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Cognac

Hennessy espère 2 000 hectares/an de nouvelles plantations

Jeudi 19 octobre 2017 par Alexandre Abellan

« Manquer de stock, ce n’est pas un mauvais problème à avoir. On le connaît bien à LVMH pour d’autres entreprises » relève, pince-sans-rire, Bernard Arnault.
« Manquer de stock, ce n’est pas un mauvais problème à avoir. On le connaît bien à LVMH pour d’autres entreprises » relève, pince-sans-rire, Bernard Arnault. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Gage de la confiance de la première maison charentaise dans le potentiel de développement de ses marchés, l’inauguration de son nouvel appareil de conditionnement doit rassurer les viticulteurs. Autant que les pousser à accélérer le mouvement des plantations.

Inaugurée ce 18 octobre, la première ligne de conditionnement à grande cadence du nouvel outil de production de la maison Hennessy peut conditionner jusqu’à 240 000 bouteilles par jour. De quoi assurer une production annuelle de 2 millions de caisses de cognacs. Après deux ans de travaux et 100 millions d’euros investis sur le « Pont Neuf » de la zone d’activités de Salles d’Angles (Charente), ce lancement en grande pompe n’est pourtant qu’une étape pour le premier opérateur de Cognac. Représentant la moitié des volumes charentais (voir encadré), la filiale du groupe LVMH annonce passer en 2018 le cap des 8 millions de caisses de cognacs vendues (soit 96 millions de bouteilles de 70 centilitres). Quand Hennessy a commercialisé 7 millions de caisses en 2016 (soit 84 millions de cols), et vise toujours 10 millions de caisses (soit 120 millions de cols).

Pour soutenir cette ambition, le site de Pont Neuf doit dès la fin 2018 accueillir une deuxième ligne d’embouteillage afin de doubler sa capacité de production. Sachant qu’à terme, le site de 32 hectares doit accueillir un hall de conditionnement identique à l’existant, afin d’implanter deux nouvelles lignes de conditionnement. Ce qui porterait la capacité de production de ce seul site à 8 millions de caisses. Sans compter les volumes déjà produits par le site existant de la Vigerie. Mais au-delà du développement de son outil industriel pour accompagner ses marchés export (États-Unis et Chine en tête), Hennessy compte bien entraîner une augmentation de son approvisionnement en eaux-de-vie en poussant à de nouvelles plantations de vignes.

Manque de VS

Visitant pour la deuxième fois les établissements Hennessy à l’occasion de cette inauguration, Bernard Arnault, le PDG du groupe LVMH, se souvient très bien de sa première venue. Il y a 25 ans, il lançait en effet les ateliers d’embouteillage de la Vigerie. « Il y a un petit problème à Cognac, on me dit toujours que c’est trop petit. Qu’on va à peine faire face à la demande de VS, dont les stocks sont très bas sur certains marchés » souligne la première fortune française. Face au nouveau mix des qualités de cognacs, Bernard Arnault se veut pourtant confiant : « je suis sûr qu’avec tous nos partenaires locaux on va trouver une solution pour augmenter la capacité ».

Sachant que la filière charentaise vient de demander l’autorisation de planter 1 600 nouveaux hectares de vigne (par rapport à 800 ha de 2016 et 250 ha en 2015), « nous sommes déjà sur un mouvement de confiance » analyse Bernard Peillon, le président de la maison Hennessy. Pour le négociant, Cognac « a une capacité à aller beaucoup plus loin. Elle a connu une période où le vignoble était à 100 000 hectares. Aujourd’hui nous sommes à 75 000 ha. Il y a un réel potentiel de croissance, pour autant que les marchés mondiaux et la marque Hennessy soient en bonne santé. » Après des années passées à rassurer la production, Bernard Peillon confie qu’« idéalement, il faudrait que Cognac puisse planter 2 000 hectares par an » en 2018, 2019 et 2020. Cet objectif d’augmenter de 6 000 ha le vignoble de Cognac en trois ans (soit +8 % de surface), devrait être au cœur des demandes du négoce lors des prochaines négociations du Business Plan qui va être prochainement fixé par le Bureau National Interprofessionnel du Cognac*.

"Ce n’est pas à Hennessy de nous dire ce qu’il faut planter"

« Ce n’est pas à Hennessy de nous dire ce qu’il faut planter… Bien sûr il faut qu’ils remplissent leurs bouteilles, mais il ne faut pas risquer de faire n’importe quoi » pondère Christophe Véral, le président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC Cognac (UGVC). Référent du Business Plan au Bureau National Interprofessionnel du Cognac*, le vigneron était présent à l’inauguration et ne cachait pas sa satisfaction face à cet investissement. « Ici, on ne peut que croire aux développements des marchés ! Il y a encore des craintes, mais la viticulture croit dans la force de son négoce » souligne Christophe Véral, précisant que « le vignoble est bien conscient qu’il faut s’agrandir. Pour chaque bouteille de VS vendue sur un nouveau marché, il faut avoir planté une vigne au moins six ans avant. Depuis dix ans, la viticulture ne s’est pas trompée, nous restons en marche. »

« Il faut être extrêmement prudent. La génération qui est passée à 100 000 hectares en est encore endolorie. Nous avons confiance dans la capacité de développement du vignoble charentais » conclut Bernard Peillon. Pour preuve, la maison Hennessy prépare une nouvelle série d’investissements dans son outil de production. Ne serait-ce que dans ses chais de Bas Bagnolet, avec l’achat de 42 hectares pour doubler les capacités d’élevage et de stockage. Avec les travaux de Pont Neuf, la filiale LVMH compte investir 280 millions d’euros dans son outil de production. De quoi assurer un niveau d’ambition toujours croissant pour ses commercialisations.

 

* : aux côtés de Yann Fillioux pour le négoce (l’ancien maître de chai de Hennessy quittant ses fonctions à l’interprofession dès la prochaine mandature, ce 14 novembre).
 

 

Conçu par l’architecte Jean-Marc Sandrolini et baptisé Pont Neuf, le bâtiment de 24 000 mètres carrés est « toute en légèreté et luminosité. Somme toute pensé comme une salle d’embarquement pour les pays lointains dont nous sommes familiers » rapporte Bernard Peillon. Photos : LVMH/Jean-Philippe Caulliez
 

Chiffres clés

Si la répartition des ventes par marchés des cognacs Hennessy tient toujours du secret d’État, le négociant a fait un point inhabituel sur ses chiffres clés. Le premier opérateur de Cognac recense ainsi 1 600 viticulteurs partenaires pour 30 000 hectares de vigne. Soit 40 % de la surface charentaise.

Avec 99 % de sa production exportée dans 130 pays, Hennessy a commercialisé 84 millions de bouteilles en 2016. Soit quatre fois plus que son premier concurrent (la maison Martell, du groupe Pernod-Ricard, pour ne pas la nommer).

La ligne d'embouteillage de Pont Neuf peut traiter 15 000 bouteilles par heure (et pourrait monter jusqu'à 20 000 cols/h). Photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)

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