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Avis aux politiques : "la viticulture ne demande pas de passe-droit, mais de la cohérence"
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Ministres, députés, sénateurs…
Avis aux politiques : "la viticulture ne demande pas de passe-droit, mais de la cohérence"

"La filière vin n’a pas besoin d’assises ou de plan de souveraineté, elle a besoin d’actions" plaide Jérôme Bauer, le président de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlées (CNAOC la maison des vignerons). Saluant les questions, à défaut de toutes leurs réponses, du rapport sénatorial sur la crise viticole, le vigneron alsacien appelle à la mobilisation de toutes les bonnes volontés pour soutenir la filière, des moyens de production aux leviers de communication, y compris en remaniant la loi Évin.
Par Alexandre Abellan Le 16 décembre 2025
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Avis aux politiques :
« L’instabilité politique n’aidant guère, une union transpartisane de nos députés et sénateurs pour soutenir la viticulture, au-delà des clivages politiques serait un avantage énorme » esquisse Jérôme Bauer. - crédit photo : CNAOC
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e récent rapport sénatorial sur la crise viticole pose que la filière vin ne s’est pas suffisamment remise en question face aux changements de consommation et aux aléas climatiques : faut-il un aggiornamento des représentants du vignoble et une entrée du négoce dans les Organismes de Défense et de Gestion (ODG) comme proposé par les sénateurs ?

Jérôme Bauer : Le rapport sénatorial a le mérite de poser les bonnes questions, même si je ne partage pas toutes ses conclusions. Oui, la filière viticole doit continuer à se remettre en question face à l’évolution des consommations et au changement climatique : elle le fait déjà, parfois douloureusement, sur le terrain. Je rappelle également que ce ne sont pas les seuls à avoir pointé un besoin de réforme rapide… Cela a été au cœur de toutes les prises de parole des intervenants du Grand direct des AOC ! En revanche, parler d’un manque de remise en cause globale est excessif. Les AOC ont profondément évolué ces dernières années : adaptation des cahiers des charges, réflexion sur les rendements, sur les pratiques culturales, sur la transition environnementale.

Concernant l’entrée du négoce dans les ODG, je rappelle que le système des AOC s’est construit et a performé depuis plus de 90 ans en grande partie en raison d’une gouvernance aux mains de producteurs, garants du lien entre produits, terroir et marché. Après, nous ne sommes pas coupés du négoce non plus ! Plusieurs ODG ont intégré des opérateurs de l’aval au sein des ODG et l’interprofession est la structure qui permet cette rencontre… Attention quand même, toute évolution de gouvernance doit se faire avec prudence : ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’efficacité économique, mais aussi la crédibilité même des appellations et la valeur revenant au vigneron.

 

Déjà proposée, en 2019 sous la forme d’un Grenelle de la viticulture par l’Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin (ANEV)l’idée sénatoriale d’assises de la viticulture est-elle pertinente pour vous ou est-ce un retour à la case diagnostic alors que le vignoble demande un traitement d’urgence, sur sa rémunération en valeur et sa réduction en volume ? Et ce alors que s’ouvrent des conférences de la souveraineté agricole voulues par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard ?

Aujourd’hui, le vignoble est clairement dans une situation d’urgence : crise de la valeur, crise des volumes, crise de la transmission. Les réponses doivent être opérationnelles et rapides. L’idée d’assises de la viticulture n’est pas illégitime en soi, mais l’heure des constats est clairement derrière nous. Cap’Vin 2030 est un plan de filière, sans doute imparfait, mais qui est le fruit d’un consensus de toutes les organisations nationales, négoce et production. La filière n’a pas besoin d’assises ou de plan de souveraineté, elle a besoin d’actions. Ce que nous voulons porter ? La viticulture s’inscrit pleinement dans la souveraineté de la France, en tant que filière stratégique, exportatrice, créatrice de valeur et d’aménagement du territoire. En revanche, il n’y aura souveraineté que si le cadre règlementaire et législatif est assoupli ! Donnez-nous les moyens de produire avec des lois et des décrets facilitateurs et non castrateurs !

 

Comment ressentez-vous l’idée des sénateurs de conditionner les aides viticoles à la réussite de telles assises ?

Conditionner les aides viticoles à la réussite d’assises me semble une très mauvaise idée. Les exploitations viticoles n’ont pas à payer le prix d’un éventuel échec collectif ou institutionnel. Les aides doivent répondre à des objectifs clairs : adaptation au changement climatique, transition environnementale, restructuration du vignoble, maintien de la valeur, promotion, relance du marché. Introduire une conditionnalité politique ou procédurale serait perçu comme une forme de chantage, alors que beaucoup de vignerons sont déjà fragilisés. L’État doit accompagner, pas suspendre.

 

Les sénateurs demandent le renforcement de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) et une simplification de l’offre AOP/IGP jugée illisible pour le consommateur. Est-ce l’éternel débat du marketing de l’offre et de la demande, comme lors de vos récents échanges musclés avec le chroniqueur Olivier Dauvers à Strasbourg ?

