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La cave de Puisseguin-Lussac assume ses vins piqués

Vendredi 08 novembre 2019 par Alexandre Abellan

« Je tiens à prendre les devants face aux rumeurs, pour assumer les erreurs et les dire » clame Thomas Sidky.
« Je tiens à prendre les devants face aux rumeurs, pour assumer les erreurs et les dire » clame Thomas Sidky. - crédit photo : VPLSE
Dépassant les limites réglementaires en acidité volatile, des lots de la coopérative de la rive droite ont été détruits, il y a déjà trois ans, après un contrôle dont l’instruction judiciaire est en cours. La cave prend les devants pour préserver son image.

Sous le coup d'une information judiciaire sur ses pratiques, les Vignerons de Puisseguin Lussac Saint-Émilion (VPLSE) ne se défaussent pas. « Dans l’intérêt de notre cave et de nos appellations, nous avons la volonté, avec mon conseil d’administration, d’être proactifs. Nous prenons acte [des conclusions de la Direccte] concernant les volumes de vins aux acidités volatiles trop élevées et les incohérences dans le suivi de la traçabilité. Depuis, toutes les actions correctives ont été mises en place pour nous redonner de l’élan » pose Thomas Sidky, le président des VPLSE (170 adhérents pour 1 000 hectares de vignes représentant 40 % de l’appellation Lussac et 20 % de l’AOC Puisseguin).

À la suite d’un contrôle des services la Direccte en octobre 2016, les taux d’acidité volatile de plusieurs lots conservés en cage ont été mesurés supérieurs à la limite européenne de 0,98 g/l H2SO4 : les rendant impropre à la production de vin (y compris en assemblage). Ne souhaitant pas communiquer de chiffres pendant l’enquête, la cave reconnaît que des milliers d’hectolitres de vins rouges dans ses diverses appellations* se sont révélés corrompus par la piqûre acétique. « Ces volumes ont été détruits dès le lendemain à la distillerie » rapporte Thomas Sidky. Qui ne commente pas l’origine de ces piqûres acétiques.

"Pas de volonté de vendre ces lots"

En cours d’information judiciaire au tribunal de grande instance de Libourne, le dossier pose la question de la destination de ces lots anciens, revendiqués dans les millésimes 2012 à 2015. À l’époque du contrôle, en 2016, « j’étais stagiaire au Conseil d’Administration [de la cave coopérative] » se souvient Thomas Sidky, qui a « constaté qu’il n’y avait pas la volonté de vendre ces lots qui étaient présents depuis longtemps. Les acteurs concernés répondront devant la justice. »

Relance

En matière de trésorerie, l’impact de ces destructions a été direct pour VPLSE. D’autant plus que des lots ont été isolés et bloqués par suite des non-conformités pointées par le Direccte en matière de traçabilité. Ne souhaitant pas donner plus d’éléments sur le sujet, Thomas Sidky appuie sa volonté de redynamiser la cave coopérative de Lussac-Puisseguin. Un nouveau maître de chai est arrivé pour les dernières vendanges, l’équipe commerciale a été redéployée à l’export, de nouvelles gammes sont en développement… Et les adhérents vont prochainement être sollicités pour changer le nom de VPLSE.

L’enquête en cours est une épée de Damoclès que Thomas Sidky souhaite rapidement laisser derrière lui : « notre plus gros problème concerne la succession de trois petites récoltes et le très calme rythme de commercialisation des vins de Bordeaux. Ça tire pour les avances aux adhérents, il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps. »

 

 

* : La cave coopérative est présente sur les appellations de Lussac Saint-Emilion, Puisseguin Saint-Emilion, Montagne Saint-Emilion, Côtes de Bordeaux, Bordeaux Supérieur et Bordeaux.

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