LE FIL

Transferts de plantation

Exaspéré, le vignoble charentais au bord de la crise de nerf

Jeudi 26 janvier 2017 par Alexandre Abellan

Alors que le vignoble charentais se flatte de lancer son référentiel pour le développement durable, les pratiques brutales d’arrachage de quelques viticulteurs charentais dans la vallée de la Loire font tâche. « Cognac, ce n’est pas ça » s’offusque le vigneron Christophe Veral.
Alors que le vignoble charentais se flatte de lancer son référentiel pour le développement durable, les pratiques brutales d’arrachage de quelques viticulteurs charentais dans la vallée de la Loire font tâche. « Cognac, ce n’est pas ça » s’offusque le vigneron Christophe Veral. - crédit photo : L'Hebdo de Sèvre et Maine
Ravivée par les dernières images d’arrachages sauvages en Muscadet, la colère gronde à Cognac, contre les viticulteurs ramenant, sans ménagement, des autorisations de plantation depuis d’autres vignobles.

Dans le vignoble français, « ce n’est pas dans les deux Charentes que cela pète le plus fort. Ce n’est pas le Languedoc ou le Roussillon ! Mais quand la colère vigneronne part… Elle est durable » prévient Alexandre Imbert, le directeur Union Générale des Viticulteurs de Cognac. Face à l’ampleur des transferts de droits de plantation (300 hectares contournant la stratégie de bassin pour 2016), il voit l’alambic de la patience charentaise s’approcher de l’ébullition. Avec comme nouveau coup de chaud, les images d’arrachages sauvages dans le Muscadet, diffusées dès la fin 2016 par l’Hebdo du Sèvre-et-Maine (et récemment reprises par les articles du Sud-Ouest et de la Charente Libre).

Réalisés par des viticulteurs charentais transférant ces hectares ligériens vers Cognac, ces chantiers n’ont manqué ni de brutalité, étant réalisés au bulldozer, ni de flammes, avec un feu de joie à l’huile de vidange (voir vidéo ci-dessous). Un mode opératoire dont la brutalité indigne et suscite une condamnation unanime. Et qui pourrait être l’étincelle embrasant le vignoble charentais crait-on à l’UGVC.

"Un trou dans la raquette"

La pression monte entre les viticulteurs charentais, alors qu’une vingtaine de producteurs indélicats rapatrient sans ménagement des hectares à planter. « Ce qui va se passer ensuite, personne ne va le gérer. Les transferts touchent à l’intégrité de nos productions, en faisant baisser les rendements de ceux qui jouent le jeu collectif » alerte le vigneron Christophe Veral, administrateur à l’UGVC. « Ce n’est pas au syndicat de faire le gendarme. Aujourd’hui, on ne peut se battre qu’avec des moyens légaux contre ses viticulteurs francs-tireurs » ajoute-t-il. Aujourd’hui, des demandes auprès du ministère de l’Agriculture sont posées avec l’interprofession de Cognac pour remettre en cause la légalité de ces transferts. Tandis que l’UGVC étudie la possibilité d’attaques en justice des délocalisations réalisées.

Des démarches qui vont prendre du temps pour résoudre le problème, comme le souligne Gaétan Bodin, le président de la commission viticole en Charente-Maritime des Jeunes Agriculteurs. Rappellant que les tensions se passent entre une majorité et une minorité de la filière charentaise, il reconnaît que « quand on apprend que telle personne vient de transférer 5, 10, 20 ou 50 hectares, c’est toujours énervant pour le voisin qui joue collectif ». Mais pour lui les actions préventives (comme le très remarqué trophée des « Vautours du Vignoble » l’été dernier) ont déjà permis de refroidir les ardeurs de certains : « ceux qui l’ont fait sont grillés. Ceux qui se posaient la question ont pris conscience qu’il ne valait mieux pas le faire. » Un nouveau coup de semonce a d'ailleurs été donné hier soir,  (voir encadré).

Le négoce fermement opposé

Pour Christophe Veral, il existe un autre levier : « il suffirait que le négoce prenne plus fortement position. Les viticulteurs ont décidé de planter cette année 800 hectares, ils ont besoin d’un message fort. Sinon les dés sont pipés » prévient-il, à l’heure des discussions sur la révision du Business Plan du vignoble charentais. Ayant déjà signé une lettre rejetant tout achat d’eaux-de-vie issues de transferts de droit, « notre position ne peut pas être plus claire et forte » s’étonne Patrice Pinet, le président du Syndicat des Maisons de Cognac. Estimant avoir fait sa part, il précise « ne pas tenir la main de chaque maison. S’il y en a qui ne jouent pas le jeu, qu’on nous le dise. Que les viticulteurs balaient devant leur porte. Ce ne sont pas des négociants qui plantent… »

 

"Ici niche un vautour"

Malgré le trophée des vautours, "quelques individualistes continuent leur ouvrage, transférant les droits de plantation sans se soucier de leur impact sur le marché viticole" regrette un communiqué des Jeunes Agriculteurs charentais. Pour marquer le coup, les syndicalistes ont mené l'action-choc "ici niche un vautour" hier soir, sur les communes d'Archiac, Biron, Clion, Jonzac, Marignac, Meux, Saint-Eugène, Saint-Germain et Saint-Martial-de-Vitaterne.

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