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Volontarisme commercial

L’union des grands crus de Bordeaux maintient sa stratégie de promotion

Mardi 28 janvier 2020 par Alexandre Abellan

« Nous sommes des viticulteurs qui travaillons sur des terroirs viticoles ancestraux. Nous ne pouvons que rester humbles face aux éléments naturels ou aux aléas économiques » pose Ronan Laborde.
« Nous sommes des viticulteurs qui travaillons sur des terroirs viticoles ancestraux. Nous ne pouvons que rester humbles face aux éléments naturels ou aux aléas économiques » pose Ronan Laborde. - crédit photo : UGCB
Face à la morosité qui pèse sur la place de Bordeaux, l'UGCB se montre active en continuant à prêcher dans le monde l'identité et la qualité de ses vins. Interview avec son président, Ronan Laborde.

Les indicateurs commerciaux bordelais semblent tous virer au rouge (repli en GD France, coup d’arrêt en Chine, taxes américaines, incertitudes sur le Brexit…). Les grands crus sont-ils moins touchés que les autres pans de la filière girondine ?

Ronan Laborde : Le dernier rapport du service études et statistiques du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) témoigne d’une activité très conséquente sur les grands crus [pour] les exportations de juillet 2018 à juin 2019.

En effet, les exportations en valeur, pour les vins dont les prix de vente « ex-Bordeaux » sont supérieurs à 22,50 euros/bouteille, s’élevaient à 1,15 milliard €, le chiffre le plus élevé depuis l’année 2012. Sur cette dernière période connue, la hausse mondiale est de 12 % en valeur (par rapport à 2017-2018). Sur la grande Chine (incluant Hong-Kong, Macao et Taïwan), la baisse est de 1,34 %, tandis que les Etats-Unis ont augmenté de 30 %, le Royaume-Uni de 22 %, la Suisse de 15 %, etc.

Parmi les grandes tendances, on note donc une augmentation de la valeur globale exportée, et un rééquilibrage des destinations de ventes. Avec une inflexion de la grande Chine, qui demeure encore le plus grand marché pour les grands crus de Bordeaux, mais des augmentations partout ailleurs, à l’exception des Emirats Arabes Unis…qui est le onzième marché d’exportation.

Les livraisons des primeurs 2016, qui ont été un grand succès, expliquent pour partie ces bons scores, mais pas uniquement. Par ailleurs, nos partenaires négociants et clients à l’export nous rapportent que la campagne en primeur 2018, qui s’est déroulée mi-2019, a été de très bonne tenue.

Ces données n’incitent aucunement les producteurs à l’euphorie, car l’environnement informatif et concurrentiel sont anxiogènes, à l’image de votre question ! L’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB) propose donc un programme promotionnel très complet et soutenu à ses membres, pour les prochains mois.

 

A vous entendre, les grands crus ne sont pas dans la tourmente de la crise, mais l'anticipent en mettant l'accent sur la promotion. Le nombre d’actions promotionnelles augmente-t-il en 2020 pour l’UGCB ?

L’Union des Grands Crus de Bordeaux organise près de 65 événements par an dans 15 pays dans le monde. Ces actions s’inscrivent dans le long terme. Nos programmes promotionnels sont arrêtés un an à l’avance, et nous n’augmentons pas, ni ne baissons la voilure. Actuellement, nous réalisons notre tournée en Amérique du Nord, pour présenter le millésime 2017, et recevons des accueils très chaleureux, malgré l’incertitude planant autour des taxes d’importations aux Etats-Unis

 

Les surtaxes américaines ont-elles un effet sur les ventes de grands crus ? A moins que leur positionnement prix atténue-t-il le ressenti de cette hausse ?

Il est un peu tôt pour donner une analyse des conséquences de cette surtaxe sur les comportements des distributeurs et des consommateurs. Celle-ci est en place depuis trois mois et l’absence de visibilité sur son évolution (retrait, maintien, augmentation, durée dans le temps…) incite les importateurs à reporter leurs retiraisons et à vendre les stocks déjà sur place.

 

Quels sont pour vous les points de force à développer et les lacunes à résorber pour redonner toute leur attractivité aux vins bordelais sur les marchés français et étrangers ?

Le risque, c’est de ne pas parler de l’identité de nos vins, qui sont riches d’une longue tradition, et d’un dynamisme exceptionnel. A l’UGCB, nous valorisons l’identité régionale et individuelle de nos membres, en mettant en avant le produit, son mode d’élaboration sophistiqué, sa longue histoire et les personnalités qui composent les grands crus

 Nos événements annuels proposent de mettre en relation les distributeurs locaux, restaurateurs, cavistes, avec les personnes qui élaborent ceux-ci. Au-delà de ça, nous développons les outils digitaux, pour garder un contact toute l’année, et accueillons quelques événements à Bordeaux, tels que la semaine des primeurs, ou encore le week-end des grands crus.

 

En avril prochain, les primeurs 2019 réussiront-ils à créer l'événement malgré l'absence croissante de valorisation par rapport aux vins livrables ?

La semaine des primeurs présente le dernier millésime vendangé, seulement quelques mois après la récolte, et un an voire plus avant la fin de l’élevage de ces grands vins. Cette transparence nous semble appréciée par les distributeurs français et internationaux qui, au-delà de découvrir celui-ci, ont l’opportunité de rencontrer les acteurs du négoce et des propriétés, avec lesquels ils commercent tout au long de l’année, dans le cadre très agréable des propriétés et de la ville de Bordeaux.

Compte tenu de ce que représentent les grands crus de Bordeaux, c’est déjà un événement en soi, qui génère de l’excitation chez nos clients et passionnés de vins. Ils ont l’opportunité de se faire, assez tôt, un avis sur le style général du millésime et des crus, en amont de la mise en marché des vins. Aussi, vous savez certainement que l’acte d’achat d’un vin, comme beaucoup d’autres « produits plaisirs », n’est pas uniquement lié à sa valorisation financière.

 

En matière d’engagement environnemental, l’UGCB va-t-elle imposer des certifications à ses membres (comme certaines interprofessions en France) ou proposer une charte de bonnes pratiques (comme celle du classement en 1855) ?

Les statuts de notre association imposent à nos membres de développer une éthique conforme à la qualité. A l’UGCB, ce sont nos producteurs qui conviennent collectivement des pratiques environnementales vers lesquelles tendre, et celles à proscrire, autour de notre Charte Etiq’Union. En termes d’engagement environnemental propre aux actions de l’UGCB, nous compensons les émissions de CO2liées à nos déplacements en avion, grâce à notre partenariat avec AIR France. Cela se concrétise par des replantations forestières.

 

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