Accueil / Commerce/Gestion / Le marché américain des vins va vers l'amélioration, pas la résolution de toutes les difficultés logistiques
Le marché américain des vins va vers l'amélioration, pas la résolution de toutes les difficultés logistiques
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Congestion logistique
Le marché américain des vins va vers l'amélioration, pas la résolution de toutes les difficultés logistiques

Toutes les conditions se sont réunies pendant et après la pandémie pour créer un véritable cauchemar logistique à travers le monde. Si le chemin vers le marché américain restera semé d’embûches pendant les mois à venir, le taux de change euro-dollar, la CBMA et une demande qui reste soutenue, apportent du répit aux exportateurs.
Par Sharon Nagel Le 04 novembre 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Le marché américain des vins va vers l'amélioration, pas la résolution de toutes les difficultés logistiques
Certaines améliorations sont visibles : « Les conteneurs ne sont plus bloqués en Chine et il n’y a plus de conteneurs coincés en mer pendant vingt jours comme ça a pu être le cas ». - crédit photo : Port of Oakland
C

ongestion inouïe dans les ports, manque de main d’œuvre historique, entrepôts pleins à ras-bord, pénurie de matières sèches et augmentation exponentielle des coûts… Les Etats-Unis n’ont pas été épargnés des problèmes logistiques mondiaux, loin s’en faut. « Nous rencontrons des problèmes à chaque maillon de la chaîne logistique, de A à Z », déplore MaryAnn Pisani, responsable des services financiers chez MHW Wine, prestataire de services logistiques, entre autres, auprès d’opérateurs de vins et spiritueux à travers le monde.

« Que ce soit les bouchons, les capsules, le carton, les bouteilles, les étiquettes ou le produit lui-même, tout pose problème ». A un tel niveau, que MHW a dû créer un nouveau service de gestion logistique des matières sèches pour tenter d’accélérer l’acheminement des produits.

Les petits opérateurs pénalisés par les problèmes d’entreposage

Si la pénurie de conteneurs tend à se résorber, la problématique majeure porte actuellement sur les entrepôts. « Les grandes marques se sont massivement couvertes, important des tonnes de produits et consommant de ce fait une grande partie des biens disponibles dans la chaîne logistique, y compris les biens immobiliers sous forme de place dans les entrepôts », explique MaryAnn Pisani. Cette situation pénalise les opérateurs de plus petite taille, et les empêche partiellement de tirer profit d’une demande toujours soutenue et du taux de change favorable : « L’un de mes petits clients importe du vin de plusieurs vignobles européens. Il a reçu d'Allemagne un produit qu'il n'avait plus en stock. Le produit est arrivé à temps pour honorer la commande, mais nous ne parvenons pas à l’entreposer, car il n'y a pas assez de place. Donc, tant bien même qu’il voudrait profiter du taux de change et faire venir davantage de produits, il n’a aucun endroit pour les stocker. Sans doute que certains grands opérateurs qui connaissent beaucoup moins de contraintes de ce genre profitent de cette situation, mais pour nous et pour nos clients, ce serait très difficile ».

Les entrepositaires réagissent aux surstocks

Une lueur d’espoir pointe, cependant, à l’horizon. « Le bon sens et le sens des affaires voudraient que cette situation s’améliore. Conserver des stocks correspondant à 8 ou 10 mois de consommation n’a aucun sens, surtout qu’il a été démontré que la chaîne logistique a pu se rétablir des effets de la pandémie, et que des garde-fous ont été mis en place ». Les entrepositaires sont donc en train de prendre des mesures pour accélérer la rotation des stocks. « Beaucoup d’entrepositaires se sont trompés. Ils pensaient que cette situation prendrait fin début 2022, mais ce n'est pas le cas et ils prennent désormais des mesures, appliquant par exemple des taux majorés si les stocks restent trop longtemps. De même, si vous avez un conteneur qui arrive et que vous pouvez leur montrer que vous avez des commandes pour l’ensemble du contenu, vous passerez en tête de la file, à la place de celui qui essaie de rentrer son rosé pour le printemps ».

Autre facteur important : « Sur le plan économique, nous constatons une légère baisse des achats des consommateurs et conserver tous ces stocks représente un coût considérable. Donc je pense que nous allons voir une petite amélioration ».

Les frais de transport ont triplé

Dans le même temps, et en dépit d’une nouvelle loi passée en juin dernier, la congestion au niveau des ports reste importante. « Quand la situation s’améliore d’un côté, elle s’empire de l’autre. Quand New York va mieux, la Californie va moins bien et vice versa. Cette congestion est telle qu'elle entraîne des coûts énormes. Les conteneurs arrivent et le port est tellement encombré que les transporteurs qui allaient chercher plusieurs conteneurs par jour n’en prennent actuellement qu'un. Donc ce qui coûtait 400 ou 500 dollars, en coûte maintenant plus de 1 000. Autrefois, un conteneur nécessitait trois manipulations. Aujourd'hui, il en faut environ dix. ».

Pour tenter de pallier ce problème, MHW a modifié sa stratégie : « Nous sommes devenus « agnostiques » en matière de transitaires, entrepositaires et transporteurs. En 25 ans, nous n’avons travaillé qu’avec un entrepositaire principalement, désormais nous en avons cinq de plus ». Toujours est-il que la société estime que les frais de transport ont triplé ces deux dernières années et que certains de ses clients ont dû faire passer ces hausses sur le prix final au moins une, voire parfois deux ou trois fois.

Le marché reste très solide

Mais dans un contexte global d’inflation, tous produits confondus, ces augmentations passent sans doute plus facilement au niveau des consommateurs. De même, la CBMA, qui apporte des allègements fiscaux non négligeables pour les petits exportateurs, permet d’atténuer certaines augmentations tarifaires. S’y ajoute désormais le taux de change favorable entre l’euro et le dollar pour les exportations vers les Etats-Unis. « Les consommateurs deviendront sans doute plus prudents dans les mois à venir, et vont peut-être s’orienter vers des produits un peu moins qualitatifs, mais ils continuent de consommer des boissons alcoolisées. Le marché reste très solide. Nous entrons dans la saison numéro un des ventes et à ce jour, les gens achètent et les importations ne sont pas en baisse ».

Si MaryAnn Pisani ne prévoit pas de diminution des frais logistiques actuellement, elle n’entrevoit pas forcément d’augmentations non plus. Et les mesures prises par les entrepositaires devraient accélérer les rotations de produits. « Même si la situation restera difficile en 2023, elle sera meilleure qu’en 2022. Compte tenu des fêtes de fin d’année, nous ne verrons pas d’améliorations d’ici là, mais j’ai l’espoir qu’au deuxième trimestre de 2023, les choses iront mieux ».

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2023 - Tout droit réservé