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Ingrédients et nutrition

Bruxelles étudie l'étiquetage, la filière vin s'impatiente

Vendredi 22 juin 2018 par Alexandre Abellan

e manque que la filière cidricole pour représenter l’ensemble des filières de boissons alcoolisées européennes autour de João Onofre (deuxième à gauche), entre Pierre-Olivier Bergeron pour les bières (à gauche), Bernard Farges pour les vins (deuxième à droite) et Lionel Lalagüe pour les spiritueux (à droite).e manque que la filière cidricole pour représenter l’ensemble des filières de boissons alcoolisées européennes autour de João Onofre (deuxième à gauche), entre Pierre-Olivier Bergeron pour les bières (à gauche), Bernard Farges pour les vins (deuxième à droite) et Lionel Lalagüe pour les spiritueux (à droite). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Dans l’attente des commentaires de la Commission Européenne sur sa proposition d’autorégulation, le vignoble craint des initiatives nationales fragmentant le marché communautaire.

« À notre niveau, il faut faire la quadrature du cercle entre les spécificités de chaque filière. On ne peut pas espérer régler en trois mois des débats qui n’ont pas eu lieu en quarante ans » explique João Onofre, le chef d’unité vin et spiritueux de la Commission Européenne (DG AGRI), participant ce 21 juin à une table ronde sur l’étiquetage à l’Institut National de la Recherche Agronomique de Bordeaux (INRA).

Le représentant de Bruxelles indiquant élégamment que la Commission n’a pas arrêté d’avis sur le mécanisme d’autorégulation de l’étiquetage proposé par les boissons alcoolisées en mars dernier. Les producteurs de vins, bières, cidres et spiritueux répondant à la demande de la Commission, qui a décidé d’en finir avec l’exemption dont ils bénéficient depuis 1979.

Prendre patience

Malgré les demandes pressantes des chercheurs de l’Institut Supérieur de la Vigne et du Vin (ISVV) et des membres du cluster Innovin, João Onofre n’a pas donné de dates. Tout juste s’est-il contenté de faire passer quelques messages. Comme sa préférence pour des dispositions communes à toutes les filières, sans mise en place de particularités ad hoc (ce qui pose toujours pour les boissons alcoolisées la question des volumes de référence, les 100 ml n’étant pas standards pour le vin, la bière ou les spiritueux).

Le chef d’unité a également glissé qu’il serait impossible d’intégrer dans un texte européen le principe d’étiquetage à distance. Les filières européennes proposant que la bouteille affiche à l’avenir un QR Code donnant accès, grâce à un smartphone, aux informations sur les calories et les ingrédients. Ce principe « off label » serait impossible à intégrer en l’état, car le règlement européen de base date de 2011 et n’avait pas anticipé le développement numérique des téléphones portables.

"Outil moderne"

« Nous avons proposé un texte crédible pour la Commission et supportable pour le monde des boissons alcoolisées » répond Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des Vins et Eaux-de-vie AOC (CNAOC). Pour le vigneron bordelais, « le pire pour nous serait un refus, avec un étiquetage obligatoire des informations nutritionnelles et des ingrédients sur nos bouteilles. Tous les opérateurs ne pourront pas y répondre, alors qu’avec l’outil moderne de plateforme commune, on pourra tous arriver à informer. »

Reconnaissant que le sujet de l’étiquetage était loin d’être une priorité pour les filières européennes, Bernard Farges confirme qu’avancer sur le dossier pour le clore est désormais une priorité. Car avec le recul, « c’était une erreur de chercher cette exemption. À force de contourner la réglementation, les secteurs se sont exposé » analyse Pierre-Olivier Bergeron, le secrétaire général des brasseurs européens.

Fragmentation communautaire

Pour les boissons alcoolisées européennes, il faut désormais éviter la mise en place de réglementations plus sévères par des États membres, comblant le vide communautaire. En la matière, les initiatives irlandaises et écossaises sont vues comme un signal inquiétant. « Le sujet du marché unique pose un vrai débat. Il faut éviter des barrières et dispositions spécifiques dans l’union européenne » estime Lionel Lalagüe, le directeur de l’accès aux marchés du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC).

Cette table ronde témoigne également de l’acceptation par les boissons alcoolisées des aspirations à la transparence des consommateurs. « La majorité des consommateurs ne comprend pas pourquoi les boissons alcoolisées sont exemptées de la norme d’affichage nutritionnel » explique Pierre Combris, chercheur à l’INRA-Paris, soulignant la légitimité de cette demande. La question de la pertinence et de l’utilité de ces données ne se posant plus, leur mise à disposition étant une revendication actée. Ne reste plus qu’à formaliser les nouvelles modalités d’étiquetage des boissons alcoolisées. « L’étude politique du dossier devrait avoir lieu plus tôt que tard » esquisse, tout en retenue, João Onofre.

Le point de vue de l’œnologue napolitain

« L’étiquetage n’est pas un enjeu technique, c’est un problème sociologique et politique » pose Luigi Moio, chercheur à l’université de Naples et partageant ses réflexions sur le sujet en tant qu’œnologue.

Pour lui, le sujet des ingrédients est techniquement simple : « il y a peu d’additifs dans le vin au final ». Comptabilisant quatre acides (citrique, lactique, malique et tartrique), quatre agents stabilisants (acide métatartrique, carboxuméthylcellulose sodique, gomme arabique et mannoprotéines de levures), trois agents de conservation (acide ascorbique, sorbate et sulfites), un gaz (carbonique) et un antioxydant (glutathion), l’expert estime que « dans la majorité des cas, on peut arriver comme ingrédients à raisins et sulfites ». Pour lui, la plupart des additifs peuvent être remplacés par procédures physiques : l’acidité peut être modifiée avec des résines, la stabulation à froid permet la stabilisation tartrique, la filtration purifie le milieu, la concentration des moûts évite la chaptalisation…

Concernant les données nutritionnelles, Luigi Moio est plus circonspect. « En communiquant sur l’absence de lipides, d’acide gras saturé, de sel, de cholestérol… Le problème, c’est de faire passer au second plan l’alcool. Le degré alcoolique est l’information la plus importante, c’est ce qui est le plus toxique » alerte-t-il.
 

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