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Sans tabou

Le vignoble français évalue une distillation de crise du coronavirus

Mardi 07 avril 2020 par Alexandre Abellan

Traversant l’esprit de certains représentants de la filière vin, l’idée d’une distillation de crise s’enracine dans les plans de sortie du coronavirus.
Traversant l’esprit de certains représentants de la filière vin, l’idée d’une distillation de crise s’enracine dans les plans de sortie du coronavirus. - crédit photo : BnF, Gallica (alambics pour eaux-de-vie de vin Deroy Fils Aîné)
Après des mois de fragilisation continue de la commercialisation des vins de France, l’épidémie de covid-19 pousse les représentants viticoles à envisager les mesures de soutien au marché les plus radicales.

Victimes de l’épidémie de coronavirus, les mesurettes n’ont plus cours en ces temps de confinement. Plus la crise du covid-19 tire en longueur et plus la liste des mesures de soutien étudiées par le vignoble s’éloigne de la boîte à outils traditionnelle pour s’apparenter au détonateur de la valise nucléaire. Evoquée de plus en plus fréquemment, l’idée d’une distillation de crise s’installe et prend progressivement corps.

Dans un communiqué daté du 3 avril, l’Association des Régions Européennes Viticoles (AREV) demande « aux législateurs » d’« ouvrir, à l’initiative des syndicats de producteurs, la distillation subventionnée des vins d’appellation d'origine affectés par la baisse de la demande ». Alors que l’Espagne et Italie seraient favorables à une distillation de crise, cette mesure communautaire radicale recueille toutes les attentions de la filière française. Etudiée depuis des semaines au sein de l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV), un tel dispositif commence même à être chiffré pour l’ensemble des vins à Indications Géographiques (AOP et IGP). Si les volumes évoqués en France pourraient s’élever en centaines de millier d’hectolitres, l’enjeu du cours de compensation reste crucial pour ne pas déstabiliser l’ensemble des marchés. Une distillation massive pouvant conduire à un effondrement total des cours.

Argumentaire conséquent

L’Organisation Commune du Marché Vitivinicole (OCM vin) n’intégrant pas la distillation de crise, il faudrait que plusieurs états membres porte ce dispositif pour le mettre en place. Ce qui demande du temps pour mobiliser les ministres de l’Agriculture en particulier et leurs gouvernements en général. Pour faire fléchir les pouvoirs politiques nationaux et européens, la filière vin ne manque, hélas, pas d’arguments économiques. Le coronavirus couronne un alignement particulièrement mauvais des planètes pour la commercialisation des vins, fragilisée par les surtaxes américaines, les désavantages compétitifs en Chine, la déconsommation des vins rouges…

Encore au stade des discussions, certes sérieuses, la distillation de crise n’est qu’une des mesures demandées par la filière vin. Au-delà des mesures d’accompagnement immédiat des trésoreries, les représentants du vignoble demandent le versement rapide des enveloppes de FranceAgriMer pour l’investissement et la promotion, le report des dates butoir pour la restructuration, la mise en place rapide d’un fonds de compensation aux taxes américaines, la négociation d’accord de libre-échange avec la Chine pour réduire à néant les droits de douane… Sachant que la durée de la pandémie et les modalités de déconfinement conduiront sans doute à de nouvelles ruptures commerciales, d’autres demandes naîtront sans doute ces prochaines semaines. En attendant la question de la distillation de crise compte rester sur la table des négociations.

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