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Grand ménage annoncé pour les vins AOC : "peut-être qu'on s’est vu un peu trop beaux et trop jolis"
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Réalismes climatiques et économiques
Grand ménage annoncé pour les vins AOC : "peut-être qu'on s’est vu un peu trop beaux et trop jolis"

Entre adaptation et simplification, les vignerons AOP veulent remettre à plat leurs cahiers des charges pour redéfinir les conditions de production des vins d’appellation en cohérence avec les nouvelles donnes climatiques, écologiques et économiques, tout en conservant le lien au terroir et en retirant ce qui n’a plus lieu d’être. Chiche ?
Par Alexandre Abellan Le 29 novembre 2025
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Grand ménage annoncé pour les vins AOC :
« On peut simplifier ou on peut optimiser les cahiers des charges, mais tout en gardant notre typicité au niveau de notre produit in fine » plaide Jean-Philippe Mari. - crédit photo : CNAOC
C

’était l’un des sujets mobilisateurs de débats lors de l’évènement participatif de la Confédération Nationale des producteurs de vins AOC (CNAOC) : la façon d’orchestrer l’évolution nécessaire des cahiers des charges des vins d’appellation en lien avec l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). « On sait que notre viticulture est à un grand tournant » pose Éric Pastorino, le président de la Fédération des Syndicats de Producteurs de Vins AOC du Sud-Est (FRAOC). Une adaptation « par rapport aux enjeux d'aujourd'hui, aux évolutions climatiques, aux pratiques culturales qui sont moins en phase par rapport au passé » esquisse le viticulteur provençal, qui souligne qu’il ne faut pas ajouter des dispositifs, mais les raisonner quitte à en retirer : « il ne faut pas rajouter des choses à ce qui existait auparavant et qui n'est plus efficace aujourd'hui » et « il va falloir essayer de simplifier tout ça ».

Concrètement, la CNAOC et l’INAO* se lancent avec « le souhait de piloter une approche collective de la simplification » rapporte Éric Pastorino, pour qui « il est nécessaire d'identifier ce qui est indispensable aujourd'hui dans un cahier des charges, ce qui est non indispensable et éventuellement ce qu'il faut supprimer ». Car derrière « chaque mesure dans un cahier des charges arrive un contrôle ». Préconisant « une grille nationale avec une harmonisation régionale », ce groupe de travail vient d’être installé et œuvrera « à partir du mois de janvier 2026 et on espère qu'à la fin de l'année, on pourra essayer de de communiquer » ses conclusions, avance Éric Pastorino.

Voir les points qui n’étaient pas indispensables

Il y a matière à moderniser et simplifier les cahiers des charges pour Jean-Philippe Mari, le vice-président de la Fédération Sud des AOC, qui réunit 21 AOC du Languedoc-Roussillon, dont 10 sont en train de rouvrir leurs cahiers des charges face au changement climatique qui frappe le littoral méditerranéen. « Chaque année au même moment, on demandait des dérogations au cahier des charges » rapporte le vigneron catalan, « les 10 AOC se sont dit que peut-être que nos cahiers des charges ne sont plus adaptés à notre situation », que « peut-être qu'on s’est vu un peu trop beaux et trop jolis et on a marqué beaucoup de conditions de production dans nos cahiers des charges ». Résultat, « ils ont rouvert le cahier des charges, ils ont regardé tous les points fondateurs pour garantir l'origine et la qualité du produit, et voir les points qui n’étaient pas indispensables au cahier des charges. Ça va permettre d’alléger. »

Cahier décharge

Une approche conforme à l’ADN des AOC pour Carole Ly, la directrice de l’INAO, institut qu’elle ne voit pas comme « un temple inamovible. Je crois qu'au cours de ses 90 ans, il a su montrer qu'il savait évoluer. » Rappelant que l’INAO est le lieu de travail et de concertation des producteurs d’Indications Géographiques avec l’administration, Carole Ly déclare que « pour qu'un cahier des charges soit efficace, il faut savoir où on va et ce qu'on veut faire de son appellation. Et le cahier des charges, ce n'est qu'un élément parmi d'autres. » Avec des questions stratégiques pour les Organismes de Défense et de Gestion (ODG) : « qu'est-ce que je garde dans mon cahier des charges ? Qu'est-ce que je fais évoluer ? qu'est-ce que je supprime ? Parce qu'effectivement un point du cahier des charges égale un point de contrôle. » Indiquant que Christian Paly, « le président du comité [vin AOP] a en tête de créer un groupe de travail commun avec la CNAOC pour pouvoir avancer de façon méthodique », Carole Ly répète qu’à « l’INAO ce sont les professionnels qui définissent les règles et qui font la loi ».

Et à la question d’un vigneron « est-ce que l’AOC de demain c'est du vin de France ? », la directrice de l’INAO répond « non. En fait, l’AOP c'est vraiment une politique extrêmement moderne. Moderne d'abord parce qu’elle ne coûte pas cher. Le budget de l’INAO, c'est 27 millions €, dont 30 % payés par les professionnels, ça rapporte 42 milliards € » toutes filières confondues.

