yant perdu 18 % de ses surfaces, le vignoble bordelais a arraché 19 000 hectares de vignes en trois ans (dont 12 500 avec des primes nationales et régionales) et pourrait encore être réduit de 7 à 8 000 ha (d’après le dernier sondage de FranceAgriMer). Si le changement de paysage causé par l’arrachage est déjà visible, l’avenir de ces terres nues reste nébuleux pour nombre de leurs propriétaires*. Une brume que veut dissiper l’étude financée par la Communauté de Communes Castillon-Pujols (CDC Castillon-Pujols, recensant 1 087 ha de vignes arrachées) et la Communauté d'Agglomération du Libournais (La Cali, -1 330 ha) en déterminant 7 filière agricoles d’avenir pour cette zone à partir de leurs potentiels agronomiques et économiques sur d’ex-terroirs viticoles (en prenant en compte les capacités de reconversion pour leurs propriétaires exploitants, leur volonté pouvant être un frein).
Mené pendant un an avec un budget de 150 000 €, ce travail ambitieux ne veut pas aboutir sur un énième rapport sans applications concrètes. « Nous mesurons l’attente, c’est pourquoi nous avons mené une étude sérieuse » défend Jacques Breillat, le maire de Castillon-la-Bataille et président de la CDC Castillon-Pujols, soulignant que « nous n’avons pas voulu créer de filière “hors-sol” : les propositions sont cohérentes avec l’agronomie, la nature des sols, le climat et les ressources mobilisables. »
Sont évoquées par l’étude trois filières nécessitant une structuration agricole collective pour réussir à s’implanter : le chanvre (ayant peu de besoins en eau et engrais, mais nécessitant une unité de défibrage collective coûtant 400 000 € et imposant la contrainte de cultures en rotation), la volaille de chair (facile à mettre en place selon les collectivités, mais nécessitant la structuration avec la reprise de l’abattoir de La Roche-Chalais mis en vente à 300 000 €), l’olive (tentant les viticulteurs malgré le temps long avant la mise en production et la création d’un outil de transformation : un pressoir collectif coutant 50 à 200 000 €).
S’y ajoutent quatre filières pour lesquelles les collectivités sont prêtes à donner un coup de pouce de 800 000 € pour permettre un lancement des viticulteurs dans cette activité complémentaire : le kiwi, la prune, la pomme d’industrie et le miscanthus (avec des besoins agronomiques et des perspectives bien différents). Pour ces quatre filières, « l’accompagnement consiste à mettre en lien les viticulteurs avec des filières demandeuses, et des opérateurs industriels prêts à prendre part : nous sommes à la fois les entremetteurs et les organisateurs » indique Philippe Buisson, le maire de Libourne et président de La Cali. Sachant que « nous dialoguons avec des nouveaux investisseurs et industriels pour créer les conditions de leur installation sur le territoire » précise Jacques Breillat.
Constatant que « notre territoire fait face à une crise plus structurelle que conjoncturelle », Philippe Buisson explique que « notre réaction consiste à trouver des solutions concrètes qui permettront à nos viticulteurs qui ne peuvent plus vivre de la vigne, de développer une activité complémentaire génératrice de revenus ». Sachant que ces nouvelles cultures nécessitent un remembrement du foncier agricole, ce qui pourrait s’intégrer dans l’actuel projet d'élargissement à la viticulture des activités de l’Établissement Public Foncier de Nouvelle-Aquitaine. Pour concrétiser cette étude et ses conclusions, les deux collectivités annoncent des visites de terrain en février et mars prochains afin d’ouvrir le champ des possibles aux viticulteurs intéressés. Et la suite après les élections municipales (15-22 mars) ?
* : Sauf pour ceux engagés sur 20 ans de renaturation/boisement pour l’arrachage sanitaire.




