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Intérêt naissant des vins IGP pour la désalcoolisation partielle
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Ça émerge
Intérêt naissant des vins IGP pour la désalcoolisation partielle

La réglementation européenne ouvre de nouvelles possibilités de retrait de l’alcool des vins sous signe de qualité. Chaque AOP et IGP intéressée peut faire la demande d’inscription à son cahier des charges, en attestant de la préservation de ses profils organoleptiques.
Par Alexandre Abellan Le 19 octobre 2022
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Intérêt naissant des vins IGP pour la désalcoolisation partielle
L'occasion de dépoussiérer et nettoyer son ébulliomètre. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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orté par de plus faibles degrés alcooliques et une gamme "sans alcool" en plein essor, le succès des bières alimente les envies de la filière vin de faire tomber ses degrés. Arrivant à point nommé, le règlement européen 2021/2117* ouvre la désalcoolisation partielle jusqu’à 0,5°.alc aux vins sous Appellation d’Origine Protégée (AOP) et à Indication Géographique Protégée (IGP). « Il existait déjà une possibilité de désalcoolisation dans la limite de 20 % du degré alcool » rappelle Caroline Blot, la responsable du pôle vin, boissons spiritueuses et cidre de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO).

Mise à l’ordre du jour du comité national des vins IGP du 13 octobre dernier (avant d’être évoqué par les vins AOP en novembre), la nouvelle réglementation de la désalcoolisation laisse la possibilité de s’en saisir à chaque Organisme de Défense et de Gestion (ODG). Pouvant être plus restrictive que le cadre européen (en relevant le plancher minimal par exemple), l’intégration de la désalcoolisation partielle dans le cahier des charges passant par la précision des méthodes de désalcoolisation choisies et le descriptif organoleptique des vins partiellement désalcoolisés pointe Caroline Blot, notant l’enjeu de perte de typicité aromatique après la désalcoolisation (ce qui passe par le rééquilibrage des vins désalcoolisés : édulcoration, hydratation…).

Produits plus faciles à boire

« Ce sera au choix de chaque ODG, chacun se positionnera selon ses marchés dans le cadre de la réglementation » indique Éric Paul, le président du comité vin IGP de l’INAO, confirmant l’enjeu de maintenir le profil produit en termes aromatiques. « Je pense faut avancer rapidement là-dessus » ajoute Gérard Bancillon, le président de la Confédération des vins IGP de France, soulignant que « le commerce commence à être demandeur, ce n’était pas le cas avant » et qu’« il faut proposer des produits plus faciles à boire. Sans ajouter eau, ce serait une Boisson Aromatisée à Base de Vin (BABV, les rosés pamplemousse), qui ne marchent plus. »

« On sent l’intérêt des marchés » pointe Éric Paul, qui juge encore prématuré d’évoquer des ODG intéressés : « ça suscite de l’intérêt, il y a des gens qui y songent. » Au sein de l’INAO, il n’y a eu aucune demande à ce jour rapporte Caroline Blot. Négociante spécialisée dans les vins désalcoolisés, Mathilde Bouchalin, la PDG de la maison Chavin (basée à Béziers depuis 2012), ne s’attend pas pour sa part à une production rapide sous AOP et IGP : « c’est encore trop tôt. Il y a monde entre ce que dit et ce qui est fait. Mais je suis très heureuse qu’il y ait des discussions de l’Union Européenne dessus. On voit une montée en puissance. »

 

 

* : « Il y a lieu d'autoriser uniquement la désalcoolisation partielle pour les vins bénéficiant d'une indication géographique protégée ou d'une appellation d'origine protégée. En outre, afin d'assurer la clarté et la transparence tant pour les producteurs que pour les consommateurs de vins bénéficiant d'une indication géographique ou d'une appellation d'origine, il convient de prévoir que, lorsque des vins bénéficiant d'une indication géographique ou d'une appellation d'origine peuvent être partiellement désalcoolisés, le cahier des charges de l'indication géographique ou de l'appellation d'origine devrait contenir une description du vin partiellement désalcoolisé et, le cas échéant, les pratiques œnologiques spécifiques à utiliser pour faire du vin ou des vins partiellement désalcoolisés, ainsi que les restrictions pertinentes pour les faire » indique la réglementation communautaire.


 


 

 

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Tous les commentaires (2)
val1041 Le 21 octobre 2022 à 15:34:35
en réponse à Albert, cela ne renie pas l'historique de nos appellations (AOC), mais viens comme une évolution de celle ci.. Pour s'adapter, au climat, au marché, ou à l'évolution de nos contrainte de production... Pour moi, c'est une solution qui permet justement de maintenir la typicité de nos appellations... qu'adviendra t-il lorsqu'on en viendra à parler des cépages résistants dans les AOC!!! il faut avancer, une AOC n'est pas quelque chose de figé (pour moi), cela doit évoluer, sans en perdre la substance ou le corp ni vouloir se facilité la tache, mais en permettant la pérennité de nos cultures, d'un point de vue écologique, économique et commercial.. l'évolution est nécessaire voir vitale, désalcoolisation, résistance du vignoble, évolution des méthodes de production dans leurs ensemble... en n'évoluant pas c'est là que l'on trompe le consommateur qui à pour habitude de trouver une appellation entre 12 et 13% d'alcool, et qui de plus en plus se retrouve avec des 14 ou 14.5% du fait du changement climatique, pareil sur les acidités, les profils aromatiques.... bref il est imperatif (je pense) que toute la filière ce remette en question pour ne pas continuer à prendre du retard sur d'autres qui ne se posent pas toutes ces questions... (Italie et les prosecco... l'espagne dans son ensemble..) cordialement un maitre de chai ligérien
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Albert Le 20 octobre 2022 à 08:55:12
Il n'y a pas à s'opposer à une telle évolution du cadre réglementaire s'agissant des statuts AOP et IGP. En revanche, je ne trouverais pas acceptable qu'on puisse élaborer un vin "AOP" désalcoolisé en le revendiquant au titre d'une AOC. Si les statuts réglementaires AOP et IGP ne sont pas figés et qu'il reste possible de les faire évoluer, pour ma part je considère que l'assimilation réglementaire de nos AOC en tant qu'AOP atteint là ses limites. Nos AOC viticoles (idem pour autres productions à appellation au sein de l'UE) ont été reconnues en tant qu'AOP par construction historique du nouveau corpus réglementaire qui fonde la nouvelle OCM depuis 2008-2009. En revanche, pouvoir prétendre continuer de valoriser un vin en tant qu'AOC quand le mode d'élaboration de celui-ci ne s'inscrit plus dans l'histoire de cette AOC mériterait une réflexion. Est-ce que l'on ne tromperait pas le consommateur en lui proposant un AOC Bordeaux ou Languedoc, par exemple, dont le degré aurait été tombé de 0,5° par désalcoolisation alors qu'il conviendrait logiquement d'étiqueter AOP Bordeaux ou Languedoc ? .. et quid par ailleurs de l'information sur le degré rabaissé sur l'étiquette ?
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