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Avant la grêle, "on comptait sur cette année pour faire une belle récolte et de la réserve" à Cognac

Les orages de grêle vont peser sur le potentiel de production charentais, qui va recenser les dégâts avant d’étudier des demandes d’aides et adapter ses rendements aux besoins du marché.
Par Alexandre Abellan Le 23 juin 2022
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Avant la grêle,
Les raisins approchaient du stade petit pois, avec une avance phénologique notable. - crédit photo : BNIC (vignoble de Nicolas Tricoire, ce 21 juin à Saint-Brice)
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’étendant sur une centaine de kilomètres de long, le front orageux de 10 kilomètres de large qui a remonté l’estuaire de la Gironde pour s’enfoncer dans les terres de Cognac aurait dévasté « des milliers d’hectares de vignes, à différents degrés, jusqu’à 100 % » indique Christophe Veral, le président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC). En attendant des chiffres plus précis, le bouilleur de cru quadrille les vignobles ravagés par la grêle : « Tous les crus sont touchés en particulier Fins Bois et Petite Champagne. Ce sont de très beaux bassins viticoles, avec de bons viticulteurs. Sur certaines parcelles, tout y est plumé, vignes comme céréales*… » Précisant que les dégâts auraient été plus importants encore si les dispositifs de prévention de la grêle n’avaient pas fonctionné, le président du BNIC appelle à améliorer encore le système, peut-être en doublant les canons ou en les allumant plus en amont des alertes. Le tout en synergie avec le vignoble voisin de Bordeaux, pour réduire les pertes de récolte.

Impressionnants sur tout l’Est de Cognac, les dégâts sont visibles dans les parcelles, mais aussi sur le visage des vignerons. Dont le moral et le sommeil sont marqués par la succession des aléas climatiques : après le gel historique du printemps 2021, viennent les orages de grêle de l’été 2022. « Tout le travail d’une année est mis à bas. On dit peut-être que les viticulteurs sont costauds, mais quand ça s’accumule, ça devient dur pour tout le monde. C’est un stress terrible, il faut être solide » résume Christophe Veral. Qui pointe que jusqu’ici, la récolte s’annonçait généreuse : « on avait un beau potentiel, avec des vignes saines, sans maladie, suffisamment d’eau et de chaleur, une belle fleur… C’est rageant ! » Prévoyant des mois difficiles pour les vignerons qui n’auront pas ou peu de récolte cette année, et qui auront peut-être des rendement réduits le prochain millésime, la filière charentaise étudie les aides qui seraient les plus pertinentes et efficientes.

Demande d’attention

« Il faut analyser toutes les options » pose Christophe Veral, qui souligne que si « aujourd’hui Cognac fonctionne bien », face à la répétition des aléas climatiques il faudra que les pouvoirs publics soient en soutien : « la viticulture doit pouvoir être accompagnée si elle le demande. Aujourd’hui, on a besoin de solutions concrètes à Cognac pour passer le cap. » Attendant une oreille attentive de la part de l’État, le président du BNIC note qu’il faut aller plus loin concernant les assurances climatiques, afin de mieux protéger l’activité des entreprises viticoles. Dans le cadre de la réforme de l’assurance récolte, le potentiel de production de référence pose notamment problème : « la moyenne olympique est à parfaire pour que l’on ait une boîte à outils complète » pointe Christophe Veral. La filière charentaise pouvant s’appuyer sur sa réserve climatique : « mais le problème est que certains viticulteurs n’arrivent pas à reconstituer leur réserve climatique... » soupire le viticulteur charentais, ajoutant que l’« on comptait sur cette année pour faire une belle récolte et de la réserve climatique. [Maintenant], l’enjeu est sur la production mais également sur le plan humain et psychologique. »

Piloté par son Business Plan, la filière du Cognac connaît déjà le volume d’eaux-de-vie à produire ce millésime pour répondre aux futurs besoins du marché : 974 000 hectolitres d’alcool pur doivent être mis en stock au terme de la campagne de distillation du millésime 2022. Pour atteindre cet objectif, les rendements devront sans doute être réhaussés ce millésime pour mettre à profit toute goutte de vin produite dans l’appellation, grâce à un rendement prenant en compte la dispersion des potentiels actuels de production (entre vignerons grêlés et épargnés). « Il est fondamental de pouvoir répondre à cette demande des marchés et de nous assurer, même dans l’adversité, que nos consommateurs auront bien accès au Cognac qu’ils demandent partout dans le monde. Sans quoi notre place serait laissée à des spiritueux concurrents. Pour cela nous devront faire preuve de solidarité et de résilience. Le BNIC est pour cela sur le terrain avec les syndicats et les  services de l’État pour apporter des solutions concrètes d’accompagnement » conclut Christophe Veral.

 

* : La grêle n’a pas touché que la vigne, les champs de maïs, tournesol, orge, blé et colza sont aussi touchés souligne Christophe Véral.

 

 

 

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