LE FIL

Vendanges 2019

Débat rendement mené par la crise commerciale à Bordeaux

Lundi 23 septembre 2019 par Alexandre Abellan

Au cœur des interrogations, le niveau de production bordelais est mesuré à l'aune d’une conjoncture économique se dégradant.
Au cœur des interrogations, le niveau de production bordelais est mesuré à l'aune d’une conjoncture économique se dégradant. - crédit photo : Détail de La vendimia ou El otoño de Francisco de Goya (1786, musée du Prado)
Face aux obstacles économiques menaçants les vins rouges bordelais, tous les outils de réduction de la production sont posés sur la table des débats entre vignoble et négoce.

Temps changeant, passant de l’été ensoleillé à l’automne pluvieux sur le vignoble bordelais pour lancer les vendanges de raisins rouges. Tempête agitée à très agitée sous les crânes des responsables de la filière girondine pour en calibrer les rendements et espérer maintenir les cours. Si en apparence les plafonds de productions actuellement envisagés pour le millésime 2019 sont globalement identiques à ceux de 2018, les réflexions sont bouillonnantes entre vignerons et négociants dans les coulisses.

 « Il est normal en situation de crise d’avoir des propositions différentes de celles habituelles. Là le front est radicalement inversé entre le vignoble et le négoce » résume, pince sans rire, un vigneron bordelais. D’après les informations de Vitisphere, certains rendements 2019 proposés par la viticulture (portées par la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, FGVB), n’ont pas été validés cette fin d’été par les négociants (réunis au sein de la Fédération des Négociants de Bordeaux et Libourne, Bordeaux Négoce), un manque d’accord causant une absence d’avis de l’interprofession (le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, CIVB). Ce qui n’a pas empêché la validation de ces premières propositions, ce mois de septembre (au sein de comités de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité, l’INAO).

Réduire la production selon la capacité de commercialisation

Si la FGVB, Bordeaux Négoce et le CIVB ne souhaitent pas commenter le sujet, des sources concordantes rapportent que le négoce proposait de baisser les rendements des appellations Bordeaux, Côtes de Bordeaux et Médoc. Les metteurs en marché les considérant trop élevés par rapport à leurs capacités actuelles de commercialisations. Ce débat économique est amené à continuer, les rendements autorisés et les Volumes Complémentaires Individuels (VCI) devant être réajustés à la fin des vendanges, selon la réalité agronomique, pour être définitivement validés courant novembre par l’INAO.

"Vraie détresse"

Mises en ligne sur le site de la FGVB, les propositions de rendements font déjà râler dans le vignoble. « Il n’est pas cohérent d’avoir des rendements plus restrictifs en AOC Bordeaux Supérieur ou Côte de Bordeaux [NDLA : 48 et 55 hl/ha, similaires à l’an passé] qu’en appellation de grands crus classés [57 hl/ha dans les communales médocaines] ! » s’exaspère ainsi un vigneron de la rive droite. Un ressenti à tempérer souligne un élu de la FGVB, « les rendements autorisés sont des plafonds très relatifs par rapport à ceux constatés… De mémoire, ces niveaux n’ont jamais été atteints dans les communales. » Ce vigneron de la rive gauche reconnaissant « une vraie détresse dans la filière. Alors qu’il y a un manque de vision et de perspective dans les instances. C’est terrible, on aimerait tous produire plus pour des raisons financières, mais l’écueil est commercial. »

Nouvelle chute des cours

Mis à mal par la baisse globale de leurs commercialisations en France et à l’export, les vins de Bordeaux voient leur offre se désorganiser, tous ses opérateurs cherchant de la trésorerie. Dans ce contexte explosif, les organisations professionnelles cherchent des solutions pour maintenir les cours, qui affichent une nouvelle tendance baissière cette rentrée. D’après les relevés des courtiers bordelais, le prix moyen du bordeaux rouge 2018 est tombé à 1 041 euros/tonneau du 9 au 13 septembre (avec 33 transactions pour 8 793 hectolitres). Cette cotation note que si 39 % des volumes ont été négociés au-dessus de 1 200 €/tonneau, autant ont été vendus en dessous 900 €/tonneau*. Alors que des vins de la récolte 2018 pèsent encore sur les chais, cette tendance confirme les inquiétudes qui secouent la filière girondine.

