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Philippe Bardet
"Le Beaujolais n’est plus un vignoble de volume : produisons moins et valorisons mieux"

Portée par une petite récolte 2021, la valorisation des vins du Beaujolais doit s'inscrire dans la durée pour le vice-président de l’interprofession qui mise sur la premiumisation.
Par Alexandre Abellan Le 18 mai 2022
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« Nous sommes devenus un petit vignoble, à la très grande notoriété » indique Philippe Bardet. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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eprésentant en moyenne 70 % des volumes du Beaujolais, « le marché du vrac est fini. Tous les vins de Beaujolais ont changé de main, il n’y a plus de vin » ce printemps indique Philippe Bardet, le vice-président de l’interprofession des vins du Beaujolais (InterBeaujolais) sur le salon ProWein (15-17 mai à Düsseldorf). Non seulement tous les volumes de vins ont été vendus, mais leurs valorisations ont enregistré des hausses notables : +50 % en primeur (passant un an de 200 à 300 €) et de +25 à +50 % sur les autres appellations du Beaujolais. Une hausse « d’un seul coup, d’un seul » qui « ne sauve pas les vignerons qui ont fait de petits rendements, mais qui réduit leur peine. Ceux qui ont eu du volume ont pu refaire de l’argent après des années de sous-valorisation du Beaujolais » note Philippe Bardet, persuadé que cette valorisation chèrement obtenue va se maintenir.

« Cette première récolte vendue à un prix élevée en appelle d’autres. Il n’y a pas de raison que ça baisse. C’est très rassurant pour le vignoble » pointe le négociant, qui note cependant que depuis 2018, « on vend plus de vin que l’on n’en produit » dans le Beaujolais. Le déséquilibre est particulièrement net avec la petite récolte 2021. Alors que les beaujolais commercialisent 600 000 hectolitres par an, la vendange s’élèvent à 485 000 hectolitres après le gel. Dont 130 000 hl commercialisés en Beaujolais nouveau* et 50 000 hl en Bourgogne, Coteaux Bourguignons et Crémant de Bourgogne. Un transfert en Bourgogne qui est « apporteur de valeur. Ce qui monter les cours et le plafond de verre » note Philippe Bardet.

Montée en gamme

Le constat est mathématique : « le Beaujolais n’est plus un vignoble de volume. Nous n’avons plus que 12 000 hectares. Il n’y a pas le choix, ces surfaces sont telles qu’elles empêchent de faire du volume. Ça nous va bien : vendons moins, valorisons plus » lance le négociant. Demandant du temps, les travaux sur la replantation du vignoble et le renouvellement des générations de vignerons sont à suivre pour assurer l’avenir du Beaujolais. Et éviter que sa production ne se réduise à peau de chagrin. Pour assurer le repositionnement sur les prix, la montée en gamme doit s’appuyer sur les projets de Dénominations Géographiques Complémentaires (DGC) du Beaujolais (comme Pierres Dorées) et de premiers crus en Beaujolais Villages (Brouilly et Côtes de Brouilly, Fleurie…). « Cette création prendra du temps, c’est un projet de long terme » conclut Philippe Bardet.

 

* : Le vice-président d’InterBeaujolais pronostique une nouvelle baisse de 10 000 hl des primeurs vendus en 2023. « Il n’y a aucune raison qu’il y ait une croissance sur le nouveau. On ne peut pas ouvrir de nouveaux marchés » pointe-t-il, ajoutant que l’« on fait tout pour que le Beaujolais ait une image hors-Nouveau. Que l’on puisse parler du Beaujolais toute l’année, pas seulement quelques jours en novembre. »

 

 

 

 

 

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Tous les commentaires (1)
VignerondeRions Le 21 mai 2022 à 19:17:39
La Sacro Sainte montée en gamme, tout le monde veut faire mieux et vendre plus cher. Je regarde autour de moi et je constate que c'est compliqué car les clients ont de moins en moins les moyens, je me demande parfois si nous vivons dans la même France, ou dans le même monde. Chez nous aussi l'interpro a choisi cette voie il y a quelques années, et en 2018 (apres le gel de 2017) elle a même communiqué sur la réussite de la démarche en conférence de presse. Pourtant aujourd'hui nous sommes au fond du trou. Je vous souhaite de réussir, mais je crois aussi qu'on peut faire des vins de qualité, a des prix raisonnable, pour que chacun puisse vivre de son travail, sans voler le client final.
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