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Stratégie filière

Le Cniv et Jérôme Despey proposent leur plan d’action

Mardi 28 février 2017 par Marion Sepeau Ivaldi

Bernard Cazeneuve, premier ministre, accueilli par Jérôme Despey et Jean-Marie Barillère le 27 février sur le Pavillon des vins du Salon de l'agriculture.
Bernard Cazeneuve, premier ministre, accueilli par Jérôme Despey et Jean-Marie Barillère le 27 février sur le Pavillon des vins du Salon de l'agriculture. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
La concurrence espagnole, le décrochage des vins français sur les linéaires d’entrée de gamme, des résultats export qui vacillent : la filière française va bien mais redoute le pire. Sur le Pavillon des vins du salon de l’agriculture, le Cniv et Jérôme Despey détaillent leur plan d’action ce 27 février.

« Je ne considère pas que nous vivons une crise viticole » martèle Jérôme Despey, président du Comité vin de FranceAgriMer. Sur le Pavillon des vins, les visites d’hommes politiques s’enchaînent. Jean-Marie Barillère, président du Cniv et Jérôme Despey les reçoivent et distillent un message : la filière va bien mais des signaux économiques virent au orange. « Nous traversons une période de ralentissement des prix dans le Languedoc » rappelle Jérôme Despey. Par ailleurs, si l’export se porte toujours bien en valeur, les volumes sont en retrait chaque année un peu plus. Un indicateur qui montre que l’offre française ne sait pas répondre à toutes les attentes du marché mondial. Enfin, la hausse des importations espagnoles incise une douleur brûlante : la disparition de la France sur le créneau de l’entrée de gamme et le rétrécissement du débouché des IGP.

Comment réagir ? Il y a d’abord la question du linéaire vin dont l’achalandage irrite les producteurs : les bib sont notamment mélangés sans distinction de pays d'origine. « Je suis moi-même allé réaliser des relevés dans les rayons et j’ai pu discuter avec une consommatrice. Elle avait pris un cabernet sauvignon, persuadée qu’il était d’origine française. Ce n’était pas le cas » indique Jérôme Despey. Pour traiter de ce problème, les organisations représentant la production viticole ont suggéré à la Fédération du commerce et de la distribution de créer un groupe de travail permanent sur le linéaire vin, comme il en existe dans les autres filières agricoles. La grande distribution doit dire le 2 mars si elle accepte la constitution de ce groupe d’échange. Son objectif est de « discuter sur l’organisation du rayon vin et d’analyser des promotions vues sur les catalogues qui ne permettent pas aux viticulteurs de vivre ! » dénonce Jérôme Despey.

Afficher le made in France

Second axe d’actions : la promotion de l’origine France. « Nous devons pouvoir indiquer l’origine de notre matière première de manière claire. Je suis un ardent défenseur de la transparence de l’origine » martèle Jean-Marie Barillère, président du Cniv. Ainsi, les interprofessions recommandent que la notion France garantisse l’origine 100 % française des matières premières agroalimentaires, dans le respect des signes d’origine et de qualité. Concrètement, il s’agit de permettre à la signature nationale d’apparaître clairement sur les bouteilles de manière à bénéficier de l’image valorisante de l’Hexagone en France et dans le monde.

Troisième axe : agir pour préserver les marchés export. Entre le Brexit et le projet de Donald Trump d’augmenter de 20 % les taxes sur les produits entrants aux USA, les deux principaux marchés export de la France viticole risquent de vivre de sacrées turbulences. Pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, Jean-Marie Barillère souhaite élargir les marchés cibles en signant des accords internationaux de libre-échange, en Asie notamment (Chine, Japon, Inde). « Au Japon, le Chili devance désormais la France à la faveur d’accords commerciaux » rappelle-t-il, tout en déplorant la difficulté qu’a eu l’Union européenne à signer l’accord CETA. Le président du Cniv milite également pour qu’une transition de deux à trois ans soit aménagée dans le cadre des accords du Brexit pour permettre la signature d’un accord bilatéral avec le Royaume-Uni.

Co-responsabilité

« Si on est favorable à l’export, on doit également dire que les importations en France sont légales » poursuit Jean-Marie Barillère, sommant la filière de s’organiser pour répondre à la concurrence. Sur le sujet, « la production et le négoce sont co-responsables de ce qui se passe » entonnent d’une seule et même voix Jérôme Despey et Jean-Marie Barillère. Et c’est du côté du chiffre d’affaires par hectare que la filière doit porter son effort pour garantir un revenu décent aux producteurs tout en élargissant l'offre française sur des vins d'entrée de gamme. « Cela passe par des éléments techniques permettant la maîtrise des coûts de production : implantation de vignobles dans les régions les plus propices, choix de cépages les plus productifs, mécanisation, irrigation… » énonce Jérôme Despey.

Pouvoir enfin parler prix

Et cela passe également par une sécurisation de la relation commerciale entre le négoce et la production à travers les contrats. Sur ce point, Jean-Marie Barillère tente de saisir l’opportunité de la réflexion européenne en cours pour adapter les règles de la concurrence à l’agriculture. L’homme veut agir pour que les contrats commerciaux présentent des clauses qui jouent le rôle de garde-fou. Aujourd’hui, il est strictement interdit d’énoncer des prix directeurs afin d'éviter toute entente sur les prix. Lui voudrait que prix minimum et maximum puissent être abordés de manière interprofessionnel en toute légalité. Et d’insister fermement : « il est plus que nécessaire de protéger le monde de la production ».

Garantir la spécificité du vin

Enfin, les deux hommes défendent le souhait de voir se pérenniser une politique spécifique de l’OCM vitivinicole. Cette politique d’aide à l’investissement est, selon eux, la seule à assurer une efficacité pour le développement de la viticulture. Et Jérôme Despey de balayer l’idée d’aides à l’hectare, « je sais que certains le réclame mais l’aide à l’investissement permet d’assurer la compétitivité du vignoble ». En revanche, le Cniv souhaite une clarification des règles de distribution des aides, notamment pour l’aide à la promotion. Sur cette dernière, les interprofessions réclament que la promotion soit possible sur le marché intérieur, en particulier en ce qui concerne des études économiques et l’œnotourisme.

 

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