"Réserve interprofessionnelle"

Dans cette situation de crise, « il n’y pas de tensions entre les familles du négoce et du vignoble. Nous sommes tous dans une réflexion stratégique pour trouver les bons leviers. Cela peut passer les rendements, mais aussi l’accentuation de la promotion… » note un courtier bordelais. Une autre solution est actuellement à l’étude : la réserve interprofessionnelle, qui permettrait de bloquer temporairement des vins pour alléger le marché. « L’idée de la réserve interprofessionnelle est mise sur la table, pour ne pas être passif. Mais rien n’est décidé, le niveau de récolte va conditionner sa pertinence » explique un élu de la FGVB. Les tempêtes sous les crânes devraient encore durer cette fin d’année, été indien ou pas.

 

* : Ayant frappé les esprits lors de la dernière campagne, les transactions de vins en vrac en dessous de 1 000 €/tonneau n’ont compté que pour 3 % des volumes de Bordeaux 2018 enregistrés par le CIVB. Le prix moyen se fixant à 1 261 €/tonneau sur les douze mois d’échanges (avec 546 762 hectolitres). Mais cette part a cru sur les trois derniers mois de la campagne, montant à 13 % des transactions enregistrées (pour 130 812 hl).

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VOS RÉACTIONS
Erreur de volume Le 01 octobre 2019 à 15:35:56
Un tonneau c'est 900 litres 47 Hl/ ha = 5.22 tonneau/ha soit 4698 euros/ha. De quoi pleurer effectivement.
Norbert Le 27 septembre 2019 à 19:01:29
On dirait qu'aucun des intervenants de ce débat n'a entendu parler d'un droit de la concurrence qui réprime (sévèrement) des ententes illicites. En principe, on peut éventuellement fixer un rendement maximum pour garantir une qualité pour des vins sous indication géographique, mais pas pour garantir un prix ou des débouchés...
HC Le 27 septembre 2019 à 16:09:53
euh...éclairez moi....900 euros la barrique de 220 litres soit 409 euros l'hectolitre multiplié par 47 hectolitres (rendement mini) cela donne : 19223 euros de revenus brut par hectare ! Allez encore pleurer pauvres vignerons !
AV Le 26 septembre 2019 à 16:29:00
mais non, c'est la faute des vendeurs.... (IRONIE)
Dominique Le 24 septembre 2019 à 18:18:59
Ainsi donc la crise commerciale des Bordeaux finit par éclater au grand jour. Elle avait été délibérément occultée par les « autorités », malgré les chiffres mêmes de l'interprofession qui parlaient tous seuls. Mais quiconque voulait en parler était accusé d'alimenter la crise, voire de provoquer une crise qui n'existait pas. Les vignerons aux prises avec des situations financières dramatiques sont implicitement renvoyés à de supposées insuffisances personnelles. Après avoir repoussé le réel, le voilà donc qui revient au galop. L'unité de façade commence à se lézarder et les rats à quitter le navire. Comment interpréter autrement le lancement de la marque Tutiac, où Bordeaux est explicitement mis en arrière-plan ? Tout comme des vins de marque associés à des châteaux renommés. Quand le paquebot coule, c'est la ruée vers les chaloupes. Chacun se demande alors à quoi sert le lourd et coûteux édifice institutionnel bordelais quand on en est rendu à des cours à 900 euros le tonneau ( voire moins... ) sur du Bordeaux . Malheureusement, les hommes et la pensée chargés d'élaborer des solutions sont ceux qui sont à la manœuvre depuis longtemps. Quelles idées nouvelles pourraient donc bien sortir de cerveaux aussi formatés ? Les responsables du désastre en charge du redressement : attention à ne pas nous rejouer le sketch de Cahuzac nommé à la lutte contre la fraude fiscale !
Gael Le 23 septembre 2019 à 13:11:26
Je pense que les Bordelais devraient revoir le.style.de leurs vins ainsi que le marketing et le packaging de leurs bouteilles. Les vins sont trop austère avec un élevage sous.bois pas toujours bien maîtriser. Il faut produire des vins plus souple, moins tannique, plus frais et velouté. Il faut revoir l'habillage avec des bouteilles plus modernes. Il ne faut plus communiquer sur le côté Bourgeois du bordeaux. La baisse des rendements ne changera rien, elle va affaiblir davantage les exploitations. Bonne réflexion à tous les vignerons Bordelais dans cette crise structurelle.
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