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"Il faut une irrigation qualitative pour éviter que la vigne souffre"
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Jérôme Despey
"Il faut une irrigation qualitative pour éviter que la vigne souffre"

Alors que les vendanges 2022 sont marquées par de mauvaises surprises sur les rendements, le président du conseil spécialisé remonte le besoin de modifier la réglementation et l’accès à la ressource en eau.
Par Alexandre Abellan Le 30 août 2022
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Déjà visible depuis des années, le besoin d’irrigation du vignoble est criant après ce millésime estime Jérôme Despey : « on ne peut plus perdre de temps ». - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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i les vendanges sont précoces ce millésime 2022 sur l’arc méditerranéen, elles conservent un air automnal : cette fin août, nombre de ceps commencent à être dégarnis, leurs feuilles desséchées étant déjà tombés. Signe d’un printemps sec et d’un été caniculaire du Roussillon à la Provence, cette défoliation marque les rendements de l’année : « on pouvait s’attendre à une vendange plus prometteuse » résume dans l’Hérault Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. « Même si les vignes sont plus résistantes à la sécheresse, on s’aperçoit qu’elles stressent de plus en plus avec des printemps secs conjugués à des canicules précoces et à répétition » pointe le président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault.


Pointant la nécessité d’atténuer les effets du changement climatique par l’évolution des pratiques culturales* (développement foliaire plus important, cépages résistants…), Jérôme Despey estime qu’« il faut une irrigation qualitative pour éviter que la vigne souffre ». Une demande qu’il reçoit de tous les vignobles français, et qui lui semble d’autant plus urgente qu’il y a du retard à rattraper par rapport aux voisins que son l’Espagne et l’Italie. Du recyclage des eaux usées au déploiement de retenues collinaires, « on est vraiment à la traîne » indique Jérôme Despey, pour qui qui « il faut sortir des dogmes », notamment pour la mise en réserve des eaux de pluie : « quand il y a un fort orage, plutôt que tout laisser ruisselle à la mer, on a aujourd’hui la capacité de retenir l’eau et de la redonner au milieu (population, agriculture…). »

Interdiction du 15 août

Au-delà de la ressource en eau, la réglementation viticole doit évoluer pour répondre aux besoins ; « Il est aberrant qu’il n’y ait pas eu de changement de l’interdiction d’irrigation après le 15 août » soupire Jérôme Despey, se souvenant des conclusions du Varenne de l’Eau et du Changement Climatique en la matière. En février dernier, le gouvernement annonçait « de nouvelles règles pour permettre à l'agriculture de s'adapter au changement climatique. Par exemple : un décret à venir pour adapter les calendriers d’irrigation en viticulture afin de concilier maintien de la qualité de la production et changement climatique. »

 

* : Alors que les dérogations à l’irrigation se démocratise à Bordeaux, la Confédération Paysanne Gironde plaide pour une alternative dans un communiqué de presse cette fin août : « au lieu d'entamer une lutte avec les autres usages, la viticulture girondine n'a pas d'autres choix que de changer profondément ses pratiques agronomiques et bien entendu, ses cahiers des charges qui datent du siècle dernier. Le changement climatique qui nous promet une intensification, un allongement et un redoublement de fréquence de telles sécheresses, modifie les facteurs naturels et invite à interroger les pratiques viticoles. Quelles sont celles qui, en fonction des terroirs, permettent à la vigne de mieux résister à des sécheresses longues, récurrentes ? Comment assurer une implantation profonde, faire plonger les racines, limiter l'évapotranspiration, favoriser le développement des mycorhizes, jouer sur la densité de plantation, sur la taille, sur la taille en vert, expérimenter l'agroforesterie. Le rôle des politiques publiques agricoles serait de tester et favoriser les pratiques agricoles les plus économes en eau et celles qui favorisent la préservation de sols vivants, permettant la pénétration des pluies, la régénération des sols et la recharge des nappes, en bref organiser les conditions favorables au rétablissement des cycles de l'eau et du carbone. C'est cette voie qu'il faut aider les viticulteurs à explorer plutôt que de les pousser à se réfugier dans l'illusion à court terme d'un recours à l'irrigation. »

 

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