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Valse des étiquettes
Inflation et renégociation pour les vins en grande distribution

Face à la flambée de l’énergie et des matières sèches, la révision des prix est au centre des préoccupations des opérateurs du premier réseau de vente de vin en France.
Par Alexandre Abellan Le 20 mai 2022
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Inflation et renégociation pour les vins en grande distribution
La valse des étiquettes de prix ressemble actuellement à un exercice d’équilibriste dans les linéaires de vin. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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nflation oblige, « une grande partie des fournisseurs ont demandé une renégociation. Les grands groupes en premiers, les petits ensuite » rapporte Jean-Luc Houdayer, le chef de file pour les vins de Système U. « Pour les personnes raisonnables, les hausses sont de 3 à 5 centimes la bouteille, (généralement +5 centimes) » ajoute le propriétaire de l’enseigne d’Eysines (Gironde), qui demande à chaque fournisseur de jouer cartes sur table : les factures des matières sèches et de leurs évolutions. Saluant la transparence de la filière vin (et sa connaissance des coûts d’emballage avec ses MDD, Marques De Distributeurs), Jean-Luc Houdayer souligne qu’une hausse des tarifs avait déjà été enregistré en début d’année (entre petite récolte 2021 et tension sur les matières sèches post-covid : notamment les bouteilles de verre).

« On a déjà passé une hausse exceptionnelle sur le vin au mois de mars, lié à la conjoncture sur les matières sèches de l’an passé, et on se voit à devoir repenser à une hausse chez certains, avec les coûts des matières liées à l’Ukraine et à la sortie du covid » confirme Stéphane Friez, le responsable national de la filière vin d'Intermarché. Actuellement, « il est un peu facile de venir et dire qu’il faut augmenter de tel pourcentage les prix sans contrôle des charges. Le principe de la grande distribution est celui de la négociation annuelle. Pour la première fois il faut renégocier avant »  rapporte l'adhérent des Mousquetaires à Grazac (Haute-Garonne).

Jusqu'à +15 centimes par col

Donnant la priorité aux petites structures viticoles dans ces renégociations, qui sont en cours depuis quelques semaines, Stéphane Friez note que les hausses demandées sont variables selon les opérateurs et structures d’approvisionnement. Les augmentations iraient ainsi de 5 à 15 centimes par col. En négociation, cette augmentation est à prendre pour une surcharge isolée selon Intermarché, pour qui cela ne peut devenir pérenne. Une fois négociées, les ausses passeront en juin et juillet, avec une atténuation par le distributeur et ses fournisseurs. Car reste le problème du pouvoir d’achat : « le marché du vin est compliqué. Qu’est-ce que cela va faire de mettre une augmentation de 15 centimes sur une bouteille à 3 euros ? Comment vont réagir les clients ? » pose Stéphane Friez.

Maintenir les parts de marché

« Pour l’instant, nous sommes en renégociation (dans le cadre réglementaire ouvert par les pouvoirs publics) » indique Philippe Leveau, le directeur général délégué de Cordier by InVivo. S’appuyant sur des factures énergétiques, logistiques et d’approvisionnement en matières sèches, le négociant souligne que « le plus dure ce n’est pas de faire passer une hausse de tarif, c’est d’avoir une répercussion la plus précise possible sur le Prix de Vente au Consommateur (PVC). L’enjeu est l’acceptation et l’élasticité des prix. » Pour Philippe Leveau, ce sont les vins de cœur de gamme (PVC de 7 à 10 €) qui devraient le plus souffrir de l’inflation actuelle : les achats se concentreraient sur le bas et le haut de gamme, avec des transferts possibles sur les bières. « Il faut maintenir les parts de marché » souligne Philippe Leveau.

L’inévitable hausse des coûts, et donc l’inexorable croissance des prix, ne manque pas d’inquiéter la grande distribution, où la crainte de passer des barrières de prix psychologiques est d’autant plus haute que la tendance de consommation est à la baisse. « Le marché français est dans une mauvaise dynamique » résume Jean-Philippe Limito, le directeur de marchandises pour Carrefour, qui note dans les baisses de ventes une origine structurelle (la déconsommation française) et une comparaison avec la base élevée des achats de vin du début 2021 (avec les fermetures covid).

FAV

Restent dans cette tendance au repli les bons résultats de la dernière Foire Aux Vins (FAV) de printemps de l’enseigne : +5 % de chiffre d’affaires et un « très bon » taux d’écoulement de 85,4 %. « La foire aux vins du printemps n’aura pas été impactée par l’inflation et l’augmentation des prix, ce qui a participé à son succès » indique Jean-Philippe Limito, qui ne cache pas que le bouclage de la FAV d’automne aura été plus compliquée, avec une offre plus réduite et des prix plus chers. « On voit les prix de tous les produits de grande consommation augmenter. On voit des hausses jamais connues sur les AOC. Le vin est un produit de plaisir qui pourrait devenir un produit de luxe. Quelles seront les réactions de nos consommateurs ? » pose le directeur de marchandises.

Le dilemme est le même dans la filière vin, où l’équilibre entre préservation des marge et consolidation des marchés se pose. « Nous ne voulons pas perdre notre rentabilité, mais il ne faut pas non plus casser la machine sur ce qui n’est peut-être pas un pic » explique Mathilde de Caix-Lurton, la directrice générale des vignobles André Lurton (20 millions d’euros de chiffre d’affaires). Ayant passé des hausses liées aux tensions inflationnistes ce début d’année, lors des négociations pour le fond de rayon, « nous n’avions pas pris en compte l’inflation spectaculaire que l’on est en train de vivre [avec la guerre en Ukraine]. Si ça ne s’arrête pas, cela va devenir problématique et il faudra revenir négocier » indique la directrice du groupe bordelais, qui évoque 10 à 15 points de hausse sur les matières sèches pour les vins à commercialiser en 2022. Sans compter que le millésime 2022 s’annonce déjà cher à produire, des engrais au GNR en passant par les phytos et aux renégociations salariales en cours.

Lignes les plus compliquées

Prenant actuellement sur ses marges, Mathilde de Caix-Lurton note que « les modèles type grande distribution et monopoles à l’export sont les lignes les plus compliquées à négocier pour faire passer une augmentation tarifaire ».

 

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