LE FIL

Forum de Davos

Sommet décisif pour enrayer les surtaxes américaines sur les vins français

Mardi 21 janvier 2020 par Alexandre Abellan

Se tenant en Suisse, les rencontres du forum économique mondial se tiennent du 21 au 24 janvier 2020.
Se tenant en Suisse, les rencontres du forum économique mondial se tiennent du 21 au 24 janvier 2020. - crédit photo : World Economic Forum (vue aérienne de Davos)
Si un lobby du vin existe bien en France, c’est maintenant qu’il veut prouver sa force en forçant le gouvernement à prendre sa défense lors du forum mondial économique. Alors que la mobilisation est forte, des signes d'apaisement sont affichés.

Ce 22 janvier, à l’occasion du forum international de Davos, le ministère français de l’Économie, le Commissaire Européen au commerce et le secrétaire américain au Trésor doivent se rencontrer pour trouver un accord de sortie aux menaces de taxations américaines qui visent les vins et spiritueux français Ces tarifs punitifs allant de +25 % de droits de douane sur les vins effervescents, en rétorsion de la taxation des activités numérique dite taxe GAFA, pour Google, Amazon, Facebook et Apple), jusqu'à +100 % de taxes sur les vins et spiritueux, pour sanctionner les subventions européennes à Airbus (mesures autorisées par l’Organisation Mondiale du Commerce).

"Bon accord"

Alors que les menaces s'amoncelaient, un signal d'apaisement vient d'être envoyé par les présidents américain et français, Donald Trump et Emmanuel Macron. Ce dernier indique sur Twitter avoir eu une « excellente discussion avec Donald Trump sur la fiscalité du numérique. Nous allons travailler ensemble sur un bon accord pour éviter toute escalade des tarifs ». Une perspective qualitiée d'« excellente »par le président américain. Cette bonne volonté affichée répond, en partie, à l'inquiétude qui mobilise tous les échelons de la filière française du vin ces dernières semaines. Depuis ce début d'année, des opérateurs de tout horizon lancent des initiatives pour éviter que ne soient mises à exécution de nouvelles taxes punitives.

Alors que les premières conséquences de la hausse en octobre dernier de 25 % des droits douaniers sur les expéditions de vins tranquilles commencent à être chiffrées, les pressions se multiplient pour ne pas aggraver une situation explosive. Ces dernières semaines, la mobilisation va du Comité Européen des entreprises du vin et le Wine Institute, qui demandent conjointement le retrait de toutes taxes, au site de vente en ligne IDealWine qui lance une pétition, en passant par des courriers bilingues proposés par des importateurs américains à leurs clients… A la veille du sommet de Davos, la mobilisation ne désemplit pas, affirmant son poids économique et politique.

Mobilisation territoriale

Ce 20 janvier, « à quelques jours des discussions cruciales au sommet de Davos, les Vignerons et Maisons de Champagne interpellent le Président de la République et la Commission Européenne et les pressent de tout faire pour dissuader le gouvernement américain de s’acharner de nouveau sur les vins français et européens, en appliquant cette fois une taxe sur les vins mousseux en représailles de la mise en place, par la France, de la taxe sur les entreprises du numérique » résume un communiqué commun du Syndicat Général des Vignerons de Champagne et l’Union des Maisons de Champagne.

« Nous n’accepterons pas d’être pris en otage dans des conflits dont nous ne sommes pas à l’origine et qui ne nous concernent pas » ne démordent pas les deux organisations champenoises, qui demandent la mobilisation de tous les élus pour soutenir l’ensemble de la filière vin.

"Lanceur d’alerte"

Les mêmes causes produisant les mêmes effet, le maire de Bordeaux, Nicolas Florian, appelle justement ce 20 janvier à la création d’une association des maires de communes viticoles. Devant encore réaliser un recensement des maires intéressés (ce qu'il reconnait être délicat en période électorale*), l’édile girondin souhaite se poser en « lanceur d’alerte sur le péril qui guette nos terroirs viticoles. Le gouvernement a conscience des conséquences pour la filière, il doit la défendre politiquement et diplomatiquement. »

Sans demander, comme certains représentants du vignoble, un retrait de la taxe GAFA, Nicolas Florian souhaite mobiliser les forces locales pour leur donner de la visibilité : « j’entends les enjeux stratégiques sur l’aéronautique et géopolitiques sur le numérique, mais il y a urgence à préserver nos territoires de conséquences graves. » Le ton est grave, l'heure aussi. La filière vin va continuer de s'activer pour ne pas subir de nouvelles taxations punitives. Si la perspective d'une hausse américaine de 25 % des droits sur les vins en rétorsion de la taxe GAFA semble s'éloigner, le risque existe toujours pour l'augmentation de 100 % des taxes dans le dossier Airbus. Les deux volets étant dissociés par l'administration américaine. Comme en témoigne l'annonce l'été dernier du président Donald Trump de ne finalement pas taxer les vins et de privilégier accord sur la taxation numérique, ce qui n'a pas empêché la taxe punitive du 18 octobre suivant contre les subventions Airbus. Pour ce dossier, le second volet de sanctions pourrait être mis en place ce 18 février (quatre mois après la première salve).

 

* : Cette initiative tombe en effet en pleine campagne des municipales (15-22 mars prochains).


 

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