LE FIL

Crise du coronavirus

Demande de distillation européenne de 10 millions hl de vins excédentaires

Mercredi 08 avril 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 09/04/2020 06:56:24

'Tout ce vin qui n'est ni exporté ni consommé chez nous est stocké dans des cuves dont une majorité sont presque ou totalement remplies, compte tenu des circonstances' alerte le député Eric Andrieu.
'Tout ce vin qui n'est ni exporté ni consommé chez nous est stocké dans des cuves dont une majorité sont presque ou totalement remplies, compte tenu des circonstances' alerte le député Eric Andrieu. - crédit photo : DR
Face aux ruptures commerciales liées à l’épidémie de covid19, le député européen Eric Andrieu demande l’ouverture d’une distillation européenne massive cet été pour les AOP et IGP, dont un tiers de vins français avec un coût de 80 €/hl.

« Confinement, fermetures des restaurants, des bars, des magasins, accès aux supermarchés limités : un milliard de litres de vin européen pourraient être perdus et avec eux le revenu de milliers de personnes. Il est impératif que ce vin, plutôt que d'être perdu, soit distillé » lance l’eurodéputé Eric Andrieu dans un communiqué. Interpellant le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, Eric Andrieu estime donc que l’excédent de vins européens s’élève à 10 millions d’hectolitres, dont un tiers se trouve en France. Appelant à la mise en place rapide de cette mesure conjoncturelle, le député européen souhaite que le dispositif soit effectif « entre juin et août » pour alléger les cuveries avant les prochaines vendanges (une demande soutenue par des élus français, voir encadré).

D’ampleur, cette mesure de court terme répond au sentiment de détresse du vignoble européen, de Bordeaux aux Cavas, en passant par l’Italie.  Violemment accentués par la crise du coronavirus, les blocages commerciaux actuels ont été amorcés par les surtaxes américaines, les désavantages compétitifs en Chine, la déconsommation des vins rouges… Un constat catastrophique qui conduit, en France, l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV) à esquisser un projet de distillation de crise de 2 millions hl pour un prix de 80 € hl (afin de ne pas perturber les cours du marché).

"80 €/hl"

Pour le vignoble français, « le coût de distillation devrait être de 80 centimes du litre, soit 80 € de l'hectolitre, calcul basé sur le fait qu'il soit principalement question de vin d’appellation protégée (AOP) et d’indication géographique protégée (IGP) » précise justement Eric Andrieu. L’eurodéputé occitan souligne que s’il revient à chaque Etat Membre d’assurer l’aide à la distillation, « l'Europe, dans ces circonstances exceptionnelles, [doit] s'engager à hauteur de 35 de ces 80 € », car « permettre à un maximum de gens de garder leur emploi, éviter le gaspillage, et de manière plus globale garantir la stabilité du secteur agricole sont des tâches qui doivent être endossées par l'Europe ! »

Stockage subventionné

Alors que les stocks pèsent sur les trésoreries viticoles, « la distillation est une alternative, certes moins rémunératrice que la vente de vin, mais qui permettra aux viticulteurs de s'en sortir et de pouvoir également récolter en 2020 et donc de relancer les exploitations » souligne Eric Andrieu. A noter que le parlementaire languedocien évoque également de laisser « la possibilité aux producteurs qui le peuvent encore ou le souhaitent de constituer des stocks privés durant cette période particulière, et ce avec le soutien européen »


Dans un communiqué daté du 8 avril, l'Association Nationale des Elus de la Vigne et du Vin (ANEV) demande "un bouquet de mesures pour soutenir la viticulture face à la crise covid-19", dont la "mise en place au niveau européen d’aides à la distillation de crise". Cette boîte à outils comporte aussi "l'exonération des charges sociales et patronales sur l’emploi des salariés et des exploitants viticoles, avec garantie que l’exonération n’emporte pas l’annulation des droits générés par ces cotisations (retraite, chômage…). L'annulation des frais liés aux crédits bancaires en cours. L'annulation des prélèvements directs sur les entreprises et exploitations viticoles en 2020. La défiscalisation de la réintégration d’une partie de la Dotation pour Epargne de Précaution. L'évaluation du dispositif permettant aux salariés de cumuler activité partielle et emploi agricole. La mise en place de dispositifs facilitant l’emploi de travailleurs agricoles en vue du déconfinement et de la reprise d’activité de salariés en activité partielle dans leur branche d’origine. Le versement en temps et en heure des aides OCM vitivinicoles par FranceAgriMer. La possibilité d’adapter les programmes de l’OCM vitivinicole d’aides à la restructuration et à la reconversion du vignoble, ainsi que les programmes d’aide à l'investissement dans les entreprises, comme cela a été fait pour les programmes d’aides à la promotion. La prolongation des autorisations de plantation pour tenir compte des difficultés à effectuer les plantations de vignes au printemps 2020."

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