Le renforcement de l’INAO est indispensable. Nous remercions les sénateurs et députés qui se battent dans l’Hémicycle pour préserver notre institut, qui est la maison des professionnels. On ne peut pas demander toujours plus de contrôles, plus d’exigences, plus de réactivité, avec des moyens en baisse. Sur la lisibilité de l’offre AOP/IGP, il faut se garder des raccourcis. La diversité n’est pas un défaut en soi : elle fait partie de l’identité viticole française. En revanche, dans certains bassins, il est clair qu’un toilettage de la gamme au sein des AOC et entre AOC et IGP est désirable pour plus de clarté pour le consommateur. Ces débats sont du ressors des territoires, pas du national. La question n’est pas seulement marketing, elle est quasiment philosophique. Elle touche à l’histoire, aux territoires, à la hiérarchisation qualitative. Quelle est la raison d’être de nos AOC ? Simplifier à outrance serait un risque majeur.

L’échange "musclé" dont vous parlez reste tout à fait d’actualité. Pourquoi ? Car le développement du label "Origin’info" [NDLR : démarche gouvernementale d’affichage de l’origine des ingrédients] est très dangereux. Comment l’État peut-il soutenir une politique publique, avec la mention d’origine, sans cahier des charges, sans contrôle, sans coût et surtout aux mains des industriels et de la grande distribution ? Nous faisons encore face à un État schizophrène avec un risque de dilution de la notion d’origine et de confusion pour le consommateur qui est majeur… Nous n’avons pas dit notre dernier mot sur ce sujet.

 

S’ils sont parfois les mêmes, les parlementaires qui se mobilisent sur ces rapports sur la crise viticole sont globalement différents de ceux voulant taxer plus les boissons alcoolisées : est-ce qu’il faut également que les députés et sénateurs s’unissent pour soutenir la filière viticole ? Sur quels sujets prioritaires : Egalim, simplification administrative, traitement phyto type cuivre…?

Il est important de souligner l’engagement de nombreux parlementaires pour soutenir notre filière. On met souvent le focus sur nos détracteurs, mais il est clair que la viticulture a encore des défenseurs sur les territoires que je remercie très chaleureusement. L’instabilité politique n’aidant guère, une union transpartisane de nos députés et sénateurs pour soutenir la viticulture, au-delà des clivages politiques serait un avantage énorme. Nous avons la chance de représenter une filière qui peut s’adresser à tout le monde : les ruraux et les urbains, la gauche et la droite, les classes populaires et les élites… Travaillons dans ce sens.

Pour ce qui est des sujets… ils ne manquent pas : simplification administrative réelle, développement d’outils économiques comme Egalim, mise en œuvre d’une approche pragmatique des solutions phytosanitaires, notamment sur des substances comme le cuivre, sans impasse technique, sécurisation de la prestation de service, opposition ferme et totale à toutes les initiatives visant à taxer la publicité sur les vins, à renforcer la loi Évin ou à augmenter les accises, renforcer notre arsenal législatif et financier pour adapter notre vignoble au dérèglement climatique… La viticulture ne demande pas de passe-droit, mais de la cohérence.

 

Dans le vignoble on critique beaucoup la loi Évin, comme en témoigne la pétition pour l'amenderEst-ce une piste à explorer ou à écarter pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore ?

La loi Évin n’est pas responsable de la déconsommation en France, il faut être clair là-dessus. Nos voisins espagnols et italiens n’ont pas ce genre de loi et pourtant subissent la même tendance de déconsommation. De plus, la plus forte période de déconsommation en France depuis les années 1960 est antérieure à la publication de cette loi. Enfin, nos concurrents de la bière et des spiritueux, également soumis à la loi Evin, n’ont pas eu la même trajectoire et ont même progressé sur plusieurs périodes depuis les années 2000.

Alors, on peut se cacher derrière cette loi pour expliquer que collectivement, nous n’avons pas su nous adapter aux nouveaux consommateurs, mais pas à la CNAOC en tout cas. Je pense qu’il faut d’une part oser, oser communiquer et être ambitieux dans le périmètre actuel de la loi Evin. D’autre part, soyons clairs aussi, poser le débat de la clarification et de la modification de la loi Evin. À l’heure des nouveaux codes de communication, de l’œnotourisme et du renouveau culturel que nous voulons pour la filière vin, oui, il va être nécessaire de requestionner cette loi.

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Tous les commentaires (1)
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Geoffrey BASTIDE Le 16 décembre 2025 à 20:46:49
Encore un très bon constat des maux et remèdes de notre métier. Il faudrait ajouter qu'à l'instar de la bière et de beaucoup de spiritueux, on a jamais réussi à moderniser l'image du vin. Il reste un produit compris comme complexe et attaché à la gastronomie. Et pourquoi? Les restaurants nous le rendent ils ? En faisant x 5 ou plus sur notre produit ! Il faut l'adapter et l'associer aux modes de consommation d'aujourd'hui, simples, rapides et conviviaux, nomades...et devant ce nouveau defi la loi evin n'est qu'une partie d'un problème qui n'est pas insoluble
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