LE FIL

Dépérissement du vignoble

2017, millésime d'escalade de l'esca

Lundi 18 septembre 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 29/09/2017 14:04:40

Particulièrement forts cette année, les symptômes foliaires de l’esca s’accompagnent de maturités défaillantes des raisins. Souvent trop acides pour être ramassés.
Particulièrement forts cette année, les symptômes foliaires de l’esca s’accompagnent de maturités défaillantes des raisins. Souvent trop acides pour être ramassés. - crédit photo : Archives INRA
Après le gel, ce sont les maladies du bois qui tombent sur le vignoble national. Les feuilles tigrées irradient les vendanges, annonçant un dépérissement d’ampleur.

Le constat est unanime parmi les techniciens de la vigne : la pression sanitaire est globalement restée faible sur la saison 2017. Mais ce soulagement n’aura été que passager. Alors que la pourriture grise se développe, après les pluies de la rentrée, l’expression forte de l’esca alarme dans de nombreux vignobles. Actuellement, le seul chiffre disponible concerne Cognac. Lors de la véraison, l’interprofession a estimé que 10,3 % des pieds analysés exprimaient des symptômes d’esca*. Ce qui fait de 2017 la deuxième plus forte année d’expression depuis les premiers comptages de 2001 (en deçà des 12 % de 2012).

Si les chiffres attestent de l’importance de la contamination, leur explication est bien plus délicate. « L’esca n’est pas une maladie, c’est un symptôme. Qui est en partie dû à la météo, aux champignons, à l’état de la plante… », esquisse Gérald Ferrari, directeur adjoint de la Station Viticole charentaise. « À part dire qu’en 2017 les conditions extrêmes ont sensibilisé la plante » indique-t-il, le technicien est bien désemparé pour expliquer cette explosion ressentie dans le reste du vignoble national.

Extraordinaire expression

Cette surexpression est aussi bien ressentie dans les vignes d’Alsace, que du Jura et de Bourgogne « plus sur chardonnay que sur pinot noir »,confirme Massimo Giudici, maître tailleur pour Simonit & Sirch. Son collègue Tommasso Martignon fait également état de symptômes hors de l’ordinaire sur le vignoble bordelais : « à Sauternes, c’est la première fois que l’on constate une forte expression d’esca sur certaines parcelles de sémillon blanc. Un cépage normalement résistant. »

En Loire, « le sauvignon blanc exprime beaucoup la maladie cette année. Même les cépages plus résistants comme le pinot extériorisent beaucoup plus » renchérit François Dal, conseiller viticole au Service Interprofessionnel de Conseil Agronomique, de Vinification et d'Analyses du Centre (SICAVAC). Référence en la matière, le technicien de Sancerre glisse qu’il n’avait jamais vu une telle expression de sa carrière (sauf sur les vignobles adaptant leurs pratiques, voir encadré).

Irrégularité des apports d’eau

« Ces symptômes en hausse ne se trouvent pas sur tous les vignobles » pondère le chercheur nîmois Philippe Larignon (Institut Français de la Vigne et du Vin). L’expert a ainsi constaté une baisse des symptômes sur des parcelles de Bourgogne et du Sud-Est. Prenant également des pincettes, le chercheur bordelais Pascal Lecomte (Institut National de la Recherche Agronomique) confirme une expression forte. Tout en avançant quelques hypothèses pour expliquer cette année atypique. Selon lui, l’irrégularité des apports en eau pourrait expliquer cette explosion de l’esca.

« Les expressions sont souvent supérieures sur des parcelles très humides au printemps et sèches l’été. La contrainte hydrique forte semble être une condition favorisant l’expression sur les pieds infectés, l’hypothèse étant confirmée par des dysfonctionnements vasculaires » esquisse Pascal Lecomte. « Quand il y a le plus d’esca, c’est en général après un printemps poussant suivi d’un coup de sec » confirme François Dal.

"Ça ne passera pas cette année"

Assailli de coups de fil provenant de toute la France, François Dal témoigne du désarroi autant de l’angoisse qui étreint le vignoble. À l’heure de petites vendanges marquées par le gel, les pertes supplémentaires de rendement affectent d’autant plus qu’elles annoncent d’importants dépérissements. « Pour la première fois, des vignerons se rendent compte qu’ils ne pourront pas se contenter d’arracher et de complanter. Face à l’étendue de l’impact, ça ne passera pas cette année. À la fois en termes de temps de travail et de coûts » témoigne le technicien de Sancerre. Ces sollicitations sont également ressenties par Tommasso Martignon, qui estime que « pour ceux voulant agir, il y a moyen de conserver le système racinaire avec un regreffage, un curetage classique, un curetage avec recépage… »

L’évolution des pratiques viticoles est impérative pour Pascal Lecomte. Selon lui, l’esca tient de la « maladie sanction ». Une forme de punition « par rapport aux soins qu’il faudrait apporter à la vigne, une liane qui est conduite comme un arbuste » estime-t-il. Cette hausse généralisée des maladies du bois tient pour lui à trois causes : « la filière a sous-estimé les effets du changement climatique. Le bond de la demande mondiale de plants de vignes en 1995-2005 a conduit à une production et des plantations dans des conditions loin d’être idéales. Et la simplification à l’extrême des systèmes de taille a aggravé le tout. »

 

* : Et 5 % sont victimes d’eutypiose.
 

