LE FIL

Aides de crise

Le vignoble demande a minima 50 % d'exonérations de charges patronales

Mardi 16 juin 2020 par Alexandre Abellan

« Le dispositif existe, mais il est inadapté, inopérant et inaccessible à notre secteur avec les critères de la restauration ou de l’hôtellerie » estime Jean-Marie Fabre.
« Le dispositif existe, mais il est inadapté, inopérant et inaccessible à notre secteur avec les critères de la restauration ou de l’hôtellerie » estime Jean-Marie Fabre. - crédit photo : MSA 33 (Ghislaine Dodier)
Souhaitant un élargissement des mesures d’allégement de cotisations patronales et sociales, la filière vin demande une aide conforme au maintien de sa main d’œuvre depuis le début du confinement malgré l’arrêt de ses marchés.

En conditionnant les exonérations de cotisations patronales à une perte de 80 % au mois du chiffre d’affaires pendant le confinement, le gouvernement cause la déception dans la filière vin. « Le dispositif est crucial, c’est l’un des leviers qui va permettre au secteur de passer le cap. Mais on ne nous donne pas d’échelle pour y accéder. Le calibrage actuel du dispositif ne nous permet que d’y accéder à la marge » s’emporte Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui fait état de pertes moyennes de 60 % de chiffre d’affaires dans le réseau des caves particulières.

Alors que les rencontres entre les élus du vignoble et l’exécutif laissaient entendre qu’un outil spécifique à la filière vin serait mis en place, les annonces gouvernementales se limitent finalement à des mesures transversales aux secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de la culture. « Que l’on soit clair, je plains ces secteurs. Mais ils n’ont pas eu à payer leurs salariés pendant la crise » explique Jean-Marie Fabre. S’appuyant sur les estimations de la filière, le vigneron de Fitou souligne que sur les 700 000 emplois du secteur, 15 à 20 % des salariés ont bénéficié des chômages techniques et partiels (essentiellement pour les emplois administratifs et commerciaux).

50 à 100 % d'exonérations

La vigne n’attendant pas le déconfinement pour pousser, 600 000 emplois auraient été maintenus, représentant 4,5 milliards d’euros de salaires payés sur trois mois. « Une charge portée sans aides de l’Etat. Maintenant, il faut un coup de pouce pour que le dispositif soit efficient » tranche Jean-Marie Fabre. Sur la période du 15 mars au 15 mai, les demandes du vignoble concernent une exonération des charges 50 % pour toutes les entreprises du secteur, avec une exonération de 100 % au-delà de 60 % de perte de chiffre d’affaires. Demandant 250 à 270 millions d’euros d’aides, la filière vin compte profiter des débats parlementaires sur le troisième Projet de Loi de Finances Rectificative pour amender le dispositif actuel.

« Le gouvernement doit revoir d’urgence sa copie » affirme un communiqué de l'Association Générale de la Production Viticole (AGPV). Estimant que « ce seuil de 80 % est inacceptable », les élus du vignoble demandent « un dispositif d’exonération de cotisations spécifiques à la vitiviniculture qui concerne un plus grand nombre d’exploitations. C’est la condition pour éviter que la colère éclate » alors que les aides à la filière vin se comptent en millions d'euros contre des milliards pour l'aéronautique ou l'automobile.

 

 

Efficience du plan d'aides

A noter que l’enjeu de l’efficience du plan de soutien à la filière viticole se pose également pour le dispositif d’aide au stockage privé (des délais administratifs sont craints, pouvant décaler l’ouverture du dispositif début juillet), ainsi que pour la distillation de crise (dont les premières tendances d’engagement font craindre un dépassement du volume actuellement financé).

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