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Protection du vignoble
La lutte contre la flavescence dorée provoque des tensions dans les vignes

Si la plupart des vignerons appliquent les mesures de lutte obligatoire, certains ont des doutes quant à leur efficacité et d'autres s'y opposent. Un sujet de tension sur le terrain.
Par Ingrid Proust Le 25 mai 2022
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 La lutte contre la flavescence dorée provoque des tensions dans les vignes
La lutte contre la flavescence dorée est primordiale. Une fois que la maladie est présente, c'est difficilement rattrapable. - crédit photo : Alban Gilbert
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our Florian Fossat, viticulteur bio à Camiac-et-Saint-Denis (Gironde), pas question de transiger face aux traitements obligatoires contre la flavescence dorée : « La lutte est primordiale. Une fois que la maladie est présente, c’est difficilement rattrapable, et plus encore en bio. Cela fait un moment que je n’ai pas eu de pied à arracher, mais je suis attentif. Je fais les traitements obligatoires, toujours aux dates préconisées. »

Dans l’Aude, où la maladie ronge le vignoble depuis longtemps, Jean-Denys Arnal fait preuve de la même détermination. « Je suis à la lettre les obligations de traitement et d'arrachage de la chambre d’agriculture et de la Fredon, explique ce viticulteur à la tête du domaine de La Périnade, à Pezens. Les insecticides s’intègrent facilement aux fongicides. J'arrache et je remplace les pieds atteints. Il n'y en a pas plus de 5 ou 6 par an. »

Tous les vignerons ne sont pas aussi mobilisés

Mais tous les vignerons ne sont pas aussi mobilisés. Certains abandonnent même la lutte face à une maladie qui ne reflue pas. Dans une étude récente, l'Inrae estime qu'en France seulement 75 % des traitements obligatoires sont faits en conventionnel et 50 % en bio. « Or, il faut être d’autant plus vigilant que certains ne font rien. Pas loin de chez moi, un viticulteur a eu la moitié de ses vignes contaminées : il n’avait pas fait les traitements. Tous ses voisins étaient en colère », relate Jean-Denys Arnal.

La flavescence n'attaque pas seulement les vignes, elle envenime aussi les relations entre collègues. « Cela crée des tensions quand un vigneron est contraint d’arracher des pieds à cause de son voisin qui n’a pas fait tous les traitements. En bio, certains n’appliquent pas du Pyrévert partout au bon moment car ils ont beaucoup de surfaces », témoigne Philippe Issaly, viticulteur à Alos (Tarn).

« Je ne suis plus responsable du groupe de prospections sur ma commune. J’ai eu un gros conflit avec un collègue chez qui on a trouvé tellement de pieds malades qu'il a dû arracher une parcelle. Je ne veux pas être le flic du secteur », lâche un vigneron de Saône-et-Loire, où la flavescence gagne du terrain. Un viticulteur du Sud évoque des producteurs « prompts à dénoncer » des collègues, et qui « ont la main leste, lors des prospections, pour décréter que tel cep est atteint, sans la moindre analyse ».

Face aux friches, il faut des arrachages coup de poing !

Mais pour d’autres, les mesures de lutte devraient aller plus loin. « Comme les prospections, les traitements obligatoires relèvent de la responsabilité individuelle et collective, souligne Florian Fossat. Sur mon secteur, certains n’ont pas fait leur boulot alors qu’ils sont proches de vignes abandonnées qui sont des réservoirs de flavescence. Résultat, des parcelles ont dû être arrachées. Il faudrait pouvoir contrôler que les gens fassent bien les traitements. Et face aux friches, il faut faire des arrachages coup de poing ! »

À l'inverse, certains refusent de se plier aux traitements obligatoires. Parfois pour des raisons environnementales, comme le vigneron bio Emmanuel Giboulot, en Bourgogne, condamné à une amende puis relaxé fin 2014, ou cette productrice de l’Hérault, elle aussi en bio. « Je n’applique pas de Pyrévert pour préserver les auxiliaires et mes ruches. Mais je pulvérise de l’huile essentielle d’orange douce [homologuée contre la cicadelle verte, mais pas celle de la flavescence, NDLR]. Je n’ai pas de flavescence dans mes vignes », assure-t-elle.

Certains vignerons ne font pas tous les traitements obligatoires

Un autre vigneron de la région de Montpellier, pourtant membre d’un groupement de défense contre la cicadelle de la flavescence (Gdon), avoue ne pas faire tous les traitements obligatoires. « J’ai du mal à percevoir l’impact dévastateur de cette maladie, justifie-t-il. J’avais une vigne en fermage très atteinte que je n’ai pas traitée. Un collègue l’a reprise. Il ne l'a pas non plus traitée. Le mal ne s’est pas étendu. Les vignes que je ne traite pas, sur sols arides, n’ont pas de flavescence depuis plus de six ans. La maladie s’exprime différemment selon les zones, les cépages, le climat, l’année. Il faut se garder d’une approche systématique. »

Dans les faits, cette approche recule au profit de mesures aménagées, là où c’est possible. « En 2021, de la flavescence a été détectée sur une commune voisine, indique Sébastien Theurot, vigneron à Verzé (Saône-et-Loire) et responsable communal pour la Fredon. Mais grâce aux prospections et aux analyses, seul un coteau doit être traité cette année, pas toute la commune. Cela va nous éviter une polémique avec les riverains, qui nous pointent du doigt depuis que les traitements obligatoires sont médiatisés. »

 

Branle-bas de combat en Champagne

La flavescence dorée est apparue en 2019 en Champagne et s’étend rapidement. « En 2021, 60 pieds atteints par un variant très épidémique ont été découverts sur un même site dans l’Aisne. À ce jour en Champagne, 25 communes sont concernées par des mesures de lutte obligatoire, sur 3 300 ha. Les vignerons doivent se mobiliser », relate Sébastien Debuisson, responsable vigne au Comité Champagne. Des prospections vont être organisées sur les communes en zone de lutte obligatoire et dans d’autres, avec les chambres d’agriculture et le Syndicat des vignerons de Champagne. « Des producteurs seront formés à la reconnaissance des symptômes et à l’animation des groupes de surveillance », précise Sébastien Debuisson.

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Tous les commentaires (1)
Gilles Le 26 mai 2022 à 05:40:11
Pyrevert tres cher et tres peu efficace nous le savons tous ...erradiquer donnez nous les moyens
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