Différences de management

Toutes les parcelles ne sont pas égales face aux maladies du bois rapporte François Dal. « On se rend compte des différences entre vignerons. Pour ceux rigoureux, qui curettent, regreffent ou arrachent dès les premiers symptômes, il n’y a pas plus de symptômes que d’habitude en 2017. Ce qui n’est pas le cas pour ceux qui gardent des pieds légèrement malades en espérant qu’ils reprennent » rapporte le conseiller viticole de la SICAVAC.

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gallus vindex Le 28 septembre 2017 à 11:18:03
1. On constate en Côte d'Or une nette diminution des cas d'esca. La cause: enlèvement et destruction rapide des bois affectés. 2. Bien evidemment, les printemps humides, suivis d'étés chauds ne sont pas la cause de l'infection d'un pied mais seulement les circonstances favorisant la déclaration d'esca (et la mort du pied). Le temps d'incubation est normalement très long et de plusieurs années. 3. L'arsenite de soude ayant été interdit comme rémède (à fort juste tître), le seul moyen efficace pour éviter d'infections nouvelles, c'est effectuer la taille quand la sève monte. Bien sûr, c'st faisable uniquement pour les petites exploitations, voire pour les exploitations disposant des moyens humains et financiers de faire tailler des superficies en vignes importantes.
patrick Le 27 septembre 2017 à 20:00:02
Eh oui cette année des vignes de moins de 20 ans sur des sols secs on est encore a + de 10pour cent !!Désolant et desarmant Ou est la recherche?
craoux Le 22 septembre 2017 à 12:23:26
Bien vu Robert G ... le retrait de ce produit n'a pas été décidé en 2001 sous la pression des "écolos" ! Je rappelle que la MSA notamment est intervenue pour que soit pris en compte les problèmes de santé des viticulteurs. Quant au commentaire de "titi", j'ose espérer qu'il est l'expression d'une "race" de producteurs en voie d'extinction. Peut-on construire avec de tels propos ?
Robert G Le 22 septembre 2017 à 10:13:46
Un instant les mecs avant de partir bille en tête: ce ne sont pas les écolos qui se sont réjoui les premiers de la sortie de cette saloperie d'arsenite, ce sont les applicateurs! Pas que les ouvriers, aussi les vignerons! Vous ne vous rappelez plus des malaises que vous éprouvez après un passage de cette cochonnerie? Bon débarras que ce soit interdit, en effet il n'y a pas eu de substituation et c'est une faute de la recherche, mais ce n'était plus tenable: il ne faut pas l'oublier!
Mathieu Le 22 septembre 2017 à 10:10:22
L'Esca est effectivement un très grave problème qui est en train de réduire fortement le vignoble. Sans solution, nous ne replantons pas car il vaut mieux investir sur d'autres cultures moins incertaines. Pourquoi ne pas autoriser des entreprises spécialisées à effectuer des traitements avec l'arsenite ? Quels sont les moyens mis dans la recherche ? Les aides FAM pour la reconversion, c'est bien, mais si le vignoble ne tient pas dernière, c'est de l'argent perdu... Une partie des aides FAM doit être allouée à lutte contre ce fléau. Existe-t-il de vraies études sur les modes de taille ? La taille mécanique ou bien la taille en haies apportent-elles de meilleurs résultats? Nous pouvons comparer ce phénomène au Phylloxéra du XVIII siècle. La piste du croisement des cépages Vinifera avec d'autres est-elle étudiée ? Une grande inquiétude plane sur le vignoble....
jaclin Le 21 septembre 2017 à 13:46:31
c'est les decideurs qui ont osés retirer les traitements à base d'arsenite de soude, ceux qui n'ont pas cherchés à mettre à disposition un produit de substitution, qui devraient passés en justice, certains viticulteurs ne vont pas pouvoir s'en sortir dans tous les sens du therme ! c'est bons "écolo" qui quand le cancer les rattrappent ne se contentent pas de prendrent une tisane , mais vont à la chimio et aux rayons comme tout un chacun, et nous fasse aux cancers de notre vignoble, nous n'avons rien pour la guérison ; que des techniciens corrompus par les decideurs qui ne payeront jamais la facture
titi Le 20 septembre 2017 à 18:57:46
il faut remettre l arsenite arreter de nous emmerder avec votre rechauffement climatique c toujours les memes qui trinques a la vitesse ou sa va dans 5 ans toutes les vignes sont mortes des plantes de 5 ans ont deja des mortalités et c pas les méthodes de tailles qui causes cela secouer vous le cul ou sa va pete
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