée d’ici le 31 juillet.

"Prix de revient"

Déjà utilisée en 2011, cette mécanique de réserve interprofessionnelle doit décaler les mises en marché tout en incitant à la diversification hors AOC. Déjà étudié l’an passé, le déclassement d’une partie de l’AOC Bordeaux serait renforcé ce millésime. A l’étude pour l’AOC Bordeaux, cette réduction des rendements et cette mise en réserve est saluée par les autres appellations, sans créer de vocations. « L’équation est compliquée. Si l’on diminue les rendements, le prix de revient diminue immédiatement alors que les cours sont déjà très bas » note Françoise Lannoye, la présidente de l'union des Côtes de Bordeaux. Qui indique que son AOC n’est pas portée sur la baisse des rendements, ni sur la réserve interprofessionnelle : « nous avons de la grêle et une forte pression mildiou, tout ça mis bout à bout nous, ne ferons pas les rendements. » Pour François Lannoye, « il faut être plus actif sur les dossiers de la promotion et de la commercialisation. Ce sont les vrais nerfs de la guerre ! »

Equilibre offre/demande

Alors que le vignoble bordelais a produit 4,8 millions d’hectolitres de vin en 2019 (- 1 % par rapport à 2018), ses sorties sur la campagne 2019-2020 devraient largement tomber en dessous des 4 millions hl (3,2 à 3,4 millions hl sont évoqués au sein de l’interprofession). Alors que les transactions de vin en vrac sont à l’arrêt le temps des engagements à la distillation de crise (après des tonneaux tombés à 650-700 €), ces difficultés commerciales bordelaises témoignent d’une surproduction à la fois conjoncturelle (crise du coronavirus, incertitudes du Brexit, repli chinois, surtaxes américaines…) et structurelle (changement des couleurs et profils demandés, virage environnemental…). Si la distillation de crise et les baisses des rendements répondent à la conjoncture, le débat s'ouvre à Bordeaux pour une solution plus structurelle.

Les chiffres clés de la production bordelaise en 2019

L’an passé, les rendements étaient de 45,5 hl/ha pour l’AOC Bordeaux rouge (-2 %) et de 41,1 hl/ha pour les Bordeaux supérieurs (+3 %). En hausse de 20 %, le volume de VSIG produit a atteint 140 835 hl (dont 101 092 hl en rouge et rosé, +18 %). L’augmentation des volumes est également de 17 % pour les vins à Indication Géographique Protégée, avec 22 468 hl d’IGP (dont 16 063 hl en rouge et rosé, +3 %).

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Dominique Le 22 juin 2020 à 09:13:12
Le Covid-19 n’aura fait que révéler la crise d’image et de commercialisation des Bordeaux. On est allé au bout de ce que demandait Christian Delpeuch président du CIVB en 2005 : industrialiser les vins de Bordeaux, massifier l’offre, etc.... Le boulot a été fait. A la fin, on a des vins certifiés conformes par QualiBordeaux et ses cinq dégustateurs patentés, mais dont le marché n’est pas friand friand…. Maintenant, on propose des mesures de restriction de commercialisation qui n’auront peut-être aucun mal à être respectées vu l’effondrement de la demande et les dégâts du mildiou. Quand on a, avant vendange 2020, au moins 20 mois de stock, quel impact aura une telle mesure ? A peu près aucune, mais elle permettra de continuer à faire croire qu’il y a encore un pilote au service d’une vraie vision d’avenir. Au passage, les vignerons bios de Bordeaux qui ont en face une vraie demande des consommateurs, seront empêchés d’y répondre ! Est-ce le bon plan pour Bordeaux ? La mesure de distillation vient très temporairement bloquer la chute libre des cours. Que pèsent 700 000 hl distillés quand il y a des millions d’hl en stock ? C’est toute la politique menée depuis 15 ans qui est à détricoter. La politique expansionniste menée devra être soldée. Il y a des dizaines de milliers d’hectares qui seront à arracher et à convertir vers d’autres productions. Car aujourd’hui, c’est la déprise viticole massive et anarchique qui menace. Tout le monde parle à mots couverts de cet arrachage alors même que les plans de restructuration ne sont pas terminés ! Demander l’aide de l’Europe dans ces conditions, c’est pas gagné ! Heureusement, nous sommes sauvés. Le CIVB met en place son plan Bordeaux 2025. Alléluia !
Vigneronderions Le 19 juin 2020 à 20:51:55
Nous avons un problème de revenu à l'hectare par rapport aux exigences des cahiers des charges. Donc pour que ça aille mieux on diminue la quantité produite en pensant faire remonter le cours. Se focaliser sur le cours est pathétique , ce qui importe c'est le revenu. Definir des rendements en juin c'est débile, ça dépend de la taille, du mode de culture et on ne change de stratégie produit au gré du vent. Petit message à ma présidente, quand le rendement baisse le coût de revient augmente (contrairement à ce qui est écrit dans l'article).
jacques Le 19 juin 2020 à 08:14:41
comment répondre à un problème par un problème. Quand le syndicat fera un effort pour ceux qui défendent et font vivre Bordeaux au lieu d'essayer de sauver ceux qui le coule il y aura peut être une lueur d'espoir.
Guillaume G Le 18 juin 2020 à 18:45:38
L'AOC Bordeaux vise une réduction de 20 % de sa production 2020 Excellent article d'Alexandre Abellan dans vitisphère. De bonnes idées et tendances, pour participer au débat je rajouterai quelques éléments de réflexions: D'abord quid des chateaux qui commercialisent toute leurs productions? devront-ils aussi diminuer leurs rendements par solidarité? ... Et donc perdre des marchés Les châteaux déjà fragilisés économiquement ne vont-ils pas subir la double sanction? - Celle de se retrouver avec un potentiel de production inférieur - Celle d'augmenter leur prix de revient à l'hectolitre, car toujours le même nombre d'hectare à travailler pour production de - 20% Pourquoi ne pas réfléchir a diminuer de 20% le foncier? Cela aurait pour effet de diminuer les charges à l'hectare et maintenir une compétitivité avec les autres vignobles. Ou un mix des 2? je laisse les experts à savoir si il faut geler, déclasser, arracher, mettre en réserve...
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