LE FIL

Marc de raisin contre coronavirus

La distillerie de Coutras autorisée à fournir l’alcool des gels antibactériens

Vendredi 27 mars 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 28/03/2020 21:01:11

Les nouvelles installations de rectification directe des alcools de l'UCVA peuvent participer à l'effort national contre le coronavirus.
Les nouvelles installations de rectification directe des alcools de l'UCVA peuvent participer à l'effort national contre le coronavirus. - crédit photo : UCVA
L’union des coopératives vinicoles d’Aquitaine va pouvoir proposer de l’alcool pur aux fabricants de solutions hydroalcoolique et ainsi participer à la lutte contre l’épidémie de Covid-19.

C’est une pesante frustration qui vient de se lever pour l'Union des Coopératives Vinicoles d'Aquitaine (UCVA, groupe Raisinor) : ses outils de production obtiennent ce 25 mars l’autorisation officielle de produire un alcool rentrant dans les recettes des gels hydroalcooliques. « Ça y est, on a l’autorisation, nos alcools rectifiés de marcs de raisin sont bien éligibles ! » soufflent Jacques Rabanier et Rémi Géromin, le président et le directeur de l’UCVA, qui se mobilisent avec leur équipe depuis dix jours pour que leurs volumes d’alcool disponibles soient reconnus conformes au cadre réglementaire de production des solutions biocides désinfectantes.

« Alors que les pharmacies manquent de matières premières pour fabriquer des gels hydroalcooliques, la filière vin ne manque pas d’éthanol. En Gironde, on a un sacré gisement ! » souligne la sénatrice bordelaise Nathalie Delattre, vice-présidente de l’Association Nationale des Elus de la Vigne et du Vin (ANEV). Mobilisée avec les représentants du vignoble et l'UCVA, l’élue vigneronne salue de « nouveaux dispositifs permettant d’utiliser [certains] alcools viniques dans les solutions hydroalcooliques. C’est une bonne mesure pour la filière viticole qui peut participer à la solidarité nationale contre le Covid-19. »

"Caractéristiques techniques"

Ayant des volumes issus d’installations de rectification directe des alcools, pour la production de biocarburant Ethanol Diesel 95 de l’UCVA (alcools de marcs de raisins notamment déméthanolés), la distillerie coopérative de Coutras ne pouvait pas les mobiliser pour la production de gel hydroalcoolique. Et ce malgré l'arrêté du 20 mars 2020, qui élargit l'assiette des alcools utilisables pour la production de solutions hydroalcooliques (notamment les « alcools éthyliques d’origine agricole » et l’« éthanol nature »*), tout en conservant la possibilité d’utiliser des alcools rectifiés à 96°.alc (voir encadré). « Notre outil d’épuration de l’alcool n’étant pas mentionné dans l’arrêté, ces alcools ne rentraient pas dans la réglementation alors que leurs caractéristiques techniques étaient conformes » explique Rémi Géromin, « il faut savoir que l’on peut faire de l’alcool vinique à 96° à partir de marcs de raisin, mais pour qu’il soit exploitable il faut pouvoir épurer l’alcool en suivant un référentiel qualité précis (notamment pour réduire les concentrations de méthanol) ».

Analysé par le Service Commun des Laboratoires des Douanes à Pessac, l’alcool vinique de la distillerie de Coutras s’avère conforme aux normes et peut être commercialisé par le groupe Raisinor France Alcool. Des citernes de 300 hl vont être mises en marché, chacune permettant de fabriquer l’équivalent d’un million de flacons de 50 mL de gel hydroalcoolique. Le tout étant exonéré de droit d’accises par les services douaniers, ce qui permet au produit fini de rester attractif, et compétitif, en pharmacie avec un prix de vente avoisinant 2 à 3 euros le flacon. Sachant que l'UCVA va également produire quelques milliers de litres de gel hydroalcoolique en interne pour les donner aux établissements médicaux avoisinants qui sont en tension.

Grenelle de la viticulture

« L’aide du Pôle Action Économique de la Direction Régionale des Douanes de Bordeaux aura été décisive pour débloquer la situation » note Nathalie Delattre. Pour l’élue, cette situation de crise sanitaire démontre la capacité de l’administration d’aider la filière : « on réussit à trouver des solutions en se mettant tous autour de la table, on pourra dupliquer le modèle s’il y a une volonté politique » souligne la sénatrice. Nathalie Delattre maintient sa demande d’organisation d’un Grenelle de la viticulture, qui permettrait à la sortie de la crise sanitaire de se pencher sur les difficultés réglementaires et économiques de la filière. La distillation de crise de vins en surstock pouvant d’ailleurs être un levier, mais « il y a d’abord une urgence sanitaire, on verra après pour la distillation de crise, si un nouveau débouché pour la filière apparaît » conclut la sénatrice.

 

* : « Face à l’épidémie du Coronavirus Covid-19 et afin de faciliter et accélérer la production de gel hydro-alcoolique, le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin autorise, à titre dérogatoire, les fabricants de gel hydro-alcoolique à remplacer de l’alcool dénaturé par de l’alcool nature dans la formule de fabrication » annonce un communiqué, rappelant que « l'alcool nature est de l'alcool sans mélange et que l'alcool dénaturé contient un additif visant à éviter sa consommation en cas de détournement de sa destination finale (fabrication de GHA ou autre produit) ».

Le groupe Douence répond aussi à la demande en gel hydroalcoolique

« Un certain nombre de distilleries vinicoles approvisionne aujourd'hui le marché des gels hydroalcooliques en rectifiant leurs alcools, c'est le cas des distilleries du Groupe Douence » indique Bernard Douence, le PDG des distilleries girondines éponymes. Depuis la semaine dernière, le groupe livre des alcools rectifiés à 96 % aux pharmacies et industriels produisant des solutions hydroalcooliques. « Ce marché est assez nouveau pour le Groupe Douence qui a pour habitude de livrer ses alcools aux biocarburants pour notamment la production de SP95 E10. Aujourd'hui, le marché des gels hydroalcooliques est essentiellement alimenté par d'autres filières agricoles, mais il existe en ce temps de crise sanitaire une telle demande que des marchés de niche émergent pour les distilleries vinicoles » précise Bernard Douence. La distillerie Douence précise que ses alcools rectifiés à 96 % sont principalement issus de lies et qu’elle pourrait également livrer des volumes d’alcool déshydraté (norme EN 15376 : 2014).

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