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Primeurs 2021, "la pire des campagnes depuis 2013" pour les grands crus de Bordeaux ?
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"Affirmation prématurée"
Primeurs 2021, "la pire des campagnes depuis 2013" pour les grands crus de Bordeaux ?

La mise en vente du dernier millésime en cours d’élevage reçoit un accueil mitigé outre-Manche. Tandis que les opérateurs bordelais se montrent plus pondérés, pointant que la commercialisation se poursuit.
Par Alexandre Abellan Le 28 juin 2022
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Primeurs 2021,
Depuis le marché britannique, les avis sont mitigés sur la campagne des primeurs 2021. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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ue l’Angleterre doit aimer les vins de Bordeaux pour autant les châtier ! « La campagne 2021 des primeurs de Bordeaux a livré un "chaos prévisible", avec trop de sorties n’offrant que peu de valeur par rapport aux autres millésimes disponibles » sanctionne dans son bilan la place de marché londonienne Liv-Ex. Critiquant la politique globale des propriétés de maintenir les prix par rapport au millésime 2020, le site spécialisé rapporte que des distributeurs auraient réduit jusqu’à 60 % leurs ventes de primeurs (en valeur et volume). « Avant même la fin de la campagne, des offres apparaissaient 15 % moins chères que leurs prix de sortie » pointe Liv-Ex.

Un autre opérateur britannique indique à Vitisphere que « les échos de nombreux négociants disent que proportionnellement, en volume acheté contre volume vendu, cette campagne a été la pire depuis 2013 ». Cet expert ajoutant que « d’après les réactions en France et au Royaume-Uni, la campagne de cette année semble avoir été beaucoup plus difficile que celles de 2020 et 2019, un peu à l’image du millésime [2021] en lui-même ». Les prix du millésime 2021 sont globalement stables par rapport au millésime 2020, avec de rares baisses et des hausses notables pour les Sauternes (ayant très peu produit en 2021, avec de forts impacts du gel).

La campagne commerciale n’est pas terminée

Des primeurs 2021 chaotiques et comparables aux difficiles primeurs 2013 ? « C’est l’affirmation d’un acteur britannique, très excessive, caricaturale, prématurée (car la campagne commerciale n’est pas terminée pour les marchands) et en décalage avec la nuance et la vision beaucoup plus internationales dont nous disposons » réplique Ronan Laborde, le président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB), qui note qu’il s’agit d’« une campagne qui s’inscrit à la suite de trois millésimes qui ont rencontré de très grands succès, et d’une année 2021 où les ventes à l’exportation de grands crus ont battu des records ».

Soulignant l’afflux de dégustateurs pendant la dernière semaine des primeurs (la première post-covid), Ronan Laborde indique que « les distributeurs se sont mobilisés pour acquérir ce millésime, qui a trouvé ou rencontrera sa clientèle avec le temps. Les particuliers, qui se sont rués sur les millésimes 2018, 2019 et 2020 en primeurs, le sont un peu moins cette année, en partie à cause du contexte macro-économique qui est actuellement anxiogène*. Malgré celui-ci, il y a encore de nombreux crus où la demande excède largement la production disponible cette année. »

Millésime classique

« Pour les grands crus classés, on est avec des volumes très faibles pour beaucoup » confirme Philippe Castéja, le président du conseil des grands crus classés en 1855 du Médoc et de Sauternes. « Je pense que le problème de certains, c’était qu’il arrive après trois millésimes abondants et relativement riches. On est revenu sur un millésime typiquement bordelais. Ça a pu désarçonner certains distributeurs » indique le propriétaire de trois grands crus classés (dans le Médoc et à Saint-Émilion) et de négoces (dont Borie-Manoux), qui juge « complétement exagérée » l’idée d’un ratio achat/vente comparable aux primeurs du petit millésime 2013. Pour ce connaisseur de la place de Bordeaux, « il est sûr et certain que [2021] est un millésime de grands crus, d’étiquettes connues avec un distribution qui existe. Là où il peut y avoir un souci, c’est pour les crus intermédiaires qui n’ont pas de marché suffisant. »

Ayant connu des campagnes 2018, 2019 et 2020 redonnant de la plus-value aux primeurs, la place de Bordeaux fait face à une passe plus mitigée. Avec les politiques monétaires des banques centrales et « l’argent plus cher », Philippe Castéja note que la situation économique mondiale « pourrait relancer l’intérêt pour primeur, avec écart fort entre livrables et primeurs ». Le destin commercial du millésime 2021 n’est pas encore joué en primeur. Wait and see, comme on dit de l’autre côté de la Manche.

 

* : Ronan Laborde précise que « le climat macro-économique anxiogène amène une partie des consommateurs à être prudents sur leurs achats actuels, quels qu’ils soient. Dans ce sens, une partie est moins mobilisée que lors des trois millésimes précédents, qui étaient extrêmement populaires. Cela se fait au détriment de certains distributeurs, et de certains crus sans doute, mais nous relevons que pour les châteaux les plus demandés, il n’y avait toujours pas assez de vin pour satisfaire la demande cette année… »

 

 

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