 

* : Actant une démarche de « simplification des cahiers des charges », le Comité national des appellations d’origine relatives aux vins, boissons alcoolisées et spiritueuses (CNAOV) décide ce 27 novembre de lancer « une réflexion de fond sur la simplification des cahiers des charges afin de mieux hiérarchiser les exigences en fonction de leur rôle réel dans la qualité, l’identité du produit et le lien à l’origine » indique un communiqué, précisant qu’un groupe de travail est mis en place avec l’« objectif est de recentrer les cahiers des charges (et en conséquence les contrôles) sur les éléments réellement structurants pour la qualité et le lien à l’origine, et alléger les contraintes administratives jugées peu pertinentes ».

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Tous les commentaires (4)
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Albert Le 05 décembre 2025 à 14:14:36
Simplifier ? .. je veux bien, mais l'idéal serait avant tout de concevoir un dispositif de contrôle "efficace". Je rappelle qu'en viti tout repose sur du déclaratif ! .. à quoi ça sert de contrôler aussi administrativement (quelle perte de temps, à quoi rime ce "contrôle" de dossier bêtement calibré ? sauf à être vraiment mou de la cervelle, comment peut-on ne pas être capable de rendre une copie "administrative" propre et cohérente avec les contraintes à respecter ?) si le cahier des charges est respecté ? .. Pourquoi ne pas simplifier / alléger la phase "administrative" (avec un taux de sondage des opérateurs habilités) pour renforcer le contrôle "terrain" inopiné (, contrôle "externe" donc) ? .. je ne crois plus au système actuel AOC, qui permet de financer les ODG mais ne garantit rien. Dans les années 36-37, il a fallu lutter contre la fraude, l'usurpation d'identité. En 2026, ne serait-il pas temps de reconsidérer le dispositif AOC afin qu'il garantisse véritablement au CONsommateur outre une origine, des caractéristiques organoleptiques uniques et associées ? .. bon, je rêve un peu ..
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GG Le 02 décembre 2025 à 18:24:03
Il est certain que l'INAO avec nos représentants ont beaucoup trop rempli la "boîte à outils "... Malheureusement les nombreux points des cahiers des charges à contrôler ne sont pas gages de qualité. Le tout IG, voire tout AOP a montré ses limites. Il faudrait peut-être remettre la pyramide des signes de qualité à l'endroit et revenir à certains fondamentaux. Il y a du ménage à faire. Au commencement de nos AOC l'ADN de notre appellation tenait en 8 articles dans un décret...
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NSTI34 Le 02 décembre 2025 à 11:07:37
Dans ce débat sur la simplification des cahiers des charges, il me semble important de rappeler une réalité que la filière connaît bien mais évoque rarement : nous, vignerons, avons parfois contribué nous-mêmes à la dilution des AOC. Pendant longtemps, certains ont joué avec les limites : parcelles « éponges », volumes compensés ailleurs, dépassements discrets? et dans les caves comme dans les structures, tout le monde sait qui pousse un peu trop loin, sans que personne n'ose vraiment recadrer. À cela s'ajoute l'extension historique de certaines zones d'AOC vers des secteurs moins qualitatifs, sous pression ou par facilité, ce qui a mécaniquement affaibli le sens des appellations. Adapter les cépages, les modes de conduite, les pratiques face au climat, oui, c'est indispensable. Mais pour le reste, attention : simplifier ne doit pas devenir ?assouplir tout?. Il faut préserver la segmentation entre Vin de France, IGP et AOC, et éviter l'ascenseur permanent qui brouille toute lisibilité. Une grande partie de la solution reste simple : ?? respecter le cahier des charges, ?? produire dans les rendements fixés ? pas au-delà, ?? arrêter de compter sur le système pour absorber les dépassements. Dire cela n'est jamais populaire, mais si on veut des AOC fortes et crédibles, il faudra bien regarder aussi notre propre responsabilité et revenir à une discipline collective.
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pg Le 02 décembre 2025 à 08:34:04
Simplifier les cahiers des charges.... Le rêve. Ayant fait parti du conseil d' administration d'une appellation , pendant des années , je fus témoin , parfois acteur ( aujourd'hui à regret ) d'une surenchère de règles contraignantes. Au fil des années , j' en suis arrivé à penser que la qualité d'un vin se juge , au final , au verre , lorsque l'on débouche la bouteille. Digne de l' appellation ou pas ? On a lavé plus blanc que blanc. On n' a pas obtenu de résultats proportionnels aux contraintes que nous avons imposé. Lorsque l'on vend du vin , avant d' engager la responsabilité d'une appellation , c' est notre nom , notre réputation que l' on engage. C' est pourquoi j' ai milité pour le sondage aval qui pointe les producteurs à problèmes ( toujours les mêmes ). Mais là , je me suis heurté à une levée de boucliers. Je l' explique par la crainte de se retrouver "exposé" , comme producteur de mauvais vin... Et là , l' égo en prend un coup. Et on ouvre le parapluie : on continue à contraindre pour se donner bonne conscience. Ca devient étouffant. Mais les premiers responsables sont les producteurs eux-mêmes. Pour faire face aux nombreux problèmes qui nous assaillent , nous devons nous donner de l' agilité . Notre système est ventripotente, sclérosé. A l'image de nos codes de lois. Montesquieu disait qu'une bonne loi est une loi simple et suffisamment flou pour que les juges l' adaptent aux situations...
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