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Vignerons et coop dans l'expectative face à la baisse des ventes en Grande Distribution
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Témoignages
Vignerons et coop dans l'expectative face à la baisse des ventes en Grande Distribution

Les ventes de vins en grande distribution sur le premier semestre 2022 sont en forte baisse, surtout les rouges. Les vignerons et coopératives qui vendent sur ce circuit sont dans l’expectative. 
Par Christelle Stef Le 18 août 2022
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 Vignerons et coop dans l'expectative face à la baisse des ventes en Grande Distribution
Raphaël (à gauche) et Jérémie Castor, du Château Saint Nabor à Cornillon dans le Gard suivent la situation de près car ils écoulent 50 à 60 % de leur production auprès d'Intermarché, enseigne avec laquelle le domaine travaille depuis plus de 20 ans. - crédit photo : Château Saint Nabor
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es signaux sont au rouge. Au premier semestre 2022, la grande distribution a vendu 4 millions d’hectolitres de vins tranquilles, pour un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros, selon les données IRI pour FranceAgriMer et le Cniv. Soit une baisse de 8 % des volumes et de 7 % de la valeur par rapport à 2021. Toutes les couleurs sont impactées mais ce sont les rouges qui trinquent le plus, notamment ceux de Bordeaux, en baisse de 11 % en volume et en valeur comparé à l’an passé.

Depuis le début de l'année, des vins qui ne trouvent pas preneurs

Des chiffres que Magali Vérité, du château Les Marias, 39 ha de vignes à Caplong (Gironde), ne connaît que trop bien. Cette vigneronne écoule toute sa production en grande distribution par l’intermédiaire de négociants. Depuis le début de l’année, ses vins trouvent difficilement preneurs, ou alors à des prix « trop éloignés des coûts de production ». La moitié des volumes qu’elle fournit habituellement au négoce lui reste sur les bras alors qu'elle est certifiée HVE et que ses vins sont médaillés.

« Le marché du bordeaux et du bordeaux supérieur est complètement atone. Nos trésoreries sont au plus mal alors que tous nos coûts augmentent. La viabilité de nos entreprises est en jeu », s’inquiète-t-elle. De plus, la grêle a détruit une grande partie de ses vignes, ce qui aggrave sa situation. Pour sortir de l'impasse, Magali Vérité se dit prête à adapter le profil de ses vins. « Mais encore faut-il qu’on nous dise précisément quoi faire ! », réclame-t-elle.

Des commandes plus faibles en mai

À peine moins touchés, les rouges AOC de la Vallée du Rhône ont baissé de 9 % en volume et de 8 % en valeur par rapport à l’an passé. Le Château Saint-Nabor, à Cornillon, dans le Gard, suit cette situation de près. Ce domaine de 160 ha certifié HVE produit en moyenne 800 000 cols/an, et travaille depuis plus de vingt ans en partenariat avec Intermarché. « Nous réalisons entre 50 et 60 % de nos ventes avec cette enseigne. Nous sommes un domaine familial. Avec notre superficie, nous pouvons fournir des volumes constants. Notre Côtes-du-Rhône rouge est une référence nationale pour l’enseigne », explique Jérémie Castor, à la tête du domaine avec son frère Raphaël.

En début d’année, les achats d'Intermarché sont restés habituels. En mai, patatras!, les commandes ont baissé de 40 %. « Nous n’avons pas eu d’explications, assure Jérémie Castor. Mais si on tient compte du délai d'écoulement des stocks, « cela coïncide avec le début de la guerre en Ukraine et la flambée des prix. Le vin est un produit plaisir. Quand les prix augmentent, le consommateur coupe en premier dans les produits non essentiels. Heureusement, en juin, nous sommes revenus à des chiffres quasiment normaux. Nous verrons à la fin de l’année si le retard sera rattrapé ou pas. »

Passant en revue ses atouts, Jérémie Castor se rassure. « Notre bouteille est facilement reconnaissable car elle est gravée avec l’étiquette collée au milieu de la gravure, rapporte-t-il. Nous sommes vendus entre 3,95 et 4,30 €/col selon les magasins. C'est un rapport qualité/prix quasiment imbattable. Nous avons un noyau de clients fidèles et une relation de confiance avec l’enseigne, dont l'acheteur vient régulièrement déguster nos vins. »

 

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La cuvée du château Saint-Nabor vendue chez Intermarché

« Pas de baisse des engagements à ce jour »

Dans le Languedoc, les ventes en GD de rouges AOC ont baissé de 13 % en volume et 11 % en valeur. Aux Maîtres vignerons de Cascastel, Laurent Zussini, le directeur commercial, le sait. Pour autant sa coopérative, qui écoule 70 % de sa production en GD, s’en sort bien. « Pour le moment nous n’avons pas de baisse des engagements, affirme-t-il. Nous sommes en pleine livraison des foires aux vins et les volumes sont stables. Mais la situation sera peut-être différente dans six mois… »

Afin de garder ses positions, la coopérative ne ménage pas ses efforts. Durant l'été, des coopérateurs font déguster leurs vins dans les magasins côtiers pour booster les ventes. « Le rayon vin n’est pas le plus dynamique. Alors il faut créer de l’attractivité », justifie Laurent Zussini. La coop veille également à ne pas trop augmenter ses prix. « Pour les fitou, nous sommes entre 5 et 10 €/col prix consommateur, selon les cuvées. En foire aux vins, nos plus belles cuvées sont à 9,95 €. Dès qu’on dépasse les 10 €, c’est compliqué. Le consommateur n’est pas prêt à mettre plus de 10 € pour un vin du Languedoc en GD. »

Des ruptures sur certaines références

Retour en Gironde, à Landerrouat, chez Terres de Vignerons, coopérative qui réalise 85 % de ses ventes en GD. Malgré les statistiques, Ludovic Fuhrmann, le directeur commercial France, reste confiant. « À la fin juillet, nous avons vu une érosion de 2 à 3 % de nos ventes car nous avons eu des difficultés d'approvisionnement en matières et donc des difficultés à livrer une quinzaine de références. À part cela, nos ventes sont stables », assure-t-il. Mais il s’attend à un deuxième semestre plus difficile. « Après les foires aux vins d’automne, les références permanentes risquent de souffrir. On va devoir consolider nos positions », prévient Ludovic Fuhrmann. Pour ce faire, il compte sur ses innovations en termes de profil de vin et de packaging. À suivre.

Les effervescents résistent

72 millions de cols de vins effervescents ont été vendus en grande distribution lors du premier semestre 2022, pour un chiffre d’affaires de 545 millions d’euros, selon le panel IRI pour FranceAgriMer et le Cniv. C’est 1 % de moins en volume et 4 % de moins en valeur que l’an passé, mais 0,5 % de plus en volume et 5 % de plus en valeur par rapport à la moyenne 2019-2021. Si le Champagne voit ses ventes baisser de 8 % en volume ce premier semestre par rapport à 2021 (année où les ventes avaient été particulièrement soutenues), elles restent supérieures à celles de la moyenne 2019-2021. Les ventes d’effervescents AOP sont meilleures qu’en 2021 et ont progressé de 5 % par rapport à la moyenne des trois dernières